À Ajaccio, les retraités dénoncent leur « déclassement » et réclament une aide aux transports

Rédigé le 14/10/2026
Patrice Paquier Lorenzi

Réunis en conférence de presse à Ajaccio ce mercredi 14 octobre, les syndicats de retraités de Corse-du-Sud se sont associés à la mobilisation nationale autour des retraites complémentaires. Ils réclament des pensions revalorisées, un rattrapage des pertes de pouvoir d’achat et des mesures tenant compte du coût de la vie insulaire.

« Les travailleurs et les travailleuses vivent un déclassement inédit. Le carburant, les produits alimentaires, les loyers, le gaz, l’électricité, tout augmente, sauf les salaires et les pensions. » À Ajaccio, l’intersyndicale des retraités de Corse-du-Sud — CGT, FO, CFE-CGC, Unsa, ANR, FSU et CFTC — a placé le pouvoir d’achat au cœur de ses revendications. La conférence de presse se tenait le jour où le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco devait examiner la revalorisation des retraites complémentaires. Le régime concerne environ 14 millions de retraités du privé ; leurs pensions complémentaires n’ont pas été revalorisées en 2025. « C’est l’occasion pour nous, ici en Corse, de nous associer au mouvement national », a expliqué l’intersyndicale regrettant également de ne pas avoir été invités à la conférence sociale prévue à la même heure à la Collectivité de Corse en présence des instances syndicales.
 

Les représentants demandent « un rattrapage de 1 % sur 2025 » et « une revalorisation de 2,6 % sur 2026 par rapport à l’inflation ». Ils souhaitent aussi « ouvrir des négociations sur un plan de rattrapage depuis 2020 » et réclament « le calcul de points supplémentaires pour les petites retraites ». Au-delà de ces demandes nationales, les syndicats insistent sur les difficultés propres à l’île. « En Corse, les salaires sont inférieurs à la moyenne nationale. Les prix y sont plus chers », avancent-ils, en citant le foncier, les loyers, les transports et l’alimentation. Ils dénoncent également le prix de l’essence, « malgré les réfactions fiscales qui ne sont pas répercutées aux consommateurs ». L’intersyndicale réclame une aide compensatoire pour les déplacements des retraités, « comme pour les actifs », ainsi qu’une réduction de 50 % sur les transports aériens et maritimes. « Il faut que les gens puissent partir sur le continent quand ils sont à la retraite », plaide une représentante. « Il n’y a pas que des nantis, entre guillemets : il y a aussi des gens en dessous du seuil de pauvreté, des gens pauvres et des gens aux revenus moyens. »
 

Les syndicats mettent également en avant le vieillissement de la population et le manque de structures adaptées. « En 2030, plus de 10 000 salariés arriveront à la retraite, alors que les structures correspondantes restent insuffisantes ou manquantes », préviennent-ils, évoquant la pénurie de places en Ehpad et en établissement spécialisé, « y compris pour les travailleurs salariés handicapés ». Pour les représentants de l'intersyndicale, les difficultés des retraités s’inscrivent aussi dans une solidarité familiale souvent peu visible. « Les retraités aident leurs parents, mais ils aident aussi leurs enfants », souligne l’une d’elles. Certains jeunes, ajoute-t-elle, « ont 27 ans et n’ont pas de boulot » ou cumulent plusieurs emplois. « Alors, que font les parents ? Ils aident leurs enfants. » Et parfois aussi leurs petits-enfants. « L’État prend le problème à l’envers », estime la représentante. « On est en train de spolier les retraités, au lieu de trouver des solutions pour que nos jeunes puissent vivre et continuer à participer à la retraite par répartition. » Elle dénonce une politique qui, selon elle, fait peser les efforts sur les retraités plutôt que de s’attaquer aux causes des difficultés sociales.
 

L’intersyndicale s’oppose par ailleurs au gel des pensions et à toute remise en cause de l’abattement fiscal de 10 %. Le projet de budget discuté au Parlement prévoit une réduction du plafond de cet abattement. La mesure a été rejetée en commission des finances de l’Assemblée nationale, mais son examen parlementaire doit se poursuivre. Les syndicats annoncent enfin l’envoi d’une lettre ouverte aux élus de la Collectivité de Corse, aux responsables des autres collectivités, ainsi qu’aux députés et sénateurs. Ils leur demanderont « de nous indiquer le sens et le choix des votes qu’ils entendent prendre lors des prochaines sessions budgétaires ». Leur objectif : « défendre les retraités corses et répondre à leur attente légitime ».