L’Italie invitée d’honneur des 27èmes Rencontres Musicales de Méditerranée

Rédigé le 30/10/2026
Philippe Jammes

En cette période très troublée, ces Rencontres Musicales de Méditerranée vont procurer un bien fou. Ne dit-on pas que la musique adoucit les mœurs. On savourera donc cette 27e édition, du 2 au 7 novembre, qui promet des moments merveilleux, des moments de partage, un bel arc-en-ciel musical dans un ciel social, politique bien sombre.

Du 2 au 7 novembre, les musiques de la Méditerranée vont une nouvelle fois résonner en musique en Corse. Pour leur 27e édition, les Rencontres Musicales de Méditerranée vont réunir sept pays, huit formations et une centaine de jeunes musiciens autour d’une même ambition, celle de faire de la musique un trait d’union entre les cultures et les générations. Une semaine de concerts, de rencontres et de partage qui se déclinera à Bastia, mais également dans de nombreuses communes de l’île.

C’est entouré d’une partie des bénévoles de l’association que Georges De Zerbi a présenté cette édition 2026, aux côtés de Mattea Lacave, adjointe au maire de Bastia déléguée à la culture, et de Pasquale Castellani, délégué à la Langue et à la culture corses. Et cette année encore, les Rencontres ne se cantonneront pas aux salles bastiaises. De L’Île-Rousse à Bonifacio, en passant par Corte, Ghisonaccia, Folelli ou encore Belgodère, elles vont essaimer sur une large partie du territoire. « Notre politique est en effet d’amener la musique dans le rural, là où le public ne bénéficie pas toujours de telles manifestations », souligne Georges De Zerbi, président des Rencontres Musicales de Méditerranée.

31 concerts au programme

Avec 31 concerts au programme, dont 13 ouverts gratuitement au grand public et 18 destinés aux scolaires, la jeunesse sera une nouvelle fois au cœur de la manifestation. « Cette manifestation est très importante en ce sens car elle donne de l’importance à la jeunesse », insiste Mattea Lacave, qui salue « une manifestation riche, bien rôdée qui réclame beaucoup de travail, une grosse organisation » mais aussi l’investissement des bénévoles qui « mettent à l’honneur la culture, dressent des ponts entre les différents pays méditerranéens ». Une volonté que partage Georges De Zerbi. « La jeunesse est la cible de notre manifestation car ces jeunes sont les adultes de demain et ces concerts doivent leur donner le goût pour la musique ».
 


L’Italie invitée d’honneur

À travers des concerts variés allant de la musique classique aux chants traditionnels et créations contemporaines, les Rencontres offrent au public une expérience festive et enchanteresse au cœur des sonorités méditerranéennes. L’Italie qui chaque année envoie plusieurs dizaines de jeunes musiciens sera le pays invité d’honneur. Mais d'autres pays seront également présents, à savoir l'Algérie, l'Egypte, l'Espagne, la France, le Maroc et le Portugal.

Mais comment ces pays, ces formations sont-elles choisies ? « L’Italie est incontournable car pays très voisin et parce que depuis le début de ces Rencontres nous avons tissé de véritables liens d’amitiés avec les conservatoires de Milan et de Lucca », précise Georges de Zerbi. « Au fil des années nous avons constitué des réseaux, des passerelles avec les divers conservatoires de Méditerranée. On ne peut répondre à la demande même si beaucoup de musiciens nous contactent très longtemps à l’avance. Pour les pays du Maghreb, on a du malheureusement faire le choix de les faire venir du continent. Il est en effet de plus en plus difficile pour les musiciens d’obtenir des visas qui de plus coûtent de plus en plus chers. Ce sont donc de vraies formations d’Algérie ou du Maroc mais qui sont établies en France ».

Afin de générer partage, échanges et pour plus de convivialité tous les groupes sont logés dans le même hôtel. « Cela apporte en cette période de l’année un sacré plus à l’économie locale car nous faisons travailler hôtelier, restaurateurs indépendants, transporteurs. En fait les subventions reçues des diverses collectivités pour organiser notre manifestation sont toutes redistribuées dans notre économie ». 

Plusieurs temps forts

Durant six jours, la musique ira à la rencontre de tous les publics, dans les salles de spectacles mais aussi dans les établissements scolaires, les associations ou encore les EHPAD. De Bastia à Bonifacio, en passant par L’Île-Rousse, Belgodère, Folelli, Oletta, Pietranera, Ghisonaccia, Corte, Lucciana, Lumio, Tallone, Biguglia, Borgo ou Furiani, les concerts essaimeront ainsi aux quatre coins de l’île.

Plusieurs temps forts rythmeront cette semaine, à commencer par le concert d’ouverture, lundi 2 novembre à 19 heures à l’Alb’Oru, placé sous le signe de la rencontre corso-italienne. Mercredi 4 novembre à 11 heures, changement de décor avec un concert à ciel ouvert sur le Vieux-Port de Bastia où l’ensemble Horizon Trad 06 fera résonner fifres et tambourins. Le point d’orgue de ces Rencontres aura lieu samedi 7 novembre à 20h30 à l’Alb’Oru. Pour ce concert de clôture, très attendu chaque année, les musiciens et chanteurs des sept pays invités partageront la scène avec les artistes corses. L’entrée est gratuite mais la réservation est obligatoire.

La musique sera aussi au cœur d’un temps de réflexion. Vendredi 6 novembre à 18 heures, à la bibliothèque centrale de Bastia, François Berlinghi, professeur de musique et docteur en anthropologie du musical, animera une conférence consacrée aux « Fonctions du chant traditionnel : entre mémoire, identité et rituel ».

L’Italie est enfin au cœur de l’affiche de cette 27e édition, réalisée par la graphiste Dominique Ceccaldi. Un exercice qui s’est révélé moins évident qu’il n’y paraît. « Mes réflexions m’ont conduit à réaliser à quel point l’Italie s’est construite grâce à des Cités-États. La difficulté concernant ce pays est qu’il n’y a pas de symbole spécifique commun, hormis son drapeau. Chaque marqueur représente une ville, une cité-nation et non un État centralisé tel la France... ». Six maquettes auront finalement été nécessaires avant d’aboutir à l’affiche retenue pour cette édition 2026.

 


​Les pays invités

Algérie : « Saba orchestra ». Né au sein de l’Association « Culture Musique », cette formation a été créée à Paris en 2013 par un groupe d’amis passionnés de musique traditionnelle algérienne. L’orchestre puise son répertoire dans les grandes traditions musicales algériennes, notamment le malouf constantinois, tout en s’ouvrant aux multiples influences qui façonnent le patrimoine musical du Maghreb et de la Méditerranée.

Egypte : « Mina Ghobrial et Yannic Seddiki ». Ce duo est né d’une rencontre dans le désert d’Alexandrie en novembre 2024. Il puise ses racines dans les musiques arabes et orientales, ainsi que dans leurs influences communes : la musique classique et le jazz. Leur première résidence artistique, lors d’une retraite spirituelle en mars 2025, a fait naître un dialogue entre maqâms arabes et modes occidentaux. De cette rencontre, est née Yà Layl, la première composition du duo, conçue par Mina Ghobrial dans le désert de Siwa, entre palmiers, silence et étoiles. Leur musique, profondément intuitive, tisse un lien entre les cultures, entre jazz contemporain et traditions méditerranéennes, entre deux âmes nomades en quête d’un langage commun.

Espagne : Conservatoire de musique du liceu de Barcelone « Tarsis flamenco ensemble ». L’ensemble Tarsis flamenco s’est formé au Conservatoire Supérieur de Musique du Liceu de Barcelone, sous la direction du professeur Manuel Granados. Il est composé de 3 élèves de guitare flamenco, très talentueux et bénéficie de la participation d’une danseuse (bailaora), Julia Dalama. L’ensemble interprète des œuvres composées et arrangées par Manuel Granados, qui associent un répertoire de concert et de danse, à travers une série d’œuvres et de styles flamenco.

France : Conservatoire de musique des Alpes Maritimes ensemble « Horizon trad 06 ». Présent dans les Alpes Maritimes depuis plus de quatre décennies, il redonne vie aux sonorités régionales et au patrimoine oral qui s’étend du pays niçois et des vallées occitanes du Piémont jusqu’à la Provence alpine. Composé de musiciens professionnels, d’amateurs éclairés et d’anciens élèves du conservatoire, c’est un véritable « passeur de mémoire » auprès des jeunes générations pour assurer la pérennité du répertoire.

Italie : Conservatoire de musique Luigi Boccherini de Lucca. Créé en 1842 par le Duc Charles Ludovic de Bourbon, sous la forme d’une école publique de musique, le Conservatoire acquiert en 1924 l’homologation au titre de Conservatoire d’Etat et prend en 1943, le nom de Luigi Boccherini à l’occasion du 2e centenaire de la naissance du fameux musicien. Il est reconnu aujourd’hui comme Conservatoire d’Etat par le Ministère de l’Université et de la Recherche. L’ensemble est composé des meilleurs élèves du Conservatoire, encadrés par leurs enseignants, une formation d’instrumentistes à cordes, placée sous la direction du Maestro, Nino Mattia Zappalà. 

Italie : Conservatoire de musique Giuseppe Verdi de Milan. Créé en 1808 par Napoléon 1er, ce conservatoire est l’Institut de formation musicale le plus important d’Italie et l’une des institutions européennes les plus prestigieuses dans le domaine de l’éducation musicale. Toutes les disciplines touchant à la musique y sont enseignées et le Conservatoire possède aussi une des plus importantes bibliothèques de musique du monde. A ces 27es Rencontres, il participe avec une formation d’instruments à vent comprenant de talentueux musiciens issus des meilleures classes et lauréats de nombreux concours nationaux et internationaux de grande renommée et dirigée par le Maestro Alessandro Bombonati

Maroc : Ensemble de musique traditionnelle « Mayazine ». Composé de 9 musiciens, cet ensemble offre un répertoire de musique traditionnelle marocaine dans le but de préserver et valoriser le patrimoine musical marocain, notamment la musique sacrée traditionnelle et contemporaine ainsi que les arts musicaux traditionnels. Il se produira pour la première fois aux Rencontres Musicales de Méditerranée.

Portugal : Duo fado « Kalliroi Raouzeou et Jeremie Schacre ». A Lisbonne, il existe un chant qui, à la tombée de la nuit, parcourt les ruelles tortueuses et les cœurs nostalgiques, dans les recoins des tavernes. On l’appelle « fado », ce souffle qui, sur quelques accords de guitare portugaise, enfle les voix rythmées par la poésie et les blessures du destin. Kalliroi Raouzeou, fadiste par adoption, rend hommage au fado de Lisbonne et navigue entre tradition et modernité. Elle est accompagnée par le guitariste Jérémie Schacre, compagnon de « FadoRebetiko Project » qui fut lauréat du « Prix des Musiques d’ici et d’ailleurs » en 2019. Le répertoire, constitué de chansons de l’ambassadrice du fado, Amalia Rodrigues, est enrichi par des compositions originales sur des poésies de Fernando Pessoa et Manuel Alegre. Le duo se produit pour la première fois aux Rencontres Musicales de Méditerranée.

Les formations corses
Conservatoire de Musique Henri Tomasi de Corse, Sandrine Luiggi (guitare), Francescu Berlinghi, « A Ricuccata » Emmanuelle Mariini (pianiste), « I Campagnoli », I Surghjentini, Cori Sponde, duo Doria Ousset/Lesia Leoncini », Orizonte et Eppò. Un des compositions d’Eppò, « Core Timpesta », qui célèbre la Méditerranée et la liberté, clôtura les Rencontres d’une manière très festive.


Le programme des concerts grand-public est à consulter ici