Patrimoniu : L’Association Santa Maria Assunta a fêté ses 30 ans en présence du Cardinal Bustillo

Rédigé le 02/05/2026
Nicole Mari

L’Association Santa Maria Assunta, qui œuvre pour la sauvegarde du patrimoine culturel et religieux de Patrimoniu, a fêté ses 30 ans d’existence, samedi dernier, en présence du Cardinal Bustillo. Une belle reconnaissance pour cette association villageoise qui, avec peu de moyens, mais beaucoup de bonne volonté et d’imagination, a déjà plusieurs travaux de restauration à son actif. Rencontre avec Christiane Ficaja, présidente de l’Association Santa Maria Assunta.

L’Association Santa Maria Assunta a fêté, samedi dernier, ses 30 ans d’existence. Toute la communauté villageoise s’est réunie autour d’une messe célébrée en fin de matinée par le cardinal François Bustillo, évêque de Corse, avant de se retrouver pour un moment convivial. « Pour cet évènement, j’avais appris que le cardinal Bustillo serait à Bastia dans l’après-midi du 25 avril, et je m’étais dit que si on pouvait essayer de réunir les deux évènements, peut-être le cardinal accepterait-il de venir à Patrimoniu. C’est ce qui s’est passé ». C’est avec un bel enthousiasme que Christiane Ficaja, présidente de l’Association Santa Maria Assunta, qui, depuis 30 ans, travaille pour la sauvegarde du patrimoine culturel et religieux du village de Patrimoniu, évoque cet anniversaire et tout le chemin parcouru depuis la création de l’association. « C’est José Arena qui, il y a 30 ans, a été l’initiateur de ce projet. Il a donné à l’association le nom d’une chapelle, située dans un quartier de Patrimoniu, qui contient une statue de la Vierge Marie. Ce nom à consonance religieuse nous a, par la suite, plutôt desservi », avoue-t-elle. « Nous avions ouvert une souscription pour rénover la chapelle, et on nous a souvent objecté ce caractère religieux. Nous avons eu beaucoup de mal à faire comprendre aux gens que c’était le quartier qui s’appelait comme ça. Le fondateur, José Arena, avait un attachement particulier à cette petite chapelle qui date du XIe siècle et qui appartenait aux seigneurs du village, les Cortinchi. L’archéologue, Geneviève Moracchini-Mazel avait d’ailleurs fait une étude dessus ».
 
Des découvertes étonnantes
En 1996, l’état inquiétant de la chapelle pousse José Arena à créer l’association : « L’édifice était en danger, le toit était très abîmé, l’eau s’infiltrait à l’intérieur, il n’y avait pas de vide sanitaire, etc. La chapelle avait, au fil des années et des siècles, pris une tout autre allure, dans le sens où l’on avait rajouté une espèce de faux plafond, crépi les murs, etc », précise Christiane Ficaja qui prend aussitôt part au projet. La rénovation permet des découvertes étonnantes. « Lorsque nous avons voulu romaniser la chapelle, sous la hotte de l’architecte Le Bomin, nous avons découvert sur les murs des croix de Templiers et du polychrome qui venait du couvent de Farinole, même le tabernacle est en polychrome. Nous avons tout enlevé. En enlevant et en décrépissant, nous avons trouvé la pierre d’autel d’origine. C’est rare ! ». Et pose une énigme concernant les croix des Templiers. « Nous avons longtemps essayé de comprendre pourquoi les croix des Templiers étaient noires. C’était vraiment le grand questionnement. Il s’avère que ces croix noires correspondaient à des décès. Chaque fois qu’il y avait un décès dans la famille Cortinchi, on mettait une croix noire sur le mur. C’est un prêtre qui nous a donné cette explication ».

Une mobilisation citoyenne
La rénovation a demandé beaucoup de temps et d’énergie. L’association a dû faire preuve de ténacité et d’imagination pour trouver le financement. « Grâce à nos anciens qui ont travaillé et qui avaient vraiment envie de sauvegarder cette petite chapelle, nous avons trouvé le financement. Quasiment tous les mois, on faisait des repas, on vendait des billets de loterie le 11 novembre parce qu’on savait que ce jour-là, beaucoup de monde viendrait à Patrimoniu. On a fait des karaokés, des lotos… Nous avons ainsi réussi à investir en 30 ans pratiquement 300 000 €, sans jamais demander une subvention ou de l’argent à la mairie. José Arena voulait responsabiliser les gens du village », explique Mme Ficaja. Un point qu’elle partage entièrement. « Notre patrimoine n’appartient pas à la mairie, nous en sommes les héritiers. Qu’est-ce que nous allons laisser aux jeunes, si nous ne prenons pas la responsabilité de sauvegarder notre patrimoine ? ». Une exposition photos va d’ailleurs retracer tout ce qui a été fait au niveau de la restauration. « Nous avons, avec l’aide de Mme Cornetto, qui s’occupait alors du patrimoine, réussi quelque chose de pas mal. Nous avons fait refaire des bancs à l’identique. Nous avons beaucoup travaillé pour restaurer et améliorer. Franchement, nous avons fait un beau travail ! Ce travail a été très enrichissant pour moi quand j’ai pris la relève de José Arena », affirme-t-elle. La rénovation a redonné une seconde vie à la chapelle. Elle est utilisée aujourd’hui pour la catéchèse et les enterrements. « Je suis catéchiste et j’y reçois, deux fois par semaine, les enfants au catéchisme », indique Mme Ficaja. Elle sert aussi de reposoir quand il y a des décès et que les gens ne peuvent plus recevoir les condoléances chez eux.
 
Le vitrail de San Martinu
La chapelle restaurée, l’Association Santa Maria Assunta s’est attaquée à un autre chantier, concernant cette fois l’église paroissiale San Martinu qui domine le village. « Nous avons commencé à nous inquiéter des tableaux de l’église San Martinu, notamment d’un triptyque du XVIème siècle qui serait parti à vau-l’eau si nous n’étions pas intervenus. La porte d’entrée monumentale, qui date du XVIIIème siècle, avait aussi grandement besoin d’être restaurée. Ce fut un grand dilemme parce que certains disaient qu’on pouvait la restaurer, d’autres non. Le coût de la restauration était trop cher. Finalement, nous sommes tombés sur un artiste, Mr Tudiscu, qui l’a magnifiquement restaurée ». Mme Ficaja regrette que personne, et surtout la mairie, ne s’en soit s’inquiété avant : « Cela nous aurait évité de trouver le patrimoine dans un état catastrophique ! Nous avons fait faire des rampes, installé des toilettes, un investissement judicieux pour accueillir les touristes. Nous avons acheté une sono, etc. ». Le nouveau projet en cours concerne le vitrail de San Martinu, le saint patron de Patrimoniu et des vignerons. « Ce n’est pas exactement un vitrail, ce sont des plaques de verre qui ont été peintes et réunies à partir de fer forgé et qui représentent Saint Martin, mais le vitrail a tellement vieilli qu’on ne voit plus grand-chose ». Mais aussi sa statue. « Nous avons découvert, grâce aux artistes, que la statue de Saint Martin représentait initialement Saint Roch avant d’être transformée. La restauratrice s’est servie d’une photo, que je lui ai envoyée, pour faire une première proposition. Sera-t-elle acceptée ? Je ne sais pas, mais notre projet est bouclé ». Elle se réjouit de voir la mairie s’investir désormais dans le projet. « Différemment des autres restaurations, la mairie, cette année, a repris le projet. Elle financera 80% et nous les 20 % restants. Nous avons une petite aide de la Communauté des communes qui nous donne 900 € par an ». La grande victoire, estime-t-elle, est d’avoir réussi à sensibiliser les gens du village et à fédérer autour de la sauvegarde du patrimoine. « C’est beau de voir que les gens ont pris conscience de l’importance de cette sauvegarde et se sont investis. Ce patrimoine, c’est notre passé, notre identité, c’est un héritage que nous avons reçu et qui doit être partagé et transmis ». Avant de conclure sur un souhait : « J’espère que la jeunesse continuera sur cette voie et comprendra la valeur de tout notre patrimoine ».
 
N.M.