En Corse, concilier travail et monoparentalité reste un défi quotidien

Rédigé le 17/10/2026
Léana Serve

Horaires contraignants, difficultés de garde, déplacements et précarité financière : l’Aract Corse s’est penchée sur les difficultés rencontrées par les parents qui élèvent seuls leurs enfants. Une étude commandée par les organisations syndicales et patronales et qui vise à identifier des leviers d’action pour améliorer leurs conditions de travail.

(Photo d'illustration / Pexels)

Horaires décalés, difficultés de garde, déplacements ou encore précarité financière : pour les parents qui élèvent seuls leurs enfants, concilier vie professionnelle et vie familiale peut relever du défi. En Corse, où trois familles monoparentales sur dix ont au moins un enfant de moins de 25 ans, ces difficultés constituent un enjeu social et économique important.

Pour mieux comprendre ces réalités, l’Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail (Aract) Corse a réalisé une étude consacrée aux liens entre monoparentalité et emploi sur l’île. Des travaux commandés par le comité régional paritaire, qui réunit des organisations syndicales de salariés et des organisations patronales. L’objectif : dresser un état des lieux des difficultés rencontrées par les travailleurs monoparentaux et identifier des pistes d’action pour améliorer leurs conditions de travail et leur évolution professionnelle.
 

Des horaires de travail difficiles à concilier avec la vie familiale
 

Pour une large majorité des répondants, la monoparentalité a des répercussions directes sur leur activité professionnelle. Difficultés à organiser les journées, fatigue accrue et stress plus important rythment leur quotidien. Certains évoquent « une vie au travail très compliquée » ou le sentiment d’être « une personne sur qui on ne peut pas compter » en raison de leurs contraintes familiales. L’étude précise également que les horaires décalés, les journées coupées et le travail de nuit compliquent la garde des enfants, notamment en l’absence de relais familial.

Pour faire face aux besoins de leurs enfants, « certains indiquent devoir poser très régulièrement des jours de congés, utiliser l’intégralité de leurs RTT ou renoncer à certaines opportunités professionnelles ». Une situation qui « se traduit par un ressenti de charge mentale particulièrement élevé, exprimé en grande majorité chez les femmes mais tout aussi présente chez certains hommes, qui disent devoir anticiper en permanence les plannings scolaires, les rendez‐vous médicaux, les vacances et les solutions de garde, tout en restant disponibles pour répondre aux exigences de leur employeur ».
 

Des difficultés financières qui fragilisent les parcours professionnels
 

Ces contraintes professionnelles s'inscrivent aussi dans un contexte de précarité économique. En Corse, 29 % des familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté selon l’Insee. Les femmes sont particulièrement exposées à ces difficultés : elles représentent 80 % des familles monoparentales et leurs revenus d'activité sont en moyenne inférieurs de 39 % à ceux des pères isolés, alors même qu’elles sont plus présentes sur le marché du travail que les mères vivant en couple. De plus, une part importante des répondants déclare rencontrer des difficultés pour accéder à son travail, aux services ou aux activités « en raison de la distance, de l’insuffisance des transports ou du coût des déplacements (carburant, stationnement, entretien du véhicule) ».
 

L'étude souligne également les obstacles pour accéder à la formation ou évoluer professionnellement. Selon les données récoltées, « l’absence de solution de garde sur certains créneaux (très tôt le matin, le soir, les mercredis, les vacances scolaires) pousse certains parents à limiter leurs disponibilités, à refuser des postes ou des évolutions, ou à accepter des temps partiels contraints » et « plusieurs répondants estiment que leur situation familiale limite leurs possibilités d’évolution professionnelle, notamment en raison de la difficulté à suivre des formations, à accepter des mobilités géographiques ou à investir des postes à responsabilités qui supposent une forte disponibilité temporelle ».
 

Mieux adapter le travail aux contraintes des parents seuls
 

Pour améliorer les conditions de travail des parents élevant leurs enfants seuls, l’Aract identifie quatre leviers, dont « l’organisation du travail et les horaires » et la « prévention des risques psychosociaux et lutte contre la stigmatisation ». Parmi les mesures préconisées figurent des « plages horaires aménageables », la « limitation des horaires coupés et des rappels de dernière minute » ou encore la programmation de réunions sur des créneaux compatibles avec les horaires scolaires.

Le rapport recommande également de développer des solutions de garde adaptées, notamment en soirée et le week-end, et de faciliter l’accès à la formation grâce à des « horaires adaptés », des solutions de garde et une prise en charge des frais. Autre enjeu : « intégrer explicitement la monoparentalité dans les démarches de prévention », tout en formant les encadrants à la prise en compte de ces situations. L’étude appelle enfin à « inscrire la monoparentalité dans les négociations collectives », afin que les contraintes des parents seuls soient davantage prises en compte dans l’organisation du travail et les politiques d’égalité professionnelle.