Tous les ans le week-end suivant le 21 mai, donc ce samedi 23 et ce dimanche 24, la commune de Calenzana célèbre sa sainte patronne : Santa Restituta. Des festivités, entre tradition et modernité, entre cérémonie religieuse en présence du Cardinal Bustillo, et foire plus profane. Le religieux et le profane, c’est justement le thème de l’excellent livre, richement illustré, qui vient de publer les éditions Albiana, signé du journaliste balanin Michel Codaccioni : « L’énigme de Santa Restituta …de la légende à la réalité ! ». Rencontre…pleine de mystères et de rebondissements !

« L’énigme de Santa Restituta …de la légende à la réalité ! » : Un livre-révélation de Michel Codaccioni.
Ce livre reconstitue de façon inédite et très concrète, l'extraordinaire aventure du culte voué à Santa Restituta pendant seize siècles, depuis Carthage, Naples, Ischia, Sora, Pise, Cagliari jusqu'à Calinzana aujourd’hui. Il offre au lecteur la possibilité, via un QR Code, d’écouter cinq minutes de la voix du chanoine Alberti résumant, en langue corse, sa fabuleuse découverte du sarcophage de la légende …
- Michel, un mot tout d’abord sur votre très étoffé parcours ?
- La genèse de ce livre passionnant sur Sainte Restitude, un véritable roman…
- Des pistes aussi en Tunisie ?
- Une Sainte finalement peu connue ?
- En fait, dans cette histoire de Ste Restitude, il y a un volet chrétien et un volet profane …
- Le parcours de cette sainte reste toutefois un mystère ?
- Une histoire qui a intéressé au plus haut point notre cardinal ...
- Des projets ?
*Extrait de la préface du Cardinal François Bustillo : « ….Au terme de ce périple, nos interrogations sont rassurées, nos espoirs confortés et notre foi encouragée. Cela nous incite à perpétuer le message multiséculaire de nos aïeux en le transmettant à la jeunesse d'aujourd'hui. Lui léguant en héritage notre confiance dans la spiritualité chrétienne pour distinguer l'essentiel, c'est à dire l'être, par opposition à l'avoir éphémère des mirages virtuels ou matériels du moment... »
- Michel, un mot tout d’abord sur votre très étoffé parcours ?
- J’ai effectué diverses études, notamment de sociologie. Un jour j’ai réalisé des interviews pour Radio Calvi Citadelle et ce boulot m’a séduit. J’ai ensuite fait quelques remplacements à RCFM. J’y suis devenu titulaire, directeur, puis nommé à la tête de France 3. J’ai écrit aussi quelques livres dont un sur l’assassinat du préfet Erignac et un guide touristique sur le bassin indien.
- La genèse de ce livre passionnant sur Sainte Restitude, un véritable roman…
- Ce livre raconte une histoire vraie, déroulée pendant plus de 1600 ans jusqu’à nos jours…C’est un livre qui a mûri avant d’être publié. Quand j’étais gosse à Calenzana, ma mère me racontait souvent l’histoire de cette sainte que je prenais finalement comme une grand-tante. A chaque fois qu’elle me racontait l’histoire ma mère se signait. Plus tard, adulte, j’ai rencontré le chanoine Alberti, décédé en 1992, passionné lui aussi par la sainte de sa paroisse. Il m’a appris qu’il avait effectué des fouilles pour connaitre la vérité sur cette histoire. J’ai écouté et pris des notes dans l’idée d’un jour transmettre à mon tour. J’ai aussi rencontré une dame, amie du chanoine, qui elle aussi m’a apporté des détails sur ces recherches et elle m’a fait promettre d’écrire sur cette histoire de la sainte. Mon ambition était de faire la part entre le mythe et la réalité du culte voué à Santa Restituta en Corse et sur le pourtour méditerranéen.
- Des pistes aussi en Tunisie ?
- Oui car Sainte Restitude qui a vécu au IIIe siècle est originaire de Tunisie. A l’occasion d’un séjour professionnel dans ce pays, j’ai rencontré, par hasard, une religieuse africaine et le père José, un archevêque argentin qui connaissait Ste Restitude et possédait une relique dans son église. Une vertèbre qui s’avèrera finalement dater du 5e siècle et donc bien postérieure à la Sainte.
- Une Sainte finalement peu connue ?
- Si la sainte est priée dans toute la Méditerranée, elle est peu connue, on ne sait pas vraiment qui elle était, on connait peu son parcours. Par exemple, on ne s’explique pas pourquoi elle est la sainte patronne du diocèse de Sagone. Je donne justement quelques pistes dans le livre.
- En fait, dans cette histoire de Ste Restitude, il y a un volet chrétien et un volet profane …
- La version chrétienne fait état de la tombe de Ste Restitude dans la chapelle de Calenzana. Chaque 21 mai, il y a une messe et une procession autour de la modeste tombe de Santa Restituta, déposée au sol de l'abside de sa jolie chapelle, construite dans l'ancien cimetière de Calinzana. L'autre tradition est profane, une légende colportée de bouche à oreille qui raconte le martyre de Restituta un certain 21 mai. Ste Restitude et ses 5 compagnons auraient été, après procès, décapités sur la place de Calvi. Des chrétiens venus d’Olmia, l’ancienne Calinzana, auraient enlever les corps pour les mettre ailleurs dans des sépultures « dignes et définitives ». Dans un premier temps ils cachent les corps dans les dunes d’une plage, celle qu’on appelle aujourd’hui « plage Sainte Restituta ». Ils placent ensuite les saintes reliques et les réinhument dans un grand et magnifique sarcophage de marbre blanc au cimetière de Calenzana. Une légende qui va durer près de 16 siècles ! En 1951, le nouveau curé de Calenzana, le père José Alberti entreprend d’étudier tout ça. Secrètement, il entame des fouilles de nuit dans la fameuse tombe et n’y trouve que des pierres. En fouillant la chapelle, sous l’autel il en trouve un autre. Mais toujours pas de traces de reliques. Pris de remords il s’en confesse à son évêque à Ajaccio qui lui donne la permission de continuer ses fouilles. En mai 1951, il découvre alors un sarcophage, 2 m sous le second autel. 6 squelettes y reposaient dont celui d’une femme. Selon les analyses au carbone 14, ils datent du 4e siècle, ce qui correspond à la date où a vécu la Sainte…En fait, la première tombe aurait été un leurre pour protéger le sarcophage et son précieux contenu des destructions menées au fil des siècles, d’abord par les romains, puis par les vandales, les barbaresques, les pirates et bien d’autres envahisseurs ...
- Le parcours de cette sainte reste toutefois un mystère ?
- Oui, j’ai tenté de reconstituer le parcours de la Sainte à partir de Carthage et grâce à des documents de St Augustin. Comment Ste Restitude serait-elle arrivée en Corse ? Peut-être pour rejoindre une famille de nobles romains établie à Calenzana et y être protégée. Il faut savoir qu’il y a eu deux procès de Ste Restitude en 304 pour chrétienté : l’un à Carthage, l’autre à Calvi. Elle s’échappera entre les 2. Ce livre restitue en fait la vérité historique de nos traditions associées aux rites sacrés et profanes de nos croyances. Rendant ainsi hommage à la vitalité de la culture orale de la Corse, lien permanent entre ses racines les plus anciennes et la conscience contemporaine de son peuple… ».
- Une histoire qui a intéressé au plus haut point notre cardinal ...
- Effectivement, le cardinal Bustillo s’est trouvé très intéressé. On en a discuté des heures. Je lui ai fait parvenir mon manuscrit et il en a écrit la préface*.
- Des projets ?
- Je suis en rédaction d’un livre de chroniques sur histoire et sociologie dans mon village de San Antonino. 10 chroniques allant du 9e au 21e siècle.
*Extrait de la préface du Cardinal François Bustillo : « ….Au terme de ce périple, nos interrogations sont rassurées, nos espoirs confortés et notre foi encouragée. Cela nous incite à perpétuer le message multiséculaire de nos aïeux en le transmettant à la jeunesse d'aujourd'hui. Lui léguant en héritage notre confiance dans la spiritualité chrétienne pour distinguer l'essentiel, c'est à dire l'être, par opposition à l'avoir éphémère des mirages virtuels ou matériels du moment... »

Le mystère du sarcophage. Les chrétiens d'Olmia avaient enterré profondement le cercueil de marbre sous un 1 m de plaques de marbre pour dissuader les pilleurs de tombes.

