Dans Corte en deuil, plusieurs centaines de personnes ont rendu un dernier hommage à Chloé

Rédigé le 20/02/2025
Mario Grazi

Cinq jours après l'assassinat de Chloé Aldrovandi, ses obsèques ont été célébrées ce jeudi en l’église de l’Annonciation sous un ciel chargé, à l’image de l’ambiance lourde qui règne à Corte depuis samedi soir. La messe a été concélébrée par les abbés Polge et Culioli dans une église comble de la foule des parents et amis venus rendre un dernier hommage à la jeune fille et qui débordait bien au-delà du parvis.

Dans Corte en deuil, plusieurs centaines de personnes ont rendu un dernier hommage à Chloé

Photos Mario Grazi

Réunis dans la petite chapelle de Sainte-Croix dès 9 heures ce jeudi matin, la famille de Chloé a accueilli une foule émue venue en grand nombre pour apporter son soutien, exprimer ses condoléances et se recueillir devant le cercueil blanc. Ce moment particulièrement éprouvant a touché les parents, grands-parents, oncles et tantes profondément marqués par cet événement tragique. L'atmosphère était lourde, comme partout en ville, où toutes les boutiques, bars et restaurants avaient fermé leurs portes, parfois même depuis la veille.

À 13h30, les portes de la chapelle se sont ouvertes devant la foule assemblée sur le parvis, alors que la famille et les amis portaient le cercueil blanc jusqu’à l’église de l’Annonciation, précédé par les prêtres Polge et Culioli. En entrant dans l’église, un chœur d’hommes interprétait en polyphonie le Subvenite pour accompagner la famille jusqu’à l’autel orné de fleurs blanches, roses, lys, œillets, gerbera, perce-neige et autres anthurium, symboles de pureté et d’innocence, rappelant les nombreuses qualités de la jeune Chloé au cœur pur. Son portrait souriant sur le cercueil était comme un appel à la tolérance et à l’espérance, des thèmes omniprésents tout au long de la cérémonie religieuse.

"Un moment empreint de douleur et d’amour"

La voix chargée d’émotion, l’abbé Culioli a déclaré que « nous sommes réunis pour un moment empreint de douleur et d’amour. La souffrance due à la perte de Chloé, mais l’amour, car vous tous l’aimez. Si son corps nous a été enlevé, son âme appartient à Dieu pour l’éternité ; que cette Espérance devienne notre réconfort et guide nos prières ». Le Kyrie Eleison a retenti tandis que les amis de Chloé se succédaient à l’autel pour lire des passages du Livre de la Sagesse, « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien », et la première lettre de Saint-Paul Apôtre aux Corinthiens, affirmant que les morts ressusciteront, avant que le Requiem ne se fasse entendre.

"Ue situation d'injustice"

L’abbé Polge a ensuite exprimé combien il lui était difficile de trouver les mots pour témoigner « toute la sympathie de l’Église envers la famille, les amis, et tous ceux présents ; la naissance de Chloé a été une immense source de bonheur avec son sourire radieux et son visage angélique. Après l’avoir baptisée, jamais je n’aurais imaginé être ici aujourd’hui, aussi prématurément, pour célébrer ses obsèques. Pourtant, nous devons maintenir notre foi en Dieu qui nous permet de choisir entre vivre dans la lumière ou sombrer dans les ténèbres ». C’est avec une solennité attendue que l’homme d’Église a dénoncé « une situation d’injustice, une tragédie ayant bouleversé des vies. Nous sommes ici pour condamner des actes violents et déplorer une vie brutalement arrachée à seulement 18 ans ».

"Nous ne pouvons plus accepter cette violence ! "

Lors des obsèques de Chloé, le sermon a puisé dans notre inconscient collectif, utilisant des symboles puissants et des figures archétypales qui reflètent nos instincts les plus profonds ainsi que nos peurs et désirs primordiaux. Il a mis en lumière, avec force et clarté, le voile de désespoir, de violence, de haine et de jalousie qui s'est abattu sur la Corse. Cette tragédie récente, cette escalade de violence ne pourra jamais être justifiée ni oubliée.
En haussant le ton, l’ecclésiastique, regard sévère, s’est adressé à l’assemblée : « Nous ne pouvons plus accepter cette violence ! Vous ne devez pas continuer ainsi ! », dénonçant la "voyoucratie", la violence, la calomnie et les divisions dues au trafic de drogue. Il a insisté sur la nécessité d'un véritable sursaut : « A nostra Corsica tant’amata ne peut plus finir ainsi. Je vous invite à garder espoir. »

"Restez forts"

S’adressant aux parents de Chloé, l’abbé Polge a exprimé son soutien sans réserve : « Cathy et Sébastien, je comprends votre désarroi face à l’insupportable, l’incompréhensible. Je vous invite à affronter courageusement cette absence cruelle de votre fille unique. Restez forts, aimez-vous plus que jamais, vous avez besoin l’un de l’autre », a-t-il déclaré, le regard posé sur le visage dévasté de Cathy, soutenue par Sébastien. « Que la Vierge Marie veille sur vous en ces moments tragiques. Votre ange, Chloé, priera pour vous. Avec l’abbé Culioli, je prie Saint-Théophile pour que Chloé illumine nos chemins humains. »
Après l’Agnus Dei, du haut du balcon, les chanteurs ont entonné le Domine durant l’offertoire avant que Philippe Bona ne continue à l’orgue avec un Adagio d’Albinoni déchirant et émouvant.

"Aidez-nous à éradiquer le mal qui ronge la Corse "

À la fin, l’abbé Culioli a invité les fidèles à se tourner vers la Vierge Marie, celle qui avait accueilli Chloé à son baptême et lors des cérémonies consacrées. « Très Sainte Vierge Marie, devant vous Chloé est venue à maintes reprises. C’est trop tôt, mais c’est à vous de lui offrir votre couronne de paix et de lumière. Aujourd’hui, Cathy et Sébastien se tiennent à votre place, au pied de la croix. Notre Reine, Reine de la Corse depuis 1735, ce ne sont plus des cris, mais des hurlements de ce peuple opprimé. Aidez-nous à éradiquer le mal qui ronge la Corse et voir ses enfants les plus jeunes subir cette ignominie… »
Avant que le Diu vi Salvi Regina et le In Paradisu ne retentissent, l’abbé Polge a demandé à l’assemblée de conserver en mémoire les plus beaux souvenirs de Chloé.

Gilda Emmanuelli et Mario Grazi


Parmi foule immense venu rendre hommage à Chloé, on a noté la présence du maire de Corte, Xavier Poli, médecin de la famille, de Gilles Simeoni, président du Conseil Exécutif, de Paulu Santu Parigi, sénateur de la Haute Corse, de François-Xavier Ceccoli, député de la deuxième circonscription de la Haute Corse, de Paul-Félix Benedetti, président du groupe Core in Fronte à l’Assemblée de Corse, de l’ensemble des élus du conseil municipal de Corte ainsi que de nombreux maires de la région, et des représentants de l’Université de Corse ainsi que du Crous.