L’autonomie des Baléares, un exemple inspirant pour la Corse ?

Rédigé le 04/05/2023
Manon Perelli

Le directeur général pour les relations extérieures du Gouvernement des îles Baléares, Antonì Vicens i Vicens, est à Ajaccio pour une visite de deux jours. Ce jeudi, il était auditionné par la Commission des Compétences législatives et réglementaires afin de présenter le statut de l'archipel, autonome depuis 1983.

L’autonomie des Baléares, un exemple inspirant pour la Corse ?

La Commission des Compétences Législatives et Réglementaires et pour l’Évolution Statutaire de la Corse a auditionné le représentant du Gouvernement des Îles Baléares ce jeudi après-midi.

Cette année, les Baléares célébreront le 40e anniversaire de leur statut d’autonomie. Et « le bilan est extrêmement positif » selon Antonì Vicens i Vicens, directeur général pour les relations extérieures du Gouvernement de l’archipel. Invité par la présidente de l’Assemblée de Corse, Marie-Antoinette Maupertuis, le président du Conseil Exécutif de Corse, Gilles Simeoni et l’eurodéputé François Alfonsi, le représentant du Gouvernement des Baléares est à Ajaccio pour deux jours. Une visite qui a débuté ce jeudi avec son audition par la Commission des Compétences législatives et réglementaires et pour l’Évolution statutaire de la Corse de l’Assemblée de Corse.
 
« Celle-ci s’inscrit dans un cadre plus général d’un cycle d’auditions qui dure maintenant depuis quelques mois avec deux objectifs. D’une part, mieux identifier le concept d’autonomie pour lui donner du corps, du contenu, mieux le comprendre à la fois dans le cadre français et dans le cadre européen. Et d’autre part, effectuer une sorte de parangonnage au niveau constitutionnel français d’autres territoires - notamment les territoires d’outre-mer - et au niveau de toutes les autonomies européennes, qu’elles relèvent de continuité territoriale ou de fait insulaire », explique Romain Colonna, le président de la commission. « Aujourd’hui, cette audition du représentant des affaires externes du gouvernement des Baléares a permis de mieux comprendre la situation tout à fait normalisée de l’autonomie de ce territoire depuis 40 ans et la redéfinition de la relation entre les îles des Baléares autonomes et l’État central espagnol », ajoute-t-il. 
 
« Dans le cas des Baléares, la démocratie est directement liée à l’autonomie », reprend Antonì Vicens i Vicens en développant : « Après la mort du dictateur Franco en 1975, les gens sont sortis dans la rue avec un slogan très clair : « Liberté, amnistie et statut d’autonomie ». Après 40 ans, je pense que vraiment on a pu voir que l’autonomie a pu améliorer le bien-être des gens qui habitent l’archipel ». Grâce aux compétences exclusives dont disposent les Baléares et qui leur permettent par exemple de pouvoir prendre des lois adaptées à la réalité de leur territoire, mais aussi d’avoir des ressources propres grâce à un transfert de compétences fiscales, notamment en matière d’impôt sur les successions, l’autonomie de l’archipel a en effet permis de réelles avancées sur de nombreux points. « Par exemple, elle a permis la protection de plus de 30% des terres depuis les années 1980 grâce à des lois prises spécialement pour les protéger, alors que les Baléares ont été exposées à une urbanisation extrêmement importante durant des décennies. L’autonomie a permis de prendre des mesures très efficaces pour la protection des herbiers de posidonie. Et puis, en matière de santé, la construction d’hôpitaux adaptés aux réalités du territoire a été rendue possible », note le président de la Commission des Compétences législatives et réglementaires. 

« L’autonomie de la Corse peut être très positive »

L’autonomie des Baléares, un exemple inspirant pour la Corse ?

Antonì Vicens i Vicens, directeur général pour les relations extérieures du Gouvernement des Baléares est à Ajaccio pour une visite de deux jours.

Convaincu que « la réalité de l’autonomie des îles Baléares peut servir d’exemple pour le devenir de la Corse », le directeur général pour les relations extérieures note pour sa part : « Il y a beaucoup de facteurs qui peuvent vraiment servir pour une future autonomie de la Corse. Nos deux territoires doivent faire face à des réalités insulaires, nous avons cette discontinuité territoriale avec le continent, mais en même temps nous faisons partie de l’ensemble de l’Union européenne. Nous trouvons que du fait de la réalité juridico-administrative et politique, nous avons beaucoup de points communs. Et puis, nous sommes en Méditerranée et nous avons des réalités socio-économiques similaires, très spécialisées sur les secteurs des services et du tourisme, un cadre de vulnérabilité au niveau climatique et au niveau environnemental plus grand qu’ailleurs. »
 
Dans l’intérêt général des îles de Méditerranée, Antonì Vicens i Vicens appelle ainsi à « avancer dans un processus général d’autonomie et de décentralisation afin de permettre de vraiment bien maîtriser les politiques dans ces territoires » et à nouer davantage de coopérations et de collaborations entre ces territoires.  « L’autonomie de la Corse peut être très positive et pourrait nous permettre de mieux travailler ensemble et de mieux adapter la réalité juridico-politique pas seulement des États membres, mais aussi dans le cadre de l’Union européenne et d’avancer dans l’amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens », appuie-t-il encore.