Jean-Martin Mondoloni : « Dire que la droite corse est montée à Paris déconstruire le texte est absolument faux et scandaleux ! »

Rédigé le 28/10/2026
Nicole Mari

Lundi dans la nuit, le Sénat a rejeté le projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République, qu’il avait profondément remanié, supprimant la notion de communauté et le pouvoir législatif. Les Nationalistes, qui ont quitté le processus de Beauvau, accusent la droite corse d’avoir été à la manœuvre. Des accusations que Jean-Martin Mondoloni, président du groupe de droite « Un Soffiu Novu » à l’Assemblée de Corse, juge scandaleuses.

- Le texte remanié par les LR a été rejeté, de façon inattendue, par le Sénat. Quelle est votre réaction ?
- Faisons la part de ce qui était surprenant et de ce qui ne l’était pas. Tout le monde faisait semblant de penser que le texte de l’Assemblée nationale devait être adopté en l’état. Il ne faut pas prendre non plus les Corses pour des benêts ! Les Corses, qui s’intéressent un peu à nos institutions, savaient très bien que le Sénat allait être une étape très hostile vis-à-vis du texte sorti de l’Assemblée nationale. Il y a quand même eu huit heures de débat. Ce qui ressort d’abord, c’est que la majorité du Sénat est hostile à la notion de communauté et à l’octroi du pouvoir législatif. C’est ce que je dis depuis trois ans ! Nous avons dit depuis trois ans que la piste d’atterrissage possible tournait, premièrement autour de la reconnaissance de notre singularité, mais nous n'avons pas réussi à convaincre le Sénat de dire « une communauté ». Deuxièmement que l’octroi du pouvoir législatif ne serait pas possible au Sénat. C’est ce qui a été voté hier. À la fin, il y a un texte amendé qui n’a été adopté par personne. Pourquoi parce que, on l’a oublié, la gauche ne voulait pas de texte du tout !
 
- Les nationalistes vous accusent d’avoir été à la manœuvre. Est-ce le cas ?
- Quand j’entends dire que la droite corse est montée à Paris déconstruire le texte, c’est absolument faux et scandaleux de dire ça ! Nous sommes montés à Paris en spectateurs dans les tribunes. Ce que je lis de la bouche et de la main des nationalistes est insupportable ! En gros, la démocratie quand ils gagnent, c’est bien, quand ils perdent, ce n’est pas bien ! Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne ! Le Sénat n’est pas l’assemblée de Corse. Qui peut contraindre les sénateurs à adopter ce que nous, nous considérons comme juste ? Personne ! Ce n’est pas parce que je considère qu’il existe un peuple Corse et une communauté, que j’ai réussi à convaincre les sénateurs. Et on fait semblant d’être surpris ! Je pense que c’est mal, compris, mal appréhendé. Je trouve dommage cette mise en spectacle des nationalistes. Ce qui est vrai, c’est qu’on est monté pour que le texte soit examiné. La plupart des sénateurs de droite, de gauche et des communistes ne voulaient même pas examiner le texte. On part de là ! Il faut rétablir certaines vérités. Maintenant, je comprends la déception, bien que prévisible, de ceux qui pensaient aboutir en l’état. Nous avons dit avec d’autres, de façon constante, sans démagogie, sans faire dans le spectaculaire, que le Sénat allait poser problème. On n’a pas voulu nous écouter, on a distillé beaucoup d’illusions dans l’opinion. Je pense que désormais, ceux qui sont responsables de l’illusion, sont devenus les comptables de la désillusion. Il ne faut pas maintenant organiser la désillusion et le chaos. Il faut continuer à travailler.
 
- La ministre Gatel a annoncé qu’elle voulait réunir de nouveau les élus corses. Participerez-vous à ces réunions ?
- Evidemment ! Nous allons continuer à travailler pour essayer de trouver un point d’équilibre. Mais le point d’équilibre de la Corse n’est pas forcément celui du Sénat. Maintenant que ce principe de réalité revient manifestement à la figure de la majorité territoriale, peut-être qu’elle va essayer d’abord de convaincre et de descendre d’un ou deux étages, ses ambitions. Si chacun reste sur ses positions, il n’y aura pas de texte. Tout le monde a compris qu’il ne se passera rien avant les présidentielles, on verra donc après les présidentielles.
 
- La ministre s’est engagée à redéposer le texte avant les présidentielles. Pour vous, ce timing n’est pas tenable ?
- La question n’est pas de repasser à l’Assemblée nationale, même si le calendrier du Parlement le permet. La question est : quel texte va repasser à l’Assemblée nationale ? Le même ? On peut imaginer que ceux qui ont voté, il y a six mois, vont revoter la même chose. Le texte ensuite repartira au Sénat. Et ceux, qui ont voté hier, revoteront la même chose dans six mois. La question n’est pas de savoir s’il existe une niche ou un trou de souris dans l’agenda parlementaire. La question, c’est la nature du texte. Les sénateurs sont ce qu’ils sont. J’ai essayé d’en convaincre un certain nombre, en vain, on n’y arrive pas ! Ce double clash que tout le monde fait semblant de découvrir, c’est ça qui est insupportable ! Ce qui est insupportable, ce n’est pas que le Sénat ait minoré la portée du texte, c’est qu’on fait semblant de le découvrir. Maintenant, on joue sur le chaos, la jeunesse, la désillusion… et en continu.
 
- Selon vous, le processus de Beauvau est-il mort ?
- Non ! Il faut continuer à chercher des points d’équilibre en tenant compte du principe de réalité. Sans quoi, la navette, on peut la faire dix fois, ce sera toujours la même chose. La vérité est toujours gênante en politique, mais là, il faut se dire les choses. Le gouvernement et Darmanin nous ont baladé. Ils ont gagné du temps. En sortant de Beauvau, nous avons dit : attention ! Cette écriture constitutionnelle ne passera pas le cap du Sénat. On a commencé à travailler en 2024, on arrive en 2026, ça fait trois ans, et personne n’a vu venir le coup d’hier soir ! Les nationalistes sont montés convaincre quelques gens de gauche et des Ecologistes, qui étaient déjà avec eux. Ils ont fait du lobbying et ils nous reprochent d’être montés à Paris dans la tribune ! J’ai le droit de penser différemment et d’être dans la tribune du Sénat. Les sénateurs ne nous ont pas attendu pour déconstruire le texte et se faire une idée. Les Corses doivent savoir que nous n’avons rien déconstruit du tout. On a des convictions : on espérait que la communauté passe et oui, que le pouvoir d’adaptation passe. La communauté n’est pas passée, et ce qui a été retenu, c’est le pouvoir d’adaptation. A la fin, le texte a été rejeté. Personne n’a gagné !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.