Présidentielle 2027. Pierre Alessandrini (Nouvelle Energie) : « Il existe en Corse une véritable attente autour de David Lisnard »

Rédigé le 30/10/2026
Patrice Paquier Lorenzi

Avec plus de 530 adhérents revendiqués en Corse, soit quatre fois plus qu'il y a deux mois, Nouvelle Énergie, le parti de David Lisnard, entend s'imposer dans le paysage politique insulaire à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. Pierre Alessandrini, attaché parlementaire et relais du mouvement dans l'île, revient sur cette dynamique, les ambitions du maire de Cannes et les perspectives de rassemblement de la droite. Alors que le Sénat vient de rejeter le projet constitutionnel sur l'autonomie de la Corse, il défend également une décentralisation radicale, fondée sur la subsidiarité et le renforcement du pouvoir des collectivités locales.

Nouvelle Énergie revendique aujourd'hui plus de 530 adhérents en Corse, un chiffre multiplié par quatre en deux mois. Comment expliquez-vous cet engouement pour David Lisnard dans une île où le paysage politique est déjà très structuré ?
Je pense que cela s'explique d'abord par le fait qu'il porte une inspiration et une offre politique qui sont à la fois nouvelles et fraîches. David Lisnard possède une véritable expérience politique. Il est maire de Cannes depuis 12 ans, avec une réussite exceptionnelle, et président de l'Association des maires de France, ce qui lui donne une exposition particulière. Mais c'est aussi quelqu'un qui n'a jamais été au gouvernement et qui n'a jamais partagé le chemin de ceux qui nous gouvernent depuis 15 ou 20 ans. Il n'est pas compromis avec le macronisme. Surtout, il porte un projet radical. Radical ne veut pas dire extrémiste, contrairement à ce que certains peuvent penser. Cela signifie revenir à la racine des choses, avec le souci du concret et du résultat, plutôt que de multiplier les proclamations et les discours grandiloquents. Lorsqu'il parle d'immigration, par exemple, il défend une politique restrictive parce qu'il considère que le pays n'est plus en capacité d'absorber les flux actuels. Mais il ne se contente pas de proposer une énième loi qui se heurterait aux obstacles constitutionnels et institutionnels. Il réfléchit aux moyens de parvenir aux objectifs fixés. C'est cette cohérence qui séduit.
 

Une centaine de personnes ont participé à votre dernière réunion publique à Porto-Vecchio. D'autres rencontres sont prévues à Ajaccio et Bastia. Avez-vous l'ambition de structurer Nouvelle Énergie sur l'ensemble de l'île, avec des responsables territoriaux et des élus engagés à vos côtés ?
C'est clairement l'objectif. Au-delà des élus qui sont déjà sympathisants de Nouvelle Énergie, nous devons répondre aux attentes de tous ceux qui nous rejoignent massivement et qui souhaitent s'impliquer. Ils sentent que le pays se trouve à un moment de bascule et que l'élection présidentielle de 2027 revêt une importance peut-être encore plus grande que les précédentes. La situation économique est très mauvaise, la situation sécuritaire est préoccupante, la question de l'école est centrale parce que tous les classements montrent que nous reculons. Il y a aussi la crise du logement, avec une bureaucratie qui étouffe tout. Aujourd'hui, on semble se diriger vers un duel entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Nous considérons que ces deux offres politiques ne sont pas en capacité de répondre à la situation du pays. Jean-Luc Mélenchon représente, à nos yeux, un véritable danger et le Rassemblement national défend un projet économique que nous jugeons socialiste, dans la continuité de politiques qui ont échoué. Quant au bloc central macroniste, il ne pourrait proposer qu'une troisième saison du macronisme. Nous sommes convaincus qu'il existe une place pour une véritable alternative. Les adhésions, la dynamique que nous observons et l'intérêt croissant de la presse pour David Lisnard montrent qu'il se passe quelque chose.
 

David Lisnard a quitté Les Républicains pour défendre sa propre candidature. Il se dit également favorable à une primaire de la droite et du centre. Seriez-vous prêts à soutenir un autre candidat si celui-ci remportait cette consultation ?
David Lisnard est favorable depuis longtemps au principe d'une primaire, mais pas sur le modèle de celle de 2016. À l'époque, tous les candidats appartenaient au même parti et partageaient, malgré leurs différences, une colonne vertébrale politique commune. Aujourd'hui, les divergences entre les différentes personnalités de la droite et du centre sont beaucoup plus importantes. L'objectif serait de réduire le nombre de candidatures au premier tour pour favoriser l'émergence d'un candidat capable de bousculer le duel annoncé. Mais il ne s'agit surtout pas de fabriquer une synthèse entre des programmes qui ne sont pas compatibles. Le principe que nous défendons est simple : celui qui remporte la primaire doit pouvoir porter son propre projet, dans son intégralité. Les autres doivent accepter ce résultat sans chercher à imposer leurs idées dans un programme de compromis.


David Lisnard a récemment déclaré qu'il voterait pour Marine Le Pen dans l'hypothèse d'un second tour face à Jean-Luc Mélenchon. Cela signifie-t-il qu'un rapprochement avec le Rassemblement national pourrait être envisagé ?
Non, parce qu'il existe trop de divergences, notamment sur le plan économique. Marine Le Pen assume d'ailleurs elle-même une ligne qui n'est pas celle de la droite libérale. Elle a tenté d'adoucir certains aspects de son programme, mais les différences de fond demeurent. David Lisnard considère effectivement que Jean-Luc Mélenchon représente un danger grave pour le pays et qu'il faut tout faire pour le battre. Pour illustrer son propos, il a même ajouté, sur le ton de la boutade, qu'il serait prêt à voter pour Emmanuel Macron si cela permettait de faire barrage à Jean-Luc Mélenchon. Mais notre ambition est justement d'éviter ce scénario. Nous voulons porter une autre offre politique au second tour. Ce n'est pas une question d'alliances de circonstance ou de distribution de places. David Lisnard ne cherche pas à se raccrocher aux branches pour obtenir un poste au lendemain de l'élection. Il défend son projet et ses convictions. Je pense que c'est aussi cette singularité qui lui permet aujourd'hui de convaincre de plus en plus de Français.
 

Venons-en à la Corse. Le Sénat vient de rejeter le projet de réforme constitutionnelle sur l'autonomie. Comment David Lisnard et Nouvelle Énergie accueillent-ils cette décision ?
Pour être parfaitement honnête, David Lisnard ne s'est pas prononcé sur ce rejet. C'est une décision récente et je n'ai pas encore eu l'occasion d'échanger avec lui précisément sur ce sujet. Je ne veux donc pas parler à sa place. En revanche, il a déjà pris position par le passé sur la nécessité de donner davantage de pouvoirs aux territoires. C'est même l'essence du projet de Nouvelle Énergie. Nous sommes des libéraux, nous croyons à la liberté, à la responsabilité et à la subsidiarité. La subsidiarité, c'est permettre aux décisions de se prendre toujours au plus près du terrain. La première unité, c'est l'individu, puis la commune, puis la région. Il faut toujours chercher à rapprocher la décision de ceux qui sont directement concernés. Donc, forcément, le concept d'autonomie nous parle. Mais nous avons aussi le souci de l'efficacité. Il ne s'agit pas de produire de grands textes pour faire de grands textes ou de concentrer davantage de pouvoirs au niveau régional en pensant que cela résoudra automatiquement les problèmes de la Corse. Il faut aussi commencer par affronter les difficultés avec les compétences dont nous disposons déjà et que, selon nous, nous exerçons parfois très mal.
 

Considérez-vous que le processus de Beauvau était condamné à l'échec ou que le gouvernement n'a pas tenu ses engagements envers les élus corses ?
David Lisnard avait expliqué qu'à partir du moment où le Parlement était saisi, il fallait respecter le débat démocratique et parlementaire. Aujourd'hui, force est de constater que les promoteurs de l'autonomie ont conclu, il y a plusieurs années, une forme d'accord avec le président de la République. Celui-ci leur avait plus ou moins laissé entendre que le processus pouvait aboutir. Manifestement, il a promis des choses qu'il n'était pas en capacité de tenir. Il faut que chacun en tire les conséquences. Quant à la suite, elle reste forcément à écrire.
 

David Lisnard défend une décentralisation radicale. Mais est-il favorable à ce que l'Assemblée de Corse dispose d'un véritable pouvoir législatif, comme le réclament les nationalistes ?
Sur cette question extrêmement précise, je ne peux pas parler à sa place. Ce qui est certain, c'est que notre projet de décentralisation est très ambitieux et cohérent. Nous proposons notamment de créer une cinquantaine de territoires qui remplaceraient les régions et les départements. La Corse possède déjà une organisation institutionnelle particulière qui correspond, sur plusieurs aspects, à cette logique. Mais notre conception de la décentralisation ne consiste pas simplement à renforcer le pouvoir des régions. Il faut aussi redonner des responsabilités à la base, notamment aux communes. On voit bien que les maires souhaitent être davantage associés aux décisions. Ils l'expriment parfois poliment, mais le constat est là : la collectivité régionale peut devenir un échelon de plus en plus imposant. Est-ce vraiment une respiration démocratique que de concentrer tous les pouvoirs au niveau régional ? La subsidiarité nous invite à raisonner autrement. Il faut donner davantage de pouvoir aux territoires, mais ces territoires, ce ne sont pas uniquement les institutions régionales. Ce sont aussi Ajaccio, Bastia, les communes rurales et tous les échelons de proximité. Cela ne préjuge pas de la possibilité d'aller plus loin pour la Corse, mais notre réflexion ne se limite pas à un transfert de compétences de Paris vers la Collectivité de Corse.
 

Pour se présenter à la présidentielle, David Lisnard devra également réunir les 500 parrainages nécessaires. Combien de maires corses vous ont déjà apporté leur soutien ?
Nous disposons déjà de promesses de parrainage d'une vingtaine de maires corses, ainsi que de responsables d'intercommunalités. Et je pense que nous pourrions dépasser la trentaine d'ici une quinzaine de jours. Ce qui est intéressant, c'est que ces soutiens ne viennent pas uniquement de la droite. Nous avons également des élus de gauche et des nationalistes. Il faut dire que David Lisnard entretient une relation particulière avec la Corse. Il possède des origines familiales corses par sa mère et y revient régulièrement depuis toujours. J'ai eu l'occasion de l'accompagner à plusieurs reprises lors de ses déplacements dans l'île. On sent que cet attachement est sincère. Il y a une dimension affective, une certaine pudeur aussi lorsqu'il en parle. Et puis, nous sommes un peu chauvins en Corse : nous sommes fiers lorsque des personnalités qui ont des attaches avec l'île réussissent. Cette relation lui permet également de connaître la Corse, ses réalités et ses particularités.
 

Votre priorité est aujourd'hui la présidentielle de 2027. Mais Nouvelle Énergie a-t-elle aussi vocation à s'implanter durablement en Corse, notamment en vue des prochaines élections territoriales ?
Notre priorité absolue, c'est l'élection présidentielle. Nouvelle Énergie est un parti national et nous devons concentrer nos efforts sur cet objectif. Ensuite, il y aura naturellement les élections législatives. Si David Lisnard accède à la présidence de la République, il faudra lui donner une majorité à l'Assemblée nationale. On voit bien aujourd'hui combien il est difficile de gouverner sans majorité. Le parti devra donc définir une stratégie pour ces élections. Concernant les territoriales en Corse, le contexte est particulier. Il existe déjà des personnalités parfaitement légitimes pour porter une liste d'alternance au pouvoir en place. Je ne suis pas convaincu que les partis nationaux aient nécessairement vocation à intervenir directement dans cette échéance pour construire cette alternative. Pour le moment, notre responsabilité est de porter le projet de David Lisnard, de poursuivre notre implantation et de mobiliser tous ceux qui souhaitent participer à cette dynamique. C'est sur cet objectif que nous sommes pleinement concentrés.