Le marché immobilier ancien marque une pause en Corse. Selon une étude de Guy Hoquet, les prix affichés baissent de 2,3 % sur un an. Mais les tendances diffèrent entre Bastia, où ils reculent de 6,1 %, et Ajaccio, où ils progressent légèrement de 1,8 %. Sur le terrain, les professionnels décrivent surtout un marché où les acheteurs ont repris la main.
Après plusieurs années de hausse, le marché immobilier ancien semble reprendre son souffle sur l’île. Entre janvier et octobre 2026, le prix moyen affiché atteint 4 962 euros le mètre carré en Corse, en baisse de 2,3 % sur un an. Dans le même temps, le nombre de biens proposés à la vente progresse de 5,6 %, avec près de 12 000 annonces recensées. À Bastia, le prix moyen affiché s’établit à 3 519 euros le mètre carré, soit un recul de 6,1 % sur un an. Le budget moyen demandé pour un bien atteint 264 911 euros, en baisse de 11 %. Des chiffres que nuance Alexandra Pantalacci, responsable des ventes et co-gérante de l'agence immobilière du Palais, indépendante à Bastia. Dans le centre ancien, elle observe bien un ralentissement, mais moins marqué que celui annoncé par l’étude: "Il y a une légère baisse, mais elle n’est pas aussi importante que les 6 % annoncés", explique-t-elle.
Dans le cœur de ville, la demande reste relativement constante. Une clientèle plutôt âgée recherche des appartements proches des commerces et des services, tandis que les jeunes ménages avec enfants se tournent davantage vers les maisons et des quartiers comme Toga. Pour la professionnelle, l’évolution des taux d’emprunt explique en partie ce ralentissement. Après avoir tourné autour de 1 % en 2021 et 2022, ils se situent désormais plutôt entre 3 et 4%, réduisant la capacité d’achat des ménages. Pour autant, les acquéreurs ne sont pas absents. L’agence a récemment accompagné l’achat d’un T2 à rénover pour environ 140 000 euros par un jeune homme de moins de 35 ans. Alexandra Pantalacci rappelle toutefois que les prix varient fortement selon l’état du logement, l’étage, la vue ou encore la présence d’un ascenseur. Autant de critères qui rendent les moyennes parfois difficiles à interpréter.
À Ajaccio, la tendance est différente sur le papier. Le prix moyen affiché atteint 4 794 euros le mètre carré, en hausse de 1,8 %. Les annonces progressent également de 7,1 %, pour atteindre 1 896 biens. Mais Joseph Albertini, co-fondateur et agent immobilier au sein de l’agence Le Bon'Appart, ne constate pas de véritable hausse sur le terrain. Selon lui, la moyenne peut être influencée par certaines ventes importantes dans des secteurs recherchés, comme certains quartiers prisés de la ville. Il décrit surtout un marché désormais favorable aux acquéreurs: "Aujourd’hui, on est sur un marché où les acquéreurs ont pris la main", observe-t-il. Avec des capacités d’emprunt en baisse, certains ménages doivent revoir leur projet, changer de quartier ou acheter plus petit: "La baisse des capacités d’emprunt oblige certains ménages à revoir leurs ambitions. Un foyer qui pouvait emprunter autour de 300 000 euros il y a quelques années peut aujourd’hui être limité à 200 000 ou 230 000 euros. Une situation qui modifie les négociations: les acheteurs encore en mesure de financer leur projet disposent désormais de davantage de marge pour discuter les prix", explique-t-il.
Cette situation pousse les acheteurs à prendre davantage leur temps et à négocier. Les prix affichés ne correspondent pas nécessairement aux montants des transactions: "Un prix affiché ne veut pas forcément dire un prix de vente", rappelle Joseph Albertini. Les vendeurs doivent ainsi revoir leurs prétentions pour s’adapter à la réalité du marché. Les résidences secondaires et les acheteurs extérieurs à l’île seraient également moins nombreux qu’auparavant, selon lui. Le poids des taxes et un contexte moins rassurant inciteraient certains acquéreurs à davantage réfléchir avant de se lancer. Malgré ce ralentissement, le professionnel reste optimiste pour Ajaccio, qu’il considère toujours comme un marché attractif. Entre les deux principales villes de Corse, les évolutions ne sont donc pas les mêmes. Mais à Bastia comme à Ajaccio, les conditions de crédit et le pouvoir de négociation des acheteurs pèsent désormais sur le marché immobilier ancien.