Ce mercredi 11 février, le CFA de Haute-Corse a ouvert ses portes à plusieurs centaines de visiteurs venus découvrir les formations en apprentissage et en formation continue. Si le succès de la journée témoigne de l’attractivité de l’établissement, le directeur alerte sur les difficultés financières et les baisses d’aides qui risquent de peser sur l’avenir de l’apprentissage.
(Photos Gérard Baldocchi)
« C’est un plaisir de leur faire découvrir notre plateau technique de 8 000 m² aujourd’hui », lance Xavier Luciani, directeur du CFA de Haute-Corse. Ce mercredi 11 février, l’établissement organisait sa traditionnelle j.corsica/Portes-ouvertes-au-CFA-de-Haute-Corse-Decouvrez-les-formations-en-alternance_a82851.html ournée portes ouvertes, attirant plusieurs centaines de jeunes, de parents et de personnes en reconversion venus découvrir les formations proposées en apprentissage et en formation continue. « Il y a des personnes qui arrivent avec des projets bien arrêtés, même au regard d'une certaine jeunesse, et d’autres qui viennent surtout découvrir. En même temps, on a aussi des parents qui sont là pour voir les alternatives qui existent pour leurs enfants qui veulent apprendre tout en bougeant. »
Toute la journée, les visiteurs ont ainsi pu arpenter les ateliers de boulangerie, pâtisserie, menuiserie, coiffure ou encore automobile, et découvrir les réalisations des apprentis aux côtés de leurs formateurs. C’est le cas d’Angelita, qui va intégrer une formation de cuisine au mois de mars. « J’aime vraiment la cuisine, et je voulais voir comment ça allait se passer avant d’intégrer la formation le mois prochain », indique-t-elle après avoir discuté avec celui qui sera l’un de ses professeurs au cours de sa formation.
Un secteur en tension malgré l’attractivité du CFA
Mais derrière l’effervescence de cette journée, le contexte de l’apprentissage suscite aujourd’hui de réelles inquiétudes. « La baisse des aides est la première source d’inquiétude parce que les conditions de signature des contrats d'apprentissage n'ont plus un côté attractif pour les entreprises », reconnaît Xavier Luciani. Les primes au recrutement, autrefois fixées à 8 000 euros, ont progressivement diminué pour atteindre 5 000 euros et ne concernent plus toutes les entreprises. « Les sociétés avec beaucoup de salariés n'y ont plus droit, et il faut savoir qu'elles sont tenues de payer les charges patronales pour les contrats d'apprentissage au regard des salaires qu’elles versent aux apprentis. »
Si la rentrée 2025 n’a pas connu de baisse notable, le CFA ayant même enregistré pas moins de 420 primo-arrivants alors que 350 étaient attendus, Xavier Luciani prévient que l’impact se fera sentir « de plein fouet » dès 2026. Plusieurs chefs d’entreprise auraient déjà fait part de leur intention de réduire le nombre d’apprentis recrutés. « On se retrouve avec une crise à venir au niveau des effectifs, mais aussi au niveau des besoins de main-d'œuvre qui ne vont plus être comblés. Je prends pour exemple la problématique des métiers de l'hôtellerie, service et restauration : on essaie de combler le besoin de main-d'œuvre pour la saison touristique qui va démarrer au mois d’avril, et on cherche désespérément localement des gens qualifiés. C’est aussi le cas dans le bâtiment ou dans la santé. »
Selon le directeur, la situation actuelle est le « revers de la médaille » de la loi de 2018 sur la formation professionnelle, qui a eu « un effet beaucoup plus rapide et positif que ne l'avaient prévu ceux qui l'avaient mise au point ». « Cette loi avait vocation à donner, à l'horizon 2027, plus d'un million de contrats d'apprentissage dans toute la France. On était à 300 000 quand elle a été mise en place, mais dès l'année 2023, on a dépassé le million de contrats d'apprentissage. Conclusion : les finances n'ont pas suivi. »
Malgré des incertitudes et les difficultés financières qui touchent le secteur, le CFA continue d’attirer de nombreux jeunes et adultes en reconversion, notamment dans le secteur de l’automobile. « Habituellement, on est sur des bases, au niveau des effectifs, de 70 contrats, mais cette année, on a dépassé les 110 », souligne Xavier Luciani. « Chaque année, nous formons entre 800 et 900 personnes en termes de contrats d'apprentissage, de stagiaires, de demandeurs d'emploi ou de salariés en reconversion, et nous mettons sur le marché du travail entre 300 à 350 diplômés et certifiés. »


