Cardo renoue avec son histoire et intronise sa confrérie San Stefanu

Rédigé le 03/08/2025
Léana Serve

Ce dimanche, quinze habitants ont été officiellement intronisés au sein de la confrérie San Stefanu, relançant une tradition ancienne sur les hauteurs de Bastia. Nouvelle organisation, retour aux missions religieuses et collecte d’archives : Cardo renoue avec son histoire.

Cardo renoue avec son histoire et intronise sa confrérie San Stefanu

Les confrères de San Stefanu de Cardo (Photo JP)

Cardo renoue avec la tradition des confréries. Ce dimanche, quinze habitants - dix hommes et cinq femmes - ont été officiellement intronisés au sein de la confrérie San Stefanu, lors d’une cérémonie organisée dans l’église du même nom, sur les hauteurs de Bastia. “Ils ont entre 22 et 75 ans, mais on constate qu’il y a surtout plus de jeunes que de seniors. Ils sont largement majoritaires et représentent les trois quarts de la confrérie”, explique un membre de l’organisation. L’intronisation s’est faite selon un rite précis. Chaque homme était accompagné de deux parrains, chargés de lui faire revêtir successivement l’aube et le cordon. Les femmes, elles, reçoivent une écharpe, remise par leur parrain. “Lorsqu’on est appelé, on part du fond de l’église avant d’aller dans un endroit déterminé où le prêtre nous bénit et où nos parrains nous habillent.”
 

 


Une messe, célébrée par le Père Bertoni, ancien confrère de Calvi, a ensuite suivi l’intronisatisation. Quatre jeunes confrères, qui ont répété “depuis trois mois”, ont interprété pour la première fois des chants liturgiques en corse et en latin, apportant leur voix à la cérémonie religieuse. La statue de Saint Étienne a ensuite été portée en procession à travers les ruelles du village. “Toutes les confréries près de chez nous étaient invitées, bien entendu : Saint-Joseph, Sainte-Croix, Sainte-Marie, Saint-Jean, Saint-Roch, la Conception et les trois de Brando. Et certains d'entre eux sont même les parrains des confrères intronisés.” La journée s’est terminée par une grande fête populaire réunissant tous les habitants.
 

Un retour aux missions traditionnelles
 

Si la confrérie de Cardo existait déjà depuis la fin du XIXe siècle, elle fonctionnait jusqu’alors de manière informelle. “Avant, c’était un peu le curé qui tenait la confrérie, ce n’était pas vraiment organisé ni structuré. On a toujours été confrères, mais pas officiellement. C’était bien, ça fonctionnait, mais il n’y avait pas vraiment de statut.” Il y a trois ans, un tournant s’est opéré à l’issue d’une réunion à Corte réunissant les confréries de Corse. Sous l’impulsion du cardinal François Bustillo, des diacres référents ont été désignés dans chaque région pour accompagner la réorganisation du mouvement. Pour cardo, c’est Pierre-Ange Agostini, diacre et référent du secteur, qui a pris en charge le processus d’officialisation. “Il nous oriente et nous donne des directives. C’est lui qui a fait cette première intronisation, parce qu’on ne savait pas comment faire étant donné qu’on n’en avait jamais fait.”
 

Depuis, la confrérie s’est dotée de statuts cultuels validés par l’évêché, qui lui permettent d’agir dans le cadre du diocèse. En parallèle, une association a été créée pour soutenir les activités culturelles, notamment l’organisation d’événements, la gestion de dons ou les démarches administratives. “Suite à la loi de 1905 et à la séparation de l’Église et de l’État, on n’a pas le droit de recevoir d’argent. C’est pour ça qu’en plus du statut cultuel, on a un statut culturel avec notre association.”


Cette organisation permet à la confrérie de renouer avec son rôle traditionnel. Présence lors des obsèques, accompagnement des familles, bénédiction des tombes : les confrères souhaitent être au plus près des habitants. “Les activités sont les mêmes depuis toujours, même si c’est vrai qu’elles étaient un peu plus fortes avant, même si ce n’était pas encadré. On a commencé à remettre en place la bénédiction des tombes, parce que c’est important et que les familles y tiennent. Ça s’est perdu parce que le clergé n’a plus les moyens, c’est pour ça que c’est aux laïcs comme nous de le faire. On peut aussi être présent lors d’obsèques, où on amène toujours un petit groupe de chanteurs. Je me souviens d’un enterrement où il y avait peu de monde, et le fils du défunt nous a remercié d’être venus, alors qu’on n’avait qu’un petit chant. C’est important d’être présent. Enfin, on va essayer d’aider ceux qui sont le plus dans le besoin.”
 

Mais la volonté de transmission va plus loin. Un travail de collecte d’archives a été entamé, avec l’objectif de reconstituer la mémoire collective de Cardo. “On a fait des recherches sur Saint Étienne, le premier martyr de l’Église. On a aussi retrouvé un livre qui date de 1860, et d’autres suivront peut-être. L’idée serait de le mettre en valeur et à disposition des gens du village, pour reconstituer nos archives. J’ai aussi pris contact avec des archivistes à Ajaccio et je vais y aller et tenter de déchiffrer le latin. Mais on va y arriver, quand on veut, on peut.”


La cérémonie  qui a rassemblé une importante foule de paroisiens avait réuni les chorales de Saint Charles, Sainte croix, Saint Joseph, Saint roch, de la. Conception, de Saint Erasme, de  Pozzo Brando, Poretto, Venzolasca et Volpajola  qui ont uninimement apprécié les chanteurs de la chorale et du groupe de Cardo, ainsi que l’aide précieuse de Paul  Agostini . 
L’abbé Nicoli et l’abbé Bertoni qui ont présidé la messe étaient assistés par les diacres Pierre-Ange et Pierre-Jean