En Corse, le monde de l’édition continue de se développer malgré les obstacles

Rédigé le 09/08/2025
Léana Serve

Depuis quelques années, le secteur de l’édition en Corse connaît un véritable essor grâce à l’émergence de nouveaux acteurs. Pourtant, malgré cette dynamique, les maisons d’édition rencontrent encore des difficultés pour s’imposer sur le marché national et faire face à la fragilité du réseau local. Le point avec Alain Piazzola, le président de l’Association des éditeurs de Corse à l'occasion du Salon qui se tient ce samedi 9 août à Luri.

En Corse, le monde de l’édition continue de se développer malgré les obstacles

Photo d'illustration

Depuis plusieurs années, le monde de l’édition se développe en Corse. Longtemps porté par un petit nombre d’acteurs, le secteur a profondément évolué au fil des dernières décennies. “Si l’édition était autrefois portée par un nombre très limité de personnes, elle est aujourd’hui incarnée par beaucoup plus de maisons d’édition”, constate Alain Piazzola, le président de l’Association des éditeurs de Corse. Un “éclatement” qui s’est accompagné d’une plus grande diversité dans les approches. “Un éditeur ne peut pas embrasser tous les aspects d’une production insulaire. Chacun l’apporte avec sa sensibilité et propose des produits tout à fait différents, et c’est quelque chose d’extrêmement positif.”
 

Cette diversité se retrouve aussi dans les choix éditoriaux. Là où certains privilégient le roman ou l’histoire, d’autres s’attachent plutôt à la bande dessinée, à la jeunesse ou au patrimoine. “On identifie aujourd’hui les maisons d’édition à travers leur production, leurs choix, leur manière de travailler.” Une pluralité que les lecteurs semblent toujours suivre avec intérêt. “L’édition se réinvente constamment, mais elle est toujours portée par un public attentif à ce que nous produisons. Si ça marche, c'est parce que nous avons justement cette attention et que nous avons apporté du nouveau. Dans le paysage éditorial, l'intérêt est suscité par le fait qu'on sait se renouveler, aborder des thématiques nouvelles constamment pour intéresser le public.”

Parmi les éléments marquants pour le public, la langue corse occupe une place de choix. Si les ouvrages en langue corse ne visent pas les mêmes volumes de vente que d’autres livres en français, leur rôle culturel est cependant jugé essentiel. “Le livre en langue corse a tout à fait sa place, que ce soit à travers des ouvrages scientifiques ou de littérature. C’est presque naturel que la langue soit portée par le livre.” Plusieurs maisons d’édition soutiennent aujourd’hui des projets rédigés ou traduits en langue corse, et le nombre d’auteurs souhaitant écrire dans cette langue ne cesse d’augmenter. “On est plusieurs, à présent, à soutenir des projets en langue corse. Certains auteurs ont vraiment des choses à apporter à travers la langue, et ils sont capables de porter une vraie réflexion. Ça reste quelque chose de dynamique dans notre société.”


Une reconnaissance nationale difficile à atteindre

Malgré cet engouement, le monde de l’édition en Corse fait toujours face à plusieurs obstacles. Le principal concerne la difficulté à exister au niveau national, car les éditeurs insulaires peinent à trouver leur place dans les réseaux de distribution classiques. “Si on publie un livre sur l'histoire de la Corse, la mafia, les parrains de Corse… des livres génériques, ils vont trouver une place plus facilement au niveau national. Mais nous, on fouille la culture insulaire dans tous ses aspects : il y a des sujets qui peuvent apparaître comme des niches, mais qui sont très demandés par la population, notamment dans les micro-régions. En revanche, c'est très difficile pour nous d'exister au plan national, parce que lorsqu'on se fait distribuer, c'est très souvent une perte d'argent.”
 

En effet, les frais de retour, imposés lorsque les ouvrages ne sont pas vendus, peuvent avoir un vrai impact sur la trésorerie des petites maisons d’édition. “Si un distributeur commande vingt livres, mais n’en vend que cinq, c'est l'éditeur qui paie le retour pour les quinze restants.” En parallèle, les éditeurs doivent composer avec un tissu de librairies locales très fragile. Plusieurs points de vente ont fermé ces dernières années, et même si d’autres ont vu le jour, l’accès au livre reste inégal selon les régions. “On a parfois un tissu qui n'est pas assez dense pour assumer toute cette production, même si certaines libraires jouent vraiment le jeu de présenter une grande diversité de publications insulaires.”
 

Face à ce constat, les maisons d’édition sont obligées de se réinventer pour attirer un public toujours plus large. “On est obligé de se remettre en cause constamment et de s'adapter aux situations”, déplore Alain Piazzola. C'est pourquoi participer à des salons du livre, que ce soit en Corse, à Paris, Marseille, Bruxelles ou Montréal, permet de faire connaître leur production à un autre public. “On montre une certaine image de l’île à travers nos livres, et c'est important de la défendre à travers toutes ces manifestations, c’est notre vocation. On est présents le plus possible à des conférences et à des colloques, parce qu'il faut qu'on sorte de nos murs et qu'on cherche à rétablir un équilibre que nous avons du mal à trouver au plan national.”

Malgré tout, les éditeurs restent optimistes. Le nombre de structures ne cesse d’augmenter et chacun contribue à sa manière à faire vivre le livre. “Au départ, notre association était composée de cinq ou six éléments, et aujourd’hui, elle en compte quinze, et tous veulent faire vivre le livre à leur façon. Chacun a une image spécifique à porter à travers le livre, et c'est grâce à cette diversité que j'ai un regard optimiste sur l'avenir. De toute façon, je pense qu’une société sans livre serait une société vouée à l'échec”, déclare Alain Piazzola.