Le conseil municipal a adopté, le 1er octobre dernier, un périmètre dans lequel les immeubles d’habitation collectifs devront faire vérifier leur structure. La Ville veut prévenir les risques liés au vieillissement du bâti et intervenir avant que les désordres ne s’aggravent. « L’idée, c’était surtout de prévenir le drame qui s’était passé rue d’Aubagne à Marseille », a expliqué Alexandre Farina, premier adjoint chargé de l’urbanisme.
À Ajaccio, certains immeubles collectifs du centre-ville vont désormais devoir passer régulièrement sous l’œil d’un professionnel. Le 1er octobre dernier, le conseil municipal a en effet adopté la mise en place d’un périmètre dans lequel les propriétaires et copropriétés seront tenus de faire réaliser un diagnostic structurel de leur bâtiment. Une nouvelle obligation qui vise à détecter les éventuelles fragilités du bâti avant qu’elles ne deviennent suffisamment importantes pour mettre en danger leurs occupants.
« Avec l’expérience qu’on a maintenant à travers nos services, on s’est rendu compte qu’il y avait des bâtiments fortement dégradés en centre-ville, les vieux immeubles », justifie Alexandre Farina, premier adjoint en charge de l'urbanisme à la Ville d’Ajaccio. Le dispositif concernera les bâtiments collectifs situés dans les secteurs délimités par la commune. Ils devront faire l’objet d’un diagnostic structurel quinze ans après leur construction, puis au moins une fois tous les dix ans.
Pour une copropriété, un projet de plan pluriannuel de travaux réalisé par un professionnel répondant aux exigences réglementaires peut tenir lieu de diagnostic. Les documents devront être transmis à la Ville dans les dix-huit mois suivant la notification de la délibération.
« Une photographie à l’instant T » de l’état des copropriétés
Pour Pascale Pancrazi, directrice de l’habitat et du renouvellement urbain à la Ville d’Ajaccio, cette obligation doit permettre de changer le moment où les problèmes sont repérés. « Ce cadre réglementaire offre la possibilité à la Ville de faire une photographie à l’instant T portant sur l’état de santé d’une copropriété. Actuellement, le service procédures habitat et copropriétés est souvent amené à agir à titre curatif, lorsque les désordres sont significatifs. » La directrice souligne l’intérêt d’une démarche anticipée pour les copropriétaires : « Ce système offre un avantage pour les copropriétaires, celui d’entamer des démarches à titre préventif. Car plus les désordres s’installent dans le temps, plus les frais sont élevés. »
Le périmètre retenu comprend la ville génoise, la rue du Cardinal-Fesch, les boulevards du Roi-Jérôme et Sampiero, ainsi que le cours Napoléon et plusieurs rues perpendiculaires. Il s’étend entre le cours Napoléon, la rue du Cardinal-Fesch et le front de mer, et se referme au nord au niveau de la rue Louis-Frediani. Le rapport présenté au conseil municipal prévoit également une inclusion plus ponctuelle autour du quartier de la Poste Saint-Gabriel. « C’est juste sur un périmètre restreint. Pourquoi ? Parce qu’on a ciblé les centres anciens, parce que c’est là où on a les plus grosses alertes et là où on a eu les plus grosses difficultés», résume Alexandre Farina. « Les remontées qu’on a eues sur les problèmes de structure des bâtiments, c’était en centre-ville. »
Repérer les fragilités avant les situations d’urgence
Les services municipaux ont été confrontés à plusieurs situations dans ces quartiers : affaissement d’un plancher rue Fesch, chute d’un élément de façade rue Frediani, incendie rue Emmanuel-Arène ou vétusté d’un immeuble rue du Roi-de-Rome. Selon les chiffres municipaux repris dans l’article joint, 14 dossiers ont été traités en 2025 et 17 au 9 octobre 2026. Le diagnostic devra identifier les désordres susceptibles d’affecter la solidité de l’immeuble et d’exposer les occupants ou les tiers à un risque. Le rapport soumis aux élus prévoit des investigations adaptées et proportionnées, principalement visuelles et ciblées. Une charte pourrait être élaborée pour aider les syndics et les copropriétés à préciser les examens attendus. La Ville veut privilégier l’information et l’accompagnement, notamment auprès des copropriétés en difficulté. « Ce qu’on veut faire, c’est travailler de concert avec les syndics pour prévenir au lieu de guérir », insiste Alexandre Farina. Il décrit une démarche où la commune signale au syndic les désordres constatés et lui demande d’engager les vérifications nécessaires : « On vous accompagne dans toutes les démarches, mais on vous demande d’intervenir. »
La réglementation prévoit aussi une réponse en cas d’inaction. Si le diagnostic ou le document qui en tient lieu n’est pas transmis malgré une demande formelle du maire, celui-ci peut le faire réaliser d’office, aux frais du propriétaire ou du syndicat des copropriétaires. « Nous, ce qu’on demande, c’est de faire un diagnostic sur des immeubles tous les dix ans, pas tous les ans ou toutes les semaines », rappelle le premier adjoint.
Pour Alexandre Farina, le dispositif doit permettre d'anticiper les éventuels problèmes dans les secteurs où les services municipaux ont déjà constaté les fragilités les plus importantes. Il instaure un suivi périodique des immeubles collectifs concernés et donne aux copropriétés un cadre pour détecter les problèmes avant qu’ils ne conduisent à des mesures d’urgence.