Autonomie de la Corse : Une session extraordinaire sous tension pour tenter de sortir de l'impasse

Rédigé le 04/11/2026
Manon Perelli

Réunie en session extraordinaire ce mercredi après le rejet du projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie par le Sénat, l’Assemblée de Corse a été le théâtre de vifs échanges entre la majorité territoriale et la droite. Si les élus nationalistes ont unanimement dénoncé le détricotage du texte, des divergences sont apparues sur la suite à donner au processus de Beauvau, entre ceux qui appellent à rompre les discussions avec Paris et ceux qui souhaitent encore tenter de trouver une issue politique. Gilles Simeoni a pour sa part plaidé pour une dernière tentative de dialogue avec le Gouvernement, sans nouvelle concession sur les points essentiels. Suivez les débats en direct sur CNI.

C'est une séance particulière qui se tient ce mercredi après-midi dans l'hémicycle de l'Assemblée de Corse. Un peu plus d'une semaine après le rejet par le Sénat du projet de loi constitutionnelle « pour une Corse autonome au sein de la République », les élus sont réunis en session extraordinaire afin de dresser le bilan des débats parlementaires et d'envisager la suite du processus engagé avec l'État.

Demandée par les groupes Fà Populu Inseme, Avanzemu, Core in Fronte et Un'Altra Strada, cette session intervient alors que les modifications apportées au texte par les sénateurs ont suscité de vives réactions dans les rangs nationalistes. La suppression de la reconnaissance d'une « communauté historique, linguistique et culturelle ayant développé un lien singulier à sa terre » et la remise en cause de plusieurs dispositions relatives au pouvoir normatif de la Corse ont notamment conduit les représentants nationalistes à quitter les débats au Palais du Luxembourg.

Depuis, le gouvernement a réaffirmé sa volonté de poursuivre le dialogue et proposé une nouvelle réunion du comité stratégique le 9 novembre à Paris. Une proposition à laquelle Femu a Corsica a appelé les élus insulaires à ne pas donner suite en l'état.

Dans ce contexte, les débats de ce mercredi doivent permettre aux différentes forces politiques de l'Assemblée de Corse de faire connaître leur position et, éventuellement, de dégager une réponse commune sur la poursuite du processus d'autonomie.


16h15 - La session commence

Après une réunion des présidents de groupe en début d'après-midi, la session exceptionnelle de l'Assemblée de Corse a débuté aux alentours de 16h15.

En dehors des conseillers territoriaux, plusieurs élus ont été conviés à participer à cette session : parlementaires, présidents des associations des maires de Haute-Corse et de Corse-du-Sud, maires, représentants du Cesec …
 

« Le risque de fracture démocratique est réel »

Dans son discours d’ouverture, la présidente de l’Assemblée de Corse, Marie-Antoinette Maupertuis, a rappelé que cette session extraordinaire avait été convoquée afin de dresser le bilan politique des débats parlementaires sur le projet de loi constitutionnelle relatif à l’autonomie de la Corse. Soulignant que l’Assemblée de Corse exprime depuis plusieurs décennies sa volonté d’une évolution institutionnelle, elle a insisté sur la légitimité démocratique de cette revendication. « La question n’est donc plus celle de l’aspiration à l’autonomie. Elle est celle de la capacité des institutions de la République à lui apporter une réponse à la hauteur de sa légitimité démocratique », a-t-elle affirmé.

Très critique à l’égard des débats au Sénat, où elle estime avoir vu se mobiliser « les forces politiques les plus archaïques », la présidente de l’Assemblée de Corse a dénoncé un texte « détricoté, vidé de sa substance », faisant de l’autonomie un « simple alibi » pour maintenir le statu quo. « Le Sénat a manqué un rendez-vous avec l’Histoire », a-t-elle regretté, avant d'alerter sur les conséquences de cette séquence. « L’incompréhension de nos concitoyens face à cette situation est aujourd’hui réelle. Le risque de fracture démocratique est réel », a-t-elle insisté.

Estimant qu’une nouvelle séquence politique doit désormais s’ouvrir, dont les termes devront être définis par les élus territoriaux, elle a conclu en lançant un appel à l'hémicycle : « Ne loupons pas, nous, de rendez-vous avec la démocratie  ».

 


« Une manœuvre politicienne orchestrée par la frange conservatrice du parti Les Républicains »

« Nous ne regrettons rien et nous ne renonçons pas », a affirmé de son côté Gilles Giovannangeli, résumant ainsi l’état d’esprit du Conseil exécutif. Rappelant que le processus d’autonomie s’inscrit dans « la lutte d’un peuple pour la reconnaissance de ses droits » engagée depuis plus de 60 ans, il a défendu le choix d’une solution politique négociée. « Nous avons fait le choix de la négociation, de la solution politique globale négociée. C’est un choix qui est difficile et qui n’exclut pas le rapport de force, mais qui inclut fortement la recherche du dialogue, des points d’équilibre et donc forcément des compromis », a-t-il souligné, en rappelant que les quatre années de discussions dans le cadre du processus de Beauvau avaient permis aux différentes forces politiques insulaires et au Gouvernement de trouver un accord sur des écritures constitutionnelles « pesées mot par mot, virgule par virgule ». Un texte ensuite porté devant l’Assemblée nationale, où il a été adopté à une large majorité, malgré l’ajout d’un article qui suscitait des réserves. « Mais nous l’avons fait parce que l’esprit de l’accord était respecté », a-t-il insisté.

Revenant sur le rejet du texte par le Sénat, Gilles Giovannangeli a également répondu à ceux qui estimaient que cet échec était prévisible et que les élus corses s'étaient simplement heurtés au principe de réalité. « Nous pensions que le Sénat, y compris dans sa frange la plus conservatrice, allait intégrer la légitimité démocratique de ces dix dernières années », a-t-il expliqué, en rappelant que les différentes élections territoriales, municipales, législatives et sénatoriales avaient régulièrement confirmé le soutien à la revendication d’autonomie.

 
Dans le même temps, il a pointé une autre réalité, celle d’une « manœuvre politicienne orchestrée par la frange conservatrice du parti Les Républicains ». Une stratégie qui , selon le président de l'Exécutif, s’est progressivement dessinée au fil des débats au Palais du Luxembourg. « Ceux qui étaient au Sénat ont bien vu que cette démarche s’organisait », a-t-il relevé, en dénonçant les amendements successifs déposés par les sénateurs les plus conservateurs de la droite, qui ont conduit à déconstruire progressivement le texte initial. « Malheureusement ces sénateurs ont été rejoints par le sénateur de Corse-du-Sud, c’est une réalité que l’on doit citer aujourd’hui, même si Jean-Jacques Panunzi a longtemps expliqué qu’il ne serait pas celui qui déconstruirait l’accord de Beauvau ».


« Pour notre part, nous sommes dans un cap politique clair : celui d’une solution politique et nous ne dévierons pas », a poursuivi Gilles Giovannangeli. Alors que le Gouvernement a proposé aux élus corses de se rendre à Paris dès lundi pour engager une nouvelle phase de discussions, le président de l’Exécutif a indiqué ne pas être opposé à cette perspective, tout en posant plusieurs conditions préalables. « Nous n’y sommes pas défavorables, mais nous fixons nos conditions, forts de l’acquis que nous venons de vivre. Nous ne pouvons pas y aller si nous n’avons pas plusieurs garanties », a-t-il prévenu.

La première concerne la position du Gouvernement, dont il a dénoncé les discours contradictoires lors des débats au Sénat. Saluant l’engagement et la loyauté de la ministre Françoise Gatel, il a en revanche regretté les déclarations d’un autre membre du Gouvernement excluant notamment la possibilité d’un statut fiscal, d’un statut de résident, de la reconnaissance du peuple corse ou encore de la coofficialité de la langue corse. « Ça, nous ne l’acceptons pas », a-t-il insisté. Avant toute reprise du dialogue, Gilles Giovannangeli demande donc à l’État de clarifier sa position, mais aussi de présenter une méthode de travail et un calendrier précis pour cette nouvelle séquence de négociations.
 


« Le Sénat n’a pas hésité à mépriser un territoire, ses élus et son peuple »

Ouvrant les débats, la non-inscrite Julia Tiberi a vivement critiqué l’attitude du Sénat, estimant que « les échanges au Palais du Luxembourg ont suffi pour défaire ce que quatre années de dialogue avaient construit ». Rappelant que la Corse avait participé au processus de Beauvau « avec constance et détermination » depuis mars 2022 et accepté de faire des concessions pour parvenir à un accord avec l’État, elle a souligné que ce compromis avait ensuite été validé à une très large majorité par l’Assemblée de Corse, puis adopté par l’Assemblée nationale en juin dernier. « Tout le monde à ce stade avait fait sa part du chemin. Tout le monde sauf le Sénat », a-t-elle regretté, en dénonçant un texte « vidé de sa substance » par les amendements des sénateurs, avant d’être finalement rejeté, y compris par ceux qui avaient participé à son « détricotage ».

Au-delà du rejet du projet de loi constitutionnelle, Julia Tiberi a également mis en cause le fonctionnement même du Sénat. « Ce n’est pas seulement un vote qui pose problème, c’est une institution », a-t-elle lancé, reprochant à cette chambre élue au suffrage indirect d’avoir fait le choix de « mépriser la volonté exprimée par l’Assemblée de Corse et donc par le peuple corse ». Et de dénoncer le paradoxe d’une institution qui « se proclame la chambre des territoires » mais « n’a pas hésité à mépriser un territoire, ses élus et son peuple ».

Julia Tiberi a également directement mis en cause le sénateur de Corse-du-Sud Jean-Jacques Panunzi. « Ce détricotage a eu un visage corse, car c’est bien le sénateur de Corse-du-Sud qui a porté l’amendement supprimant le pouvoir normatif », a-t-elle dénoncé, estimant qu’il n’était « pas injuste de lui faire porter cette responsabilité », puisqu’il s’agit d’une « réalité factuelle ». Pointant également la responsabilité de la droite de l’Assemblée de Corse, qui a soutenu le sénateur, elle a regretté un « réflexe rétrograde » qui n'est « pas une première pour le sénateur Panunzi ».

Face à cette situation, Julia Tiberi a appelé à l’unité du mouvement nationaliste, au-delà de ses divergences. « Nous avons pu constater que nos adversaires savent se montrer unis. Une réponse unitaire du mouvement national dans sa diversité et parfois malgré ses divergences semble être une nécessité politique », a-t-elle estimé. Regrettant que les différentes composantes du mouvement aient trop souvent travaillé « chacune dans leur coin », elle a averti que ces divisions pouvaient profiter à leurs adversaires. « Je n’ai pas de solution miracle pour la réussite de ce processus, mais ce dont je suis persuadée, c’est qu’il convient de nous asseoir tous ensemble autour d’une table et de travailler afin de trouver une véritable solution politique concertée », a-t-elle insisté, en soulignant l’urgence de parvenir à une position commune à six mois de l’élection présidentielle, avec « tous les blocages et les risques que cela peut comporter ».

Mais pour Julia Tiberi, ce combat doit aussi dépasser les seules frontières du mouvement nationaliste. Elle a ainsi appelé à rassembler tous les Corses qui « ne supportent plus la tutelle parisienne », ni le fait de devoir se rendre à Paris « presque pour quémander l’autorisation de faire valoir nos droits les plus essentiels ». Dénonçant « l’hégémonie française dans toutes ses composantes », elle a réaffirmé la nécessité pour la Corse de disposer d’un véritable pouvoir législatif. « Comme tous les peuples de Méditerranée, d’Europe ou d’ailleurs, nous devons disposer du droit de nous auto-administrer, et ce droit ne peut passer que par l’octroi d’un pouvoir législatif », a-t-elle insisté, avant de lancer : « Tous ceux qui disent le contraire mentent aux Corses ».
 


La peur de la contagion

Sur les bancs de Core in Fronte, Paul Quastana a pour sa part dénoncé un texte déjà édulcoré, que le Sénat a selon lui « complètement massacré ». Dans ces conditions, il estime qu'une reprise des discussions avec Paris ne peut être envisagée sans garanties préalables.

L’élu nationaliste a également remis en cause la légitimité démocratique du Sénat, en opposant son mode d’élection au suffrage universel direct dont bénéficient les élus territoriaux et les députés. « Ceux qui ont la légitimité du suffrage universel en Corse, c’est nous, c’est l’Assemblée de Corse. Ceux qui ont la légitimité du suffrage universel en France, c’est l’Assemblée nationale », a-t-il lancé, avant de conclure à propos du Sénat : « De Gaulle a essayé de le faire sauter, c’est lui qui a sauté ». 

« Je dédie au Sénat le droit de massacrer pour des raisons de jacobinisme effréné. Il y a beaucoup de régions françaises qui commencent à s’agiter c’est pour cela que les jacobins ont une telle peur de la contagion. Mais si contagion il y a, c’est tant mieux pour les régions françaises », a-t-il analysé par ailleurs.

 


« En déchaînant ainsi les réflexes pulsionnels de certains, vous prenez un risque pour la paix civile »

Après une suspension de séance d’une demi-heure, le conseiller territorial de Fà Populu Inseme Hyacinthe Vanni a directement interpellé les élus du groupe de droite sur leur position concernant les principales revendications nationalistes. « Est-ce qu’on est d’accord sur le fait qu’il existe un peuple corse ou non ? Est-ce qu’on est d’accord sur le statut de coofficialité de la langue ? Est-ce qu’on est d’accord sur un vrai statut de résident pour protéger notre terre ? Est-ce qu’on est d’accord sur un vrai pouvoir législatif ? », a-t-il demandé. Rappelant que la droite territoriale s’était engagée à ne pas s’opposer au fait majoritaire, il a dénoncé une contradiction avec l’attitude du sénateur Jean-Jacques Panunzi lors de l’examen du texte au Palais du Luxembourg. « Votre sénateur a détricoté le texte et n’a pas respecté le fait majoritaire alors que vous vous étiez engagés à le faire dans cette Assemblée », a-t-il lancé avant de reprendre : « Soit on est d’accord sur tout cela soit ce n’est plus la peine qu’on se fatigue durant des heures à faire des sessions. Sur ces fondamentaux il faut que vous répondiez clairement ».

En réponse, Jean-Martin Mondoloni, le leader d’Un Soffiu Novu, a pris la parole sur un ton solennel afin de clarifier les positions de son groupe, mais aussi de « délivrer sur des sujets toute la vérité, rien que la vérité ». S’adressant directement au conseiller exécutif en charge de l’autonomie, Gilles Simeoni, il est revenu sur les déclarations de ce dernier, qui avait accusé dans la presse une partie de la droite insulaire d’avoir demandé à ses représentants nationaux de faire échouer l’accord politique. Dénonçant « une telle densité de mensonges, un tel esprit de diversion et un tel niveau d’insultes », il a contesté l’existence même d’un accord formel à l’issue des discussions du 12 mars 2024 avec Gérald Darmanin. « Avons-nous signé un accord ? Si oui, pouvez-vous le montrer aux Corses ? », a-t-il lancé, en rappelant que le ministre de l’Intérieur avait alors publiquement exclu la possibilité d’un statut de résident, de la coofficialité de la langue corse et de la reconnaissance du peuple corse. « Vous êtes-vous indignés à ce moment-là ? », a-t-il interrogé.
 
Jean-Martin Mondoloni a également rejeté les accusations selon lesquelles les élus de droite se seraient rendus discrètement à Paris pour peser sur les débats au Sénat. Il a par ailleurs assurer avoir pu constater à l’occasion de plusieurs déplacements au cours il avait rencontré des sénateurs de différentes sensibilités, les réticences de la chambre haute. « J’ai vu ce qu’était l’esprit du Sénat, ce que vous appelez les forces archaïques, les forces réactionnaires, les forces conservatrices », a-t-il indiqué, en affirmant avoir tenté de convaincre ses interlocuteurs de la nécessité d’une évolution institutionnelle pour la Corse, notamment pour préserver sa langue et répondre aux problématiques foncières. « C’est de nous prêter bien de l’importance que de croire que nous aurions pu faire infléchir ces gens. Nous sommes quand même dans une logique hautement prévisible sur laquelle nous vous avons mis en garde de façon constante. On vous a dit quelle serait la piste d'atterrissage », a-t-il par ailleurs instillé. Et de reprendre : « Je regrette ce vote. Nous ne sommes pas montés applaudir, nous ne sommes pas montés soutenir, nous sommes montés observer cette séquence clef du scrutin. Nous ne sommes pas montés tenir la plume des sénateurs. Et ce ne sont pas que les Républicains qui ont voté. Vous n'avez pas pris la mesure car vous êtes tellement enfermés dans vos certitudes, tellement barricadés derrière ces forteresses, tellement convaincus que Jean-Jacques Panunzi n'a fait aucun effort, que vous n'avez même pas vu et décrypté le vote final. L'angle mort de toutes cette affaire, c'est que vous n'avez même pas vu les efforts qu'a fait Jean-Jacques Panunzi pour emmener des gens qui n'en voulaient pas à examiner le texte ». 

Poursuivant son intervention, Jean-Martin Mondoloni a durci le ton à l’égard des nationalistes, les accusant de s’être alliés à l’État pour faire avancer un processus dont l’issue était, à ses yeux, prévisible. « Pour la première fois de l’histoire politique contemporaine, vous avez des élus nationalistes qui se liguent avec l’État français contre les Corses », a-t-il lancé, en dénonçant un « jeu dangereux » mené avec les soutiens d’Emmanuel Macron. Le leader d’Un Soffiu Novu a également mis en garde contre les conséquences des accusations portées à l’encontre de la droite insulaire après le vote du Sénat. « Vous savez très bien que l’on allait être traités de traîtres et de collabos », a-t-il regretté, estimant que ces prises de position alimentaient les réactions les plus virulentes sur les réseaux sociaux. « En déchaînant ainsi les réflexes pulsionnels de certains, vous prenez un risque pour la paix civile », a-t-il averti.

 

« Vous avez lâché la Corse, vous avez lâché le peuple corse, vous avez piétiné notre terre, et les Corses l’ont tous entendu »

Dans les rangs de Fà Populu Inseme, Nadine Nivaggioni a vivement répliqué à Jean-Martin Mondoloni, lui reprochant d’avoir consacré son intervention à sa propre défense plutôt qu’aux enjeux du processus d’autonomie. « Les enjeux et les attentes de notre peuple sont immenses pour ce qui est en train de se jouer aujourd’hui pour aboutir à une solution politique après 60 ans de lutte. Ce sont des centaines, voire des milliers d’années de prison, ce sont des gens qui sont morts pour un idéal, d’autres qui ont été amputés pour avoir mis des bombes, des jeunes qui se sont battus pendant des semaines entières dans la rue, et vous nous parlez ici pendant 30 minutes de vous. Vous avez été obligés de vous légitimer devant les Corses, et je crois que vous n’avez pas convaincu, car vous avez lâché la Corse, vous avez lâché le peuple corse, vous avez piétiné notre terre, et les Corses l’ont tous entendu », a-t-elle lancé.

Prenant à son tour la parole, Jean-Christophe Angelini, président du groupe Avanzemu, a appelé à recentrer les débats sur l’avenir du processus d’autonomie, loin des affrontements entre les différentes forces politiques. « Je ne suis pas venu aujourd’hui en juge ou en avocat, en juré ou en bourreau. Je suis venu en élu de la Corse pour voir si, après quatre ans, il reste encore un espoir de sortir de cette panade », a-t-il déclaré. Refusant de prendre part aux échanges entre la majorité territoriale et la droite, il a poursuivi : « Je ne viens ni pour parler à Jean-Martin Mondoloni, ni à Gilles Simeoni. Je n’ai pas besoin de prendre l’hémicycle en otage ou d’utiliser un débat à mes yeux fondamental pour en faire autre chose. »


« Tous nos échanges, tous nos débats, toutes nos victoires électorales, tous nos sacrifices n’ont servi in fine qu’à nourrir une machine infernale »

Il n’est pas évident pour nous, après ce qui s’est passé en 2021 et notre exclusion unilatérale d’une majorité nationaliste unie, d’oublier ce que nous sommes et de confondre l’opposition politique à une majorité et la conviction patriotique qui nous anime depuis toujoursJe fais ce pas de côté et je viens vers vous avec mes amis pour vous dire que dans les quelques heures qui nous restent, il faudrait peut-être qu’on pose les termes d’une solution

détruire l’accord politique et le processus constitutionnel qui devait en être issuMarianneOn constate quelques heures après que quelque chose de plus puissant qu’une simple opposition à ce que nous avions patiemment élaboré lors des quatre années passées se déploie devant nos yeux ébahis Tous nos échanges, tous nos débats, toutes nos victoires électorales, tous nos sacrifices n’ont servi in fine qu’à nourrir une machine infernale

« Reste-t-il une solution ? ». « Je vous rappelle qu’on est mercredi, qu’on est invités lundi et qu’au moment où nous parlons, personne n’a dit ce qu’il comptait faire ». : « Est-ce que vous pensez, de Mondoloni à Simeoni, en incluant tous les autres, qu’on est baladé et que quoi qu’on fasse désormais c’est fini ou bien qu’il reste un espoir ? Pour moi les gens ont tourné la page. Et là on n’est pas d’accord entre nationalistes. Plus grand monde ne parle de tout cela ».

« fausse bonne idée


« L'épilogue d’un échec annoncé et prévisible »

De son côté, la non-inscrite Josepha Giacometti a dressé un constat particulièrement sévère de l’échec du processus d’autonomie. « Je voudrais savoir où nous en sommes aujourd’hui. Si vous avez encore la volonté de recoller les morceaux après cette séquence calamiteuse », a-t-elle lancé à l’adresse de la majorité territoriale. Pour elle, le rejet du texte par le Sénat constitue « l’épilogue d’un échec annoncé et prévisible », face à des conservatismes profondément enracinés, « qu’ils soient de Corse ou de Paris ». Mais si cette opposition était pour elle prévisible, l’élue a surtout regretté la faiblesse du texte présenté aux sénateurs. « Ce qu’il aurait fallu prévoir aussi, c’est qu’ils ne se trouvent pas en présence d’un texte si faible qu’il était possible de le balayer si facilement », a-t-elle insisté, estimant que cette situation avait laissé libre cours aux oppositions les plus virulentes.

Josepha Giacometti a également reproché à la majorité territoriale de ne pas avoir instauré plus tôt un véritable rapport de force avec Paris. « Vous avez souvent feint de ne pas entendre ce qu’était de parler d’un rapport de force. Ce rapport de force, vous l’avez tenté au Sénat l’autre soir, mais vous l’avez tenté trop tard. Un rapport de force, on le met en place quand il y a encore quelque chose à sauver », a-t-elle regretté. Déplorant une nouvelle étape dans « une chronique des rendez-vous manqués », elle a estimé qu’un tel rapport de force n’aurait pas nécessairement empêché la poursuite du dialogue avec l’État, mais aurait permis de l’engager dans des conditions différentes.

Aux nationalistes qui souhaitent encore poursuivre les discussions avec Paris, Josepha Giacometti lance une série de questions. « À quoi vous accrochez-vous encore ? À un calendrier incertain, un Gouvernement en fin de règne à la dérive, qui va devoir se battre pour le budget de la France, à la dérive aussi, où le 28 février prochain les horloges parlementaires s’arrêteront ? », a-t-elle interrogé, en critiquant la volonté de demander un nouveau calendrier à l’État. « N’avons-nous tiré aucun enseignement de ce processus ? On va demander encore au Gouvernement un calendrier pour s’accrocher à quoi ? À une révision constitutionnelle qu’on maquillera en autonomie à grands coups de communication ? », a-t-elle poursuivi. Émettant également des réserves sur l'organisation d'un référendum, dont elle questionne les modalités et le contenu, elle a appelé à « arrêter les frais et ouvrir une nouvelle séquence » pour sortir de ce qu'elle considère comme un « jeu de dupes ».

Pour l'ex-membre de Nazione, il est désormais nécessaire de changer de stratégie et de ne pas manquer les prochains rendez-vous politiques. À commencer par celui de l’Assemblée de Corse, où elle estime que les élus doivent aller beaucoup plus loin dans leurs revendications, « même jusqu’à la désobéissance ». Mais elle a surtout appelé les différentes composantes nationalistes à se retrouver pour reconstruire un projet commun. Refusant de « voler au secours d’un processus déjà mort », Josepha Giacometti a plaidé pour la reconstruction d’un espace politique autour d’un « socle solide ». « Cet espace, c’est le mouvement national », a-t-elle conclu.
 


« Aujourd’hui, on devrait se mettre en position de rupture totale car il n’y a pas respect du pacte »

Pour Paul-Félix Benedetti, leader de Core in Fronte, ce qui s’est passé au Sénat constitue avant tout un « parjure » après quatre années de discussions. « On a construit un pacte politique dans le dialogue, dans la concertation, dans la peine, dans le temps, dans la volonté d’avancer et dans la recherche d’une solution juste », a-t-il rappelé, en soulignant que le texte issu du processus de Beauvau était celui « de personne et de tout le monde ». Un compromis dans lequel chacun pouvait trouver des dispositions à modifier ou à rejeter, mais dont l’esprit devait être respecté. « Lorsqu’on scelle un texte fondateur, qu’on pèse chaque mot, chaque virgule, le trébuchet de notre histoire a validé chaque étape, on doit rester fidèle à l’esprit du texte », a-t-il insisté, reprochant dans le même temps à la droite de ne pas avoir défendu cet accord face aux sénateurs. « À aucun moment, il y a une voix dans le camp libéral et démocratique qui s’est élevée pour dire aux sénateurs français : vous pouvez ne pas être d’accord, mais c’est notre accord et vous devez faire en sorte qu’il soit respecté car il en va de la sérénité de ce petit pays », a-t-il regretté. « On doit soutenir l’accord, on ne doit pas se satisfaire du détricotage de l’accord », a-t-il martelé.

Estimant que le processus se trouve désormais dans une impasse, Paul-Félix Benedetti ne voit comme seule issue acceptable reprendre le texte initial, « imparfait, mal écrit, mais validé politiquement par toute la classe politique corse », sans aucune modification. « Aujourd’hui, on devrait se mettre en position de rupture totale car il n’y a pas respect du pacte. Je pense qu’il n’est pas nécessaire d’aller palabrer, les discussions sont finies », a-t-il affirmé en indiquant que son groupe ne remonterait à Paris. Pour l'indépendantiste, il appartient désormais aux parlementaires français de prendre leurs responsabilités, sans nouvelle intervention des élus corses. 


Dernier à prendre la parole, Gilles Simeoni, conseiller exécutif en charge de l’autonomie, a articulé son intervention autour de trois questions, le constat de la crise actuelle, les raisons qui ont conduit à cette impasse et les moyens d’en sortir. « Si le processus échoue, la vie continuera, le combat politique continuera et, pour nous nationalistes, le combat pour le peuple, pour la mise en œuvre effective de ses droits, continuera », a-t-il affirmé. Mais pour l’ancien président du Conseil exécutif, un échec définitif du processus de Beauvau aurait des conséquences bien plus larges. « Si la situation reste en l’état, le processus de Beauvau aura échoué, mais au-delà de cela, c’est la démocratie et le respect du suffrage universel qui auront échoué », a-t-il prévenu, en évoquant la nécessité de trouver un nouveau chemin dans un contexte où « notre terre est dépecée, notre langue disparaît et notre peuple risque de mourir ».

Appuyant lui aussi sur l’existence de « forces archaïques et conservatrices » et d’un « État profond » opposé à toute évolution institutionnelle, Gilles Simeoni a insisté sur la volonté du Conseil exécutif de rechercher une issue politique à la crise. « Mais nous ne voulons pas sauver à tout prix cet accord », a-t-il assuré, en précisant que l’objectif reste de parvenir à une inscription de la Corse dans la Constitution à la hauteur des revendications portées depuis plusieurs années.

Pour cela, il propose de repartir de l’accord politique issu du processus de Beauvau et du texte adopté par l’Assemblée nationale, tout en tenant compte des observations formulées au Sénat, mais sans accepter de nouvelles concessions sur les points jugés essentiels. « Nous ne concéderons plus rien sur ce que nous considérons être essentiel. Nous l’avons fait avant, nous n’avons plus de réserves », a-t-il insisté. Le conseiller exécutif souhaite désormais demander au Gouvernement un « geste politique fort » pour tenter de sortir de la crise et déterminer si une issue peut encore être trouvée avant la fin de l’année. Avec pour objectif de parvenir à un texte susceptible d’être soumis au vote du Congrès d’ici là.


À 21 heures, la séance a été suspendue.