Décarbon’azzione : en Corse, les entreprises veulent accélérer leur transition écologique

Rédigé le 03/11/2026
Patrice Paquier Lorenzi

Organisée ce mardi à Ajaccio, à bord du Capu Rossu de Corsica Linea, la deuxième édition de Décarbon’azzione a réuni les acteurs économiques insulaires autour des enjeux de la décarbonation. À l’initiative de Corsica Linea, d’EDF Corse et du Crédit Agricole de la Corse, cette rencontre entend dépasser les discours d’intention pour favoriser des réalisations concrètes. Entre investissements énergétiques, accompagnement financier et partage d’expériences, les trois partenaires affichent une même ambition : accélérer la transition écologique des entreprises corses en s’appuyant sur les synergies locales.

Comment réduire son empreinte carbone tout en préservant sa compétitivité ? Comment financer les investissements nécessaires à la transition énergétique ? Et surtout, comment passer des ambitions aux réalisations concrètes ? Autant de questions qui étaient au cœur de la deuxième édition de Décarbon’azzione, organisée ce mardi matin à Ajaccio, à bord du Capu Rossu, l'un des deux nouveaux navires de Corsica Linea propulsés au gaz naturel liquéfié (GNL). Lancée en 2025 à l'initiative de Corsica Linea, du Crédit Agricole de la Corse et d'EDF Corse, cette manifestation entend mobiliser le tissu économique insulaire autour d'un défi commun : la décarbonation des activités. En partenariat avec ici RCFM et avec le soutien de l'ADEME, cette nouvelle édition a privilégié un format resserré, mêlant éclairages économiques, témoignages d'entrepreneurs et rencontres professionnelles. Une manière de rapprocher les entreprises des acteurs susceptibles de les accompagner dans leur transformation. « L'objectif, c'est de mettre en coopération territoriale les acteurs, les entreprises, mais aussi les opérateurs, facilitateurs et accompagnateurs de projets », explique Mario Capai, chef du service Action territoriale d'EDF Corse. Pour lui, l'enjeu est avant tout de permettre aux entreprises de « réduire leur impact carbone et leur consommation énergétique » en leur donnant accès aux compétences et aux dispositifs nécessaires.
 

« On peut s'inspirer les uns des autres et peut-être même faire ensemble »

Pour Corsica Linea, cette démarche collective s'inscrit dans une stratégie qui dépasse largement le seul transport maritime. La compagnie a placé la satisfaction de ses clients, la responsabilité sociétale et la transition environnementale au cœur de ses priorités. « Sur ces deux derniers axes, nous avons conscience que nous pouvons et que nous devons apporter quelque chose aux autres entreprises insulaires », souligne Vincent Orsini, chargé de mission auprès du directeur général de Corsica Linea.

La compagnie entend notamment partager son expérience en matière de transformation de ses activités. « Ce que nous observons, comme toute entreprise, c'est que dans bon nombre de cas, ces investissements, en plus de porter notre engagement sociétal, ont des retombées économiques évidentes », poursuit-il. D'où la volonté de favoriser les échanges entre acteurs du territoire : « On peut déjà s'inspirer les uns des autres, et puis peut-être même faire ensemble. » Une philosophie que Corsica Linea applique déjà à travers ses relations avec les producteurs insulaires, dont les produits occupent une place importante dans l'offre de restauration proposée à bord de ses navires.
 

Mais l'engagement environnemental de la compagnie se mesure également à travers les investissements engagés pour moderniser sa flotte. Corsica Linea conduit actuellement plus de 50 projets dans le cadre de sa transition énergétique, avec un objectif de réduction de 40 % de ses émissions de CO₂ à l'horizon 2030, par rapport à 2022, à distance parcourue comparable. « Aujourd'hui, on est environ à 20 %. L'année dernière, nous étions à 16 %. On avance petit à petit, mais on avance sûrement », indique Vincent Orsini. Cette progression repose notamment sur l'acquisition de nouveaux navires, l'amélioration des performances des bâtiments existants et l'optimisation des conditions de navigation, avec notamment une adaptation des horaires et des vitesses de traversée.
 

L'électrification des navires à quai constitue un autre chantier majeur, même si plusieurs obstacles demeurent. « Il y a un obstacle principal, c'est le mix énergétique et la capacité électrique », reconnaît Vincent Orsini, qui évoque également le coût du branchement électrique. « On ne gagne rien, voire ça nous coûte davantage de nous brancher à quai. Mais sur cela, on n'est pas regardant », assure-t-il, rappelant l'importance de limiter les émissions polluantes à proximité des populations.
 

Le Crédit Agricole veut être « un tiers de confiance » pour les entreprises

Du côté du Crédit Agricole de la Corse, la décarbonation constitue également un axe stratégique. Fraîchement arrivé à la direction générale de la caisse régionale, Alain Elegoët participait à cette rencontre avec la volonté affichée de poursuivre l'accompagnement des entreprises insulaires. « Je trouve l'initiative heureuse et, quand j'entends les exemples qui sont actuellement exprimés par nos clients, par les entreprises corses, ça trouve tout son sens », confie-t-il. Avant d'exprimer un souhait : « J'espère que ça va être un accélérateur d'idées, d'envies, pour conduire les projets. »
 

Pour le nouveau directeur général, l'engagement environnemental doit également se traduire au sein de l'établissement bancaire. La maîtrise des consommations énergétiques du nouveau bâtiment de la caisse régionale, comme les rénovations réalisées dans les agences, s'inscrit dans cette logique. Un engagement qui touche aussi aux conditions de travail des collaborateurs et qui doit, selon lui, se traduire par des actions visibles au quotidien. Mais le rôle de la banque ne saurait se limiter au financement des investissements. « Je voudrais faire passer le message qu'on n'est pas simplement un financeur. On est avant tout un tiers de confiance », insiste Alain Elegoët.


L'établissement entend ainsi mobiliser ses compétences, ses conseillers et ses partenaires spécialisés, à l'image de sa filiale R3, afin d'accompagner les entreprises dans la définition et la réalisation de leurs projets. « Nos chargés d'affaires et nos conseillers en agence doivent être au cœur de cette courroie de transmission entre les échanges qu'ils ont avec leurs clients et leur capacité à aller chercher des expertises », explique-t-il. Quant aux perspectives de financement, le dirigeant se montre confiant. Sans avancer de montant précis, il estime que les crédits consacrés à la transition environnementale devraient connaître une progression importante. « À mon avis, on est plutôt sur une croissance forte de ce type de financement », affirme-t-il, évoquant l'intérêt manifesté par les entreprises présentes.
 

EDF Corse : 1,5 milliard d'euros d'investissements d'ici 2030

Au-delà des initiatives individuelles, la décarbonation de l'économie insulaire repose également sur la transformation du système électrique corse. Pour EDF Corse, l'objectif de porter à 80 % la part des énergies renouvelables dans la production électrique à l'horizon 2030 demeure atteignable, grâce à plusieurs projets structurants. « Nous avons aujourd'hui de grands projets, avec 1,5 milliard d'euros d'investissements d'ici 2030 et 200 millions d'euros de retombées sur le territoire », indique Mario Capai.
 

Parmi ces chantiers figurent notamment le projet du Ricanto, dont la mise en service est annoncée pour 2028 avec un fonctionnement à la biomasse liquide, la liaison électrique SACOI 3, destinée à renforcer les capacités d'échanges électriques, ainsi que le développement du stockage hydraulique par pompage. Ce dernier dispositif doit permettre d'utiliser les excédents de production électrique, notamment solaire, pour pomper de l'eau vers un réservoir supérieur, avant de la turbiner lorsque les besoins augmentent. La conversion de la centrale de Lucciana 2, actuellement alimentée au fioul, figure également parmi les projets évoqués. « L'ensemble de ces projets-là va nous permettre d'atteindre les 80 % d'énergies renouvelables à l'horizon 2030, avec aussi 800 000 tonnes de CO₂ évitées », affirme Mario Capai.
 

Des investissements qui doivent accompagner une transformation plus large du tissu économique insulaire. Le représentant d'EDF Corse évoque ainsi près d'un million d'euros déjà mobilisés, dans un cadre dépassant celui de Décarbon’azzione, pour accompagner des entreprises dans l'amélioration de leurs bâtiments, l'efficacité énergétique de leurs installations et l'évolution de leurs pratiques. Après Ajaccio, Décarbon’azzione se poursuivra ce mercredi 4 novembre à Bastia, à bord de l'A Galeotta. Avec une ambition inchangée : faire de la coopération entre entreprises, institutions et acteurs de l'énergie un levier concret de la transition écologique de la Corse.