Cristèle Alves Meira à Casell'arte de Venaco : « Je cherche mon identité à travers mes films »

Rédigé le 03/04/2024
Laurent Hérin

Ce mercredi 3 avril, la fabbrica culturale Casell'arte de Venaco accueille Cristèle Alves Meira. Projection de son film "Alma viva", rencontre avec le public et avec les auteurs actuellement en résidence d'écriture : la réalisatrice d'origine portugaise a un programme bien chargé

- Cristèle, vous voilà de retour en Corse. Vous connaissez bien l’île ?
- Je suis très contente de revenir ici, à Venaco, au Caselle, chez Paul Rognoni et Jean-Emmanuel Pagni. Je les connais depuis longtemps. Je suis venu, pour la première fois en Corse, à 19 ans, à l’Aria de Robin Renucci. Je travaillais dans le théâtre. J’ai alors rencontré Thierry de Peretti, Pascal Tagnati, Charlotte Arrighi de Casanova ou encore Cédric Appietto. Avec Jean-Emmanuel, on s’est revu en 2011 puisqu’il jouait dans mon spectacle Splendid’s, d’après un texte de Jean Genet. J’aime la Corse, j’aime vraiment y revenir. Je me sens presque en famille ici (rires). 

- Vous connaissiez Casell’arte ?
- Je connaissais, évidemment, via Jean-Emmanuel. Mais j’en ai aussi beaucoup entendu parler par des réalisateurs et des réalisatrices. La notoriété de cette résidence d’écriture est grandissante. Les retours sont extrêmement positifs. 

- Vous faites du cinéma alors que vous avez débuté au théâtre ?
- En effet. J’ai accepté ce virage notamment pour des raisons économiques, ce n’est pas facile de faire vivre une compagnie. J’avais tendance à faire plus de production et moins d’artistique. Je continue à me nourrir de théâtre, j’y vais en tant que spectatrice.

- Comment passe-t-on au cinéma ?
- J’ai débuté avec des documentaires puis j’ai fait des courts-métrages. J’ai eu la chance que Sol Branco, en 2014, puis Campo de vibroas, en 2016, soient sélectionnés à la Semaine de la critique. La carrière de ces films m’a permis d'aider à financer mon premier long, Alma Viva. Lui aussi s’est retrouvé à la Semaine de la critique qui a une équipe incroyable et qui accompagne si bien les premiers films.

- "Alma Viva" que vous projetez ce mercredi ?
- Oui, il est projeté à l'hôtel E Caselle, ce soir à 18 heures. La séance est ouverte au public, il y aura un moment d’échanges et de partage à l’issue de la diffusion. C’est important aussi que les résidents le voient pour mieux connaître mon travail.

- Parce que vous allez aussi à leur rencontre ?
- Effectivement. Ils suivent une résidence d’écriture de trois semaines. Pendant deux jours, je vais avoir la chance de rencontrer sept d'entre eux. Je vais leur proposer une consultation, un peu comme chez le médecin (rires). J’essaye de leur apporter mes retours. J’ai déjà lu tous les scénarios attentivement avant de venir et je peux vous dire qu’ils m’ont fait voyager, du Liban au Mali en passant par les Cévennes. Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a des territoires, mais aussi des parcours et des avancements qui varient. Je suis séduite par ce que j’ai lu. Il y a des réalisateurs plus confirmés, comme Lucie Borleteau, et d’autres qui accompagnent un premier film. Ils vont se nourrir les uns et les autres. Dans mon cas, les retours d’expériences ont été essentiels à Alma Viva qui a vraiment été écrit en résidence. On a accès à l'avis de professionnels et c’est précieux.

- Peut-on dire que votre film est ancré sur un territoire ?
Alma Viva se passe au nord-est du Portugal. Je suis moi-même originaire de cette région. Le cinéma me permet de donner une voix, un visage, d’incarner des récits de cette immigration qui me compose, mes deux parents ayant quitté le Portugal dans les années 70. Mon père a déserté l’armée et ma mère fuyait la précarité. J’ai grandi avec cette double culture, c’est aussi ce que je raconte dans le film. Le cinéma est un média qui me permet d'évoquer ça, au théâtre, je n’ai pas senti la même impulsion. J’étais plus sur la question de l’identité. Je pense d'ailleurs que je cherche encore mon identité portugaise à travers mes films.

- Pour revenir à la Corse, vous aimeriez y tourner ?
- J’adorerais, mais j’ai encore d’autres histoires à raconter au Portugal ! Par contre, je trouve qu’il y a plein de point commun, peut-être lié au fait qu’on soit des pays du sud. Je retrouve des choses dans le rapport à la famille, à la terre, à l’immigration. Les Corses aussi sont beaucoup partis. La double langue également. Je sais qu’Alma viva a été très bien accueilli ici, il a d'ailleurs eu le grand prix au festival Arte Mare. Et j’ai eu la chance d'être invitée comme jury l’année suivante.

- Avez-vous un nouveau projet ?
- Je travaille sur mon prochain film. Sans rentrer dans les détails, il sera encore question de la France et du Portugal. On est en plein dans l’écriture, toujours avec mon coauteur. Cette année, j’accompagne aussi beaucoup de projets, je suis à la commission CNC « Aide au cinéma du monde », à l’avance sur recette et j’ai rejoint l’équipe de programmation du  Festival international du film indépendant de Bordeaux. J’aime beaucoup, pendant mes périodes d’écritures, être dans le partage, accompagner, aimer, transmettre… Ce qu’on a fait pour moi à l’époque. C'est un juste retour des choses !