Alors que le gouvernement recevaiit ce lundi les syndicats agricoles à Paris, des agriculteurs ont investi dès la fin de matinée la DDTM de Bastia pour faire entendre leur voix sur les problématiques propres à l’île. La FDSEA, qui réclame notamment une nouvelle politique agricole commune qui prend en compte les spécificités de la Corse, a obtenu en fin de journée un accord de rendez-vous avec le ministre.
« Il faut qu’on puisse, ici en Corse, s’inquiéter de notre sort et avancer sur les dossiers », fustige Joseph Colombani, président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) de Haute-Corse. Alors que les syndicats agricoles sont reçus ce lundi par le Premier ministre à Paris, plusieurs agriculteurs ont occupé, dès la fin de matinée, la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) de Bastia pour faire entendre leur voix sur les problématiques propres à l’île. Si les discussions nationales autour de la crise agricole se multiplient, les représentants corses estimaient que la spécificité insulaire reste absente des échanges. « Aucun syndicat ne va parler de la Corse et de son retard de développement aujourd’hui », déplore Joseph Colombani.
Après une journée de mobilisation, les agriculteurs ont finalement obtenu un accord de rendez-vous avec le ministre, après des discussions avec le préfet de Haute-Corse. « On doit avoir une date dans les jours qui arrivent. Si on n’a rien dans dix jours, on reviendra et on se mobilisera à nouveau. Mais aujourd’hui, on a atteint le but qu’on s’était fixé. »
Au premier rang des revendications figurait la politique agricole commune (PAC), jugée inadaptée aux réalités du territoire insulaire. Pour la FDSEA de Haute-Corse, « on enfonce des portes ouvertes ». « On parle d’autonomie alimentaire, et il est évident qu'il est opportun d'avoir une autonomie, mais on ne parle pas la faisabilité. On veut une PAC spécifique au retard historique que connaît la Corse », explique Joseph Colombani avant de poursuivre en indiquant « qu’on ne produit plus aujourd’hui ». « Si on produit, on produit très cher pour des consommateurs très riches et pour des agriculteurs qui restent très pauvres. Il faut casser ce système parce que le potentiel existe et il faut que la PAC en tienne compte. »
Pour eux, l'objectif est de « mettre en application un projet de développement agricole dont on connaît plus ou moins les grandes lignes ». « On va notamment parler de la revalorisation de l’ICHN, l'indemnité compensatrice de handicap naturel. La Corse est doublement concernée par ce handicap : c'est à la fois l'insularité et l'île montagneuse, et malheureusement, on voit qu'on n'est pas à parité avec le reste du continent. Il y a une distorsion de concurrence, même une concurrence déloyale, on peut dire. À partir de là, on veut remettre à plat cette problématique, une augmentation de l'ICHN sans qu'elle impacte les besoins de l'installation et les aides à l’investissement, tout ça dans un vrai plan global, un plan d'une politique agricole pour la Corse », souligne-t-il.
Une rencontre à Paris ?
Reçue ce matin par la DDTM, la FDSEA jugeait néanmoins que les échanges restaient insuffisants pour faire avancer leurs revendications. « On a exprimé différents points, dont certains sont partagés par l’administration, mais ça coince au-dessus », expliquait le président de la Fédération en début d’après-midi. Pour se faire entendre, les agriculteurs avaient alors pris place dans les locaux de la DDTM, afin « de demander une entrevue avec Paris ». « On veut expliquer notre vision, notre volonté et pouvoir obtenir, comme en 2024, un rendez-vous avec le ministère de l'Agriculture afin de poser spécifiquement le cas de l'agriculture corse. On veut avoir la vision du ministère sur la Corse dans le cadre de la nouvelle PAC et de la manière dont les enveloppes vont être données. »
Selon eux, la mobilisation vise à « proposer ce que l’on connaît et explique depuis maintenant 30 ans sur les potentialités agricoles que connaît la Corse ». « Il faut sortir de cette vision de souveraineté nationale franco-française pour avoir une vision plus territoriale parce qu’au niveau sanitaire et foncier, rien ne colle », développe Joseph Colombani, prenant pour exemple « le rapport de force » mis en place au mois d’août. « Lorsqu'on a mobilisé les compagnies maritimes, elles ont répondu présentes et on a bloqué l'importation de bovins. On est les seuls à avoir eu la vaccination tout de suite, alors que la dermatose nodulaire n'était pas sur notre territoire. On voit aujourd'hui comme on a eu raison par rapport à la situation qu'on peut voir sur le continent avec les abattages, les blocages de routes… On a échappé à ça, grâce à la mobilisation. »
Un accord a finalement été trouvé en fin de journée, et l’occupation des locaux de la DDTM a finalement été levée peu après 17 heures. Une rencontre avec le ministre de l’Agriculture devrait donc avoir lieu.



