Corse : la CGT alerte sur les fragilités du réseau électrique

Rédigé le 01/08/2025
Léana Serve

Lors d’une conférence de presse à la centrale EDF de Lucciana, la CGT Énergie Corse a tiré la sonnette d’alarme sur les fragilités du réseau électrique insulaire, particulièrement en été. Le syndicat dénonce également la hausse de la TVA sur l’électricité et défend sa propre vision de la transition énergétique.

Corse : la CGT alerte sur les fragilités du réseau électrique

La CGT Énergie Corse a tenu une conférence de presse ce vendredi à la centrale EDF de Lucciana

“Il est urgent que les politiques prennent des décisions dès aujourd'hui.” Dans une conférence de presse tenue ce vendredi matin à la centrale EDF de Lucciana, la CGT Énergie Corse a évoqué ses inquiétudes sur plusieurs sujets, à commencer par la fragilité du système électrique corse, particulièrement lors de la période estivale. “Notre objectif est d'informer la population sur les enjeux énergétiques de notre territoire”, a expliqué Michel Fazzini, secrétaire général du syndicat. Selon lui, la situation est préoccupante. Alors que les températures ont été “plutôt clémentes” ces derniers jours, la CGT rappelle que la Corse a déjà connu un pic de consommation important dès le mois de juin. “L'équilibre offre-demande sur notre territoire est fragile : 420 mégawatts ont été appelés au mois de juin, alors que l'afflux touristique n'avait pas réellement débuté.”
 

Pour le syndicat, le réchauffement climatique a clairement inversé les tendances. “Le réchauffement climatique est incontestable et c'est désormais en été que la consommation est la plus forte. Dès la semaine prochaine, les épisodes de canicule couplés à la présence de nombreux touristes pourraient générer des problématiques de l'équilibre offre-demande.” Face à cette demande grandissante, la CGT dénonce un manque de moyens de production sur l’île. Si plusieurs infrastructures ont été mises en service ces dernières années, comme “la centrale de PEI Lucciana, le barrage hydraulique du Rizzanese ou encore la rénovation de la station de gaz du Loretto”, selon le syndicat, cela ne suffit pas. “Nous constatons que la situation reste précaire, en témoigne la présence de 50 mégawatts de groupes électrogènes sur notre réseau, et elle pourrait devenir problématique à l'horizon 2030.”
 

TVA à 20 % : un “racket organisé” selon la CGT
 

Le 1er août marque aussi la mise en place de l’augmentation de la TVA sur les abonnements d’électricité et de gaz, qui passe de 5,5 % à 20 %. Une mesure vivement critiquée par la CGT Énergie Corse. “La directive européenne ne demandait pas d'augmenter la TVA à 20 %, mais de l'harmoniser sur l'ensemble de la facture. Le gouvernement aurait donc pu faire le choix d'harmoniser cette facture à 5,5 %, mais il a fait le choix de tout mettre à 20 %, faisant ainsi rentrer 1,5 milliard d'euros supplémentaires dans ses caisses”, indique Michel Fazzini. Pour lui, ce changement symbolise un véritable tournant. “Au-delà de l'alourdissement des factures pour les usagers, c'est la symbolique qui est alarmante : cela signifie que l'énergie n'est désormais plus considérée comme un bien de première nécessité, mais comme une marchandise.”
 

Fabrice Coudour, secrétaire général de la Fédération nationale des mines et de l’énergie, parle même de “racket organisé”, avec des conséquences lourdes. “C'est une mesure qui va peser sur les plus précaires et qui va aussi à l'envers de la transition énergétique. Il est nécessaire, aujourd'hui, de répondre aux besoins, et non pas d’augmenter les factures.” Selon lui, l’augmentation de la TVA aura des répercussions sur la consommation. “Si vous augmentez la part fixe, il faut baisser la consommation pour avoir une facture à l'équilibre, c’est-à-dire que les plus précaires, les plus de 12 millions de personnes en France, et en Corse particulièrement, vont être obligés de réduire leur consommation.”
 

Un autre modèle énergétique pour la Corse
 

Face à ce constat, la CGT porte sa propre vision de la transition énergétique. “On a notre propre PPE : le programme progressiste de l'énergie, pour faire un petit pied de nez au PPE du gouvernement”, souligne Fabrice Coudour. Le syndicat réclame des moyens de production “pilotables” pour garantir la sécurité énergétique de l’île. Elle insiste notamment sur le potentiel hydraulique de la Corse. “On considère qu’on a le devoir de revendiquer de nouveaux ouvrages, et notamment des ouvrages hydroélectriques, puisque la Corse est l'île la plus arrosée de Méditerranée. Chaque année, il y a des millions de mètres cubes qui partent à la mer, et on considère qu’il serait intéressant pour notre île d'être dotée d'outils de ce type, puisqu'ils nous permettraient le multi-usage de l'eau, à la fois l'alimentation pour les populations en eau potable, mais aussi la possibilité pour les agriculteurs d'irriguer leurs parcelles ou encore la possibilité de produire de l'énergie de manière pilotable et durable.”
 

La CGT porte également d’autres revendications, et se dit “en attente du fonctionnement au biocarburant de la centrale de Lucciana, du huitième moteur de cette même centrale”, mais aussi “en attente de la STEP (station de transfert d'énergie par pompage) de Sampolo”. “Avec le manque de prise de décision et le retard dans la mise en œuvre de la PPE au niveau local, plusieurs questions restent sans réponse”, souligne Michel Fazzini. Enfin, à l’échelle nationale, la CGT revendique “une sortie des marchés spéculatifs et une nationalisation du secteur par la création d’EPIC (établissements publics à caractère industriel et commercial) assurant une maîtrise 100 % publique”.

“C’est la seule alternative pour faire baisser les factures de nos concitoyens”, indique le secrétaire général de la CGT Énergie Corse. Fabrice Coudour, quant à lui, précise : “On exige la renationalisation de l'électricité et du gaz, un juste prix de l'énergie sur la facture qui pourrait atteindre -25 % de la facture pour tous les usagers, mais aussi une sortie du marché de l'énergie, qui ne produit rien, mais ne fait que coûter depuis 25 ans, et un retour à des tarifs réglementés de vente pour l'ensemble des usagers.”