À un an de l'élection présidentielle, le MEDEF Corsica a réuni, ce vendredi après-midi au Palais Fesch à Ajaccio, six représentants des principales formations politiques pour confronter leurs orientations économiques aux réalités de l'île. Fiscalité, emploi, logement, transports ou encore insularité ont été au cœur de cette rencontre. Dans un contexte de fragilisation du tissu entrepreneurial insulaire, l'organisation patronale entend faire entendre ses préoccupations et peser sur les futurs programmes présidentiels.
Le monde économique corse veut faire entendre sa voix dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027. Ce vendredi après-midi, le MEDEF Corsica avait donné rendez-vous aux représentants de six formations politiques dans la Grande Galerie du Palais Fesch, à Ajaccio, pour un débat consacré aux grands enjeux économiques et sociaux de l'île. Une initiative destinée à confronter les orientations des différents partis aux réalités du territoire et aux difficultés rencontrées par les entreprises insulaires.
Autour de la table figuraient ainsi le gratin des représentants politiques insulaires : François-Xavier Ceccoli, député de la deuxième circonscription de Haute-Corse, rattaché aux Républicains ; Robin De Mari, membre de la coordination Corse de La France insoumise ; Jean-Baptiste Luccioni, maire de Pietrosella et secrétaire de la fédération du Parti socialiste de Corse-du-Sud ; Laurent Marcangeli, député de la première circonscription de Corse-du-Sud et président du groupe Horizons & Indépendants à l'Assemblée nationale ; Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio, membre du bureau exécutif de Renaissance et porte-parole de Gabriel Attal pour la présidentielle de 2027 ; et Christophe Versini, délégué territorial du Rassemblement national en Corse.
Pendant près de deux heures, les échanges ont porté sur plusieurs thématiques majeures pour l'économie insulaire : fiscalité et dette publique, poids des normes administratives, emploi et recrutement, logement des salariés, transports, énergie ou encore transmission des entreprises. Autant de sujets sur lesquels le patronat corse souhaite obtenir des réponses précises à l'approche de la prochaine échéance présidentielle.
Pour Jean-Louis Albertini, président du MEDEF Corsica, l'objectif de cette rencontre n'était toutefois pas de prendre position en faveur d'un candidat, mais bien de placer les préoccupations des entrepreneurs corses au cœur du débat politique. « À un an des élections présidentielles, il n'est absolument pas question pour nous de choisir un candidat, mais plutôt de connaître les programmes économiques des différents candidats et de voir dans quelle mesure ils pourraient répondre aux besoins de la Corse, avec les multiples difficultés que connaît aujourd'hui le monde de l'entreprise. »
Une démarche que le responsable patronal présente avant tout comme un appel à la prise de conscience. « Nous allons leur adresser un message de lucidité, de réalité. Nous sommes aujourd'hui confrontés à un ensemble d'éléments qui sont incontestables dans le monde entrepreneurial et nous voulons leur faire prendre conscience de la place que nous occupons dans cet écosystème et de toute l'importance que nous représentons aujourd'hui. »
« La santé des entreprises corses se dégrade et se fragilise »
Cette rencontre intervient alors que les inquiétudes se multiplient dans le monde économique. Une consultation nationale menée par le MEDEF avec OpinionWay auprès de 65 872 dirigeants, dont près de 400 entreprises corses, révèle un profond pessimisme. Au niveau national, 82 % des chefs d'entreprise interrogés se disent pessimistes quant aux effets de la politique économique du prochain président de la République sur leur activité. Le niveau des impôts et des charges constitue la première difficulté citée (79 %), devant le poids des démarches administratives (59 %), l'instabilité des règles (50 %) et le manque de visibilité économique (49 %).
En Corse, ces préoccupations nationales se conjuguent à des contraintes spécifiques qui accentuent la vulnérabilité du tissu économique local. « La santé des entreprises corses, malheureusement, nous le rabâchons depuis de nombreux mois, elle se dégrade, elle se fragilise. La Corse résiste beaucoup moins aux chocs endogènes et exogènes. On n'a qu'à voir toutes les perturbations que nous vivons actuellement. Au-delà du fond, bien évidemment, les entreprises se retrouvent fragilisées encore un petit peu plus », alerte Jean-Louis Albertini.
Le président du MEDEF Corsica insiste notamment sur les handicaps structurels liés à l'insularité, qui pèsent sur les coûts de production, les approvisionnements et la compétitivité des entreprises. Une situation qui, selon lui, justifie une réflexion sur des mécanismes économiques adaptés aux particularités du territoire. « L'insularité, effectivement, c'est un handicap majeur. Aujourd'hui, il est question d'équité économique, d'égalité économique. Nous espérons un jour voir gommer tous ces handicaps pour que la Corse puisse avoir les mêmes chances, ou que les entreprises corses puissent avoir les mêmes chances de prospérer qu'une entreprise continentale dans le même secteur d'activité. »
Interrogé sur l'opportunité de mettre en place un véritable statut fiscal spécifique à la Corse, Jean-Louis Albertini n'écarte pas cette possibilité. « Ce serait une piste envisageable, intéressante. Je crois que dans la période actuelle, on ne peut pas se priver de la moindre réflexion qui pourrait aboutir à la pérennité, à la viabilité de notre tissu entrepreneurial, qui est en grande majorité familial et constitué de petites et moyennes entreprises. »
Le logement des actifs, un enjeu économique majeur
Au-delà du débat politique, ce forum a également été marqué par la présentation officielle d'une étude consacrée au logement des actifs en Corse. Réalisée par l'Institut Enterritoires pour le compte du MEDEF Corsica, elle formule 26 propositions destinées à faciliter l'accès au logement des salariés et à répondre aux difficultés de recrutement des entreprises.
Un enjeu désormais central pour l'économie insulaire, particulièrement dans les bassins d'emploi où la pression immobilière et le poids des résidences secondaires compliquent l'installation des travailleurs, notamment saisonniers. Parmi les solutions avancées figurent la construction de logements à proximité des zones d'emploi, la mobilisation du foncier disponible, la remise sur le marché de logements vacants, le développement de la location à l'année ou encore l'accompagnement des projets immobiliers portés par les entreprises.
Pour Jean-Louis Albertini, il y a désormais urgence à agir. « Aujourd'hui, on s'aperçoit que 37 %, voire plus de 37 % du parc, sont des résidences secondaires. Il y a peu de logements vacants. Il est urgent de construire, urgent de construire pour les salariés de l'île. Alors, il ne s'agit pas de construire à tout prix, n'importe où et n'importe comment. » Le président de l'organisation patronale plaide pour un développement maîtrisé, conciliant besoins économiques et préservation du territoire. « Il faut bien évidemment que ce développement soit un développement mesuré, responsable, attractif pour notre région et surtout plus proche des bassins d'emploi, pour qu'il favorise l'emploi dans notre région. Parce qu'on sait que le logement est véritablement le premier lien vers l'emploi. »
Cette réflexion s'inscrit dans la continuité des travaux engagés par le MEDEF Corsica à travers sa démarche « Corse 2030 », consacrée à la définition d'un modèle de développement économique durable pour l'île. Logement, mobilité, fiscalité, énergie, diversification des activités et formation constituent autant de leviers identifiés pour renforcer la compétitivité et l'attractivité du territoire. En réunissant ce vendredi après-midi les représentants des principales formations politiques, le MEDEF Corsica, qui fédère plus de 300 entreprises et six fédérations professionnelles représentant plus de 17 500 salariés, a ainsi souhaité ouvrir une séquence de dialogue appelée à se prolonger jusqu'à l'élection présidentielle.
Sans entrer dans une logique partisane, l'organisation patronale espère désormais que les préoccupations exprimées par les entreprises insulaires trouveront une traduction concrète dans les futurs programmes économiques. « Nous attendons d'être éclairés sur ce que leurs programmes prévoient pour la Corse et pour nos entreprises », résume Jean-Louis Albertini. Une attente qui traduit la volonté du patronat corse de voir les spécificités économiques de l'île pleinement prises en compte dans les orientations du prochain quinquennat.