Régis France prend officiellement la tête du tribunal judiciaire de Bastia

Rédigé le 31/03/2025
Léana Serve

Le tribunal judiciaire de Bastia a officiellement accueilli son nouveau président ce lundi. À 55 ans, Régis France succède à Claire Liaud à la tête de la juridiction. Ancien économiste, policier et magistrat, il entend mettre son parcours atypique au service d’une justice accessible, lisible et proche du citoyen.

Régis France prend officiellement la tête du tribunal judiciaire de Bastia

Régis France (à gauche) est le nouveau président du tribunal judiciaire de Bastia

La solennité des lieux n’a pas empêché l’éloge d’un parcours peu commun. Ce lundi, dans la salle Hélène Landry-Campinchi du palais de justice de Bastia, le nouveau président du tribunal judiciaire a été présenté par Hélène Davo, première présidente de la cour d’appel, et Jean-Jacques Fagni, procureur général. À 55 ans, Régis France prend la suite de Claire Liaud, dans une juridiction qu’il connaît encore peu, mais où il compte bien inscrire son expérience.

C’est peu dire que la trajectoire de Régis France sort des cadres habituels de la magistrature Après un passage par le régiment des parachutistes au moment de son service militaire, Régis France débute sa carrière dans le domaine académique. Titulaire d’un DEA d’économie-mathématiques obtenu à l’université Panthéon-Sorbonne, puis d’un doctorat en économie-mathématiques et en économétrie, il enseigne l’analyse des données et le calcul économique à l’université de Picardie ainsi que dans plusieurs écoles de commerce.

En 1996, à 26 ans, il bifurque vers une carrière policière. D’abord lieutenant affecté aux réseaux ferrés parisiens, il intègre ensuite la brigade financière de Paris. Il rejoint par la suite la direction régionale de la police judiciaire de Marseille, où il est confronté à des affaires sensibles, notamment en matière de corruption internationale, favoritisme, détournement de fonds publics ou prise illégale d’intérêts. Il y dirige le groupe atteintes à la probité en qualité de capitaine de police.

En 2018, Régis France entre dans la magistrature. Il est d’abord juge au tribunal d’instance de La Rochelle, puis vice-président placé auprès du premier président de la cour d’appel de Poitiers. Il exerce ensuite diverses fonctions judiciaires : juge de l’application des peines à Saintes, juge des contentieux de la protection à Poitiers, juge des enfants à La Roche-sur-Yon, puis président de correctionnelle à Rochefort.

Le 1er septembre 2024, il est nommé en Guyane, où il occupe les fonctions de premier vice-président du tribunal judiciaire, en charge notamment du correctionnel, du tribunal pour enfants et du tribunal de proximité de Saint-Laurent du Maroni. Il y assure également l’intérim de la présidence.

Depuis février, c’est désormais à Bastia que Régis France poursuit son parcours, en qualité de président du tribunal judiciaire.


Une approche de terrain pour un tribunal insulaire
C’est avant tout une volonté de « devenir chef de juridiction » qui a conduit Régis France à postuler pour la présidence du tribunal judiciaire de Bastia. Une fonction qu’il envisage comme une continuité logique de son parcours, marqué par des responsabilités croissantes, notamment en Guyane. « Après mon expérience de premier vice-président à Cayenne, avec une notion d’encadrement, de gestion des ressources humaines, j’ai trouvé que ce poste était particulièrement adapté à mon profil, et c’est la raison pour laquelle j’ai postulé à Bastia », explique-t-il.

Le choix de la Corse ne doit rien au hasard. « J’aime aussi ce côté composante ultra-marine, une île au milieu de la mer, assez éloignée du continent », confie-t-il. En poste depuis février, Régis France a immédiatement repris les missions assumées par sa prédécesseure, Claire Liaud. Il intervient notamment dans le service du contrôle des expertises, les référés civils, les ordonnances sur requête ou encore les procédures de liquidation successorale – un sujet particulièrement sensible sur l’île. « C’est une composante foncière particulière en Corse », précise-t-il.

Son parcours nourri d’expériences variées constitue un socle qu’il entend mettre au service de la juridiction bastiaise. « Le fait d’avoir été policier pendant 20 ans me permet d’avoir une connaissance de ce qu’est réellement la vie des gens. Quand on va chez eux pour une perquisition à 6h du matin, quand les enfants pleurent… ça joue nécessairement dans la manière d’appréhender les dossiers, mais aussi d’accompagner mes collègues », souligne-t-il.

L’ancien capitaine de police souhaite également mobiliser sa formation d’économiste pour appréhender avec finesse les enjeux propres à la société insulaire. « La problématique économique et financière est une matière complexe, mais elle permet une grille de lecture plus fine de la vie d’un territoire. En Corse, avec ses singularités liées au tourisme ou aux problématiques criminelles, je pense que mon expérience peut être utile. »

À terme, Régis France ambitionne de « prendre un peu de présidence économique et financière », si l’arrivée d’un magistrat supplémentaire le permet. Mais au-delà des fonctions techniques, il insiste sur l’importance du bien-être au travail. « Les conditions sont difficiles, les dossiers aussi. Mon objectif, c’est que les gens soient bien au travail, autant que possible, même dans un contexte de contraintes budgétaires. »