31 août 2003 à Santa Maria di Lota : un énorme brasier de la montagne à la mer

Rédigé le 01/09/2026
Charles Monti

Des milliers d'hectares ravagés de San Ghjuvà à Miomu, des maisons et des voitures détruites, une jeune femme grièvement brûlée qui décédera quelques jours plus tard au service des grands brûlés de Lyon. Le drame vécu par les habitants de Santa-Maria-di-Lota, le dimanche 31 août 2003, reste profondément ancré dans les mémoires.

31 août 2003 à Santa Maria di Lota : un énorme brasier de la montagne à la mer

Mandriale : la désolation après le passage des flammes (Photo Gérard Baldocchi)

Plus de vingt ans ont passé. La nature porte encore, par endroits, les stigmates du grand incendie, mais elle a repris ses droits. Aujourd'hui, le vert domine à nouveau de part et d'autre de la vallée de Lota. Il n'a pourtant pas effacé les images de ce week-end de la fin août 2003, lorsque les habitants se sont retrouvés face à un brasier dévalant de la montagne vers la mer à une vitesse que personne n'avait imaginée.

« Si le vent se lève… »

Depuis quelque temps déjà, le feu couvait sur les hauteurs de la commune. La végétation y avait été durement touchée par la grande tempête de 1999, qui avait couché des dizaines d'arbres sur les flancs de la montagne.

« Si le vent se lève, cela risque de tourner à la catastrophe », avait prévenu un élu de l'époque.

Le vent s'est levé. Avec la violence qu'on lui connaît dans le Cap Corse. Et la catastrophe annoncée s'est produite.

D'abord cantonné sur les hauteurs et considéré comme un « feu de chasseur » ne présentant pas de menace particulière, le foyer a brutalement changé de dimension. Après avoir bifurqué vers Brandu, les flammes se sont déployées à une vitesse vertigineuse en direction de Mandriale, Figarella, Partine puis Miomu, brûlant végétation, véhicules et habitations sur leur passage.

Face à cette progression, les moyens présents sur place apparaissent dérisoires : un véhicule et quelques hommes de l'Unité de sécurité civile de Nogent-le-Rotrou.

Réfugiés dans l'église de Figarella

À Figarella, une partie des habitants est restée sur place. Certains trouvent d'abord refuge dans les jardins de l'IME avant de se replier dans l'église.

Ils ne l'apprendront qu'ensuite : pendant qu'ils se trouvent à l'intérieur, le toit est en train de se consumer.

Lorsqu'ils ressortent, ils découvrent un paysage dévasté. Les premiers uniformes qu'ils aperçoivent sont ceux de gendarmes venus leur demander s'ils ont besoin de quelque chose.

La colère commence alors à se mêler à la sidération.

Car le feu, lui, poursuit sa progression. Après Partine, il fonce vers Miomu. Sur son passage, il rattrape une famille qui tente de lui échapper. Une jeune femme d'une vingtaine d'années est très grièvement brûlée. Transférée au service des grands brûlés de Lyon, elle décédera quelques jours plus tard. D'autres membres de la famille sont brûlés à des degrés divers.
Dès lors, les milliers d'hectares partis en fumée et l'ampleur des dégâts matériels passent au second plan. Une vie a été perdue.


31 août 2003 à Santa Maria di Lota : un énorme brasier de la montagne à la mer

Les habitants prennent conscience de l'ampleur de la catastrophe (Photo Gérard Baldocchi)

La colère après l'incendie
Dans les jours qui suivent, la colère monte dans la vallée de Lota. Au-delà du traumatisme provoqué par l'incendie, les habitants s'interrogent sur les moyens engagés et sur la manière dont les secours ont été organisés alors que le feu menaçait directement les hameaux.
Le conseil municipal de Santa-Maria-di-Lota réclame au ministre de l'Intérieur l'ouverture d'une enquête administrative sur ce qu'il considère comme des défaillances dans l'intervention des secours. L'incendie a alors détruit 80 % de la végétation de la commune.
Plusieurs habitants déposent également plainte contre le préfet de Haute-Corse de l'époque. Ils dénoncent notamment l'insuffisance des moyens humains et aériens mobilisés pour combattre le feu et protéger la population.
« Le préfet porte une responsabilité dans ces événements car, malgré les nombreux appels aux pompiers, il a estimé que les habitants avaient été alarmistes à tort... », accusait alors l'un d'eux.
Plus de vingt ans après, une question demeure : qu'est-il advenu de l'enquête administrative réclamée par la commune et des plaintes déposées par les habitants ?
      

31 août 2003 à Santa Maria di Lota : un énorme brasier de la montagne à la mer

Nature ravagée, voitures calcinées : le bilan est lourd. (Photo Gérard Baldocchi)