Alors que la mobilisation des pêcheurs méditerranéens se durcit sur le continent, le CRPMEM de Corse a décidé de rejoindre le mouvement. Hausse du prix du carburant, conséquences du plan WestMed, accumulation des contraintes réglementaires ou encore manque de visibilité inquiètent une profession qui dit aujourd'hui arriver à bout. Dans l'île, aucun blocage n'est toutefois prévu pour l'heure.
La colère gagne la pêche méditerranéenne. Depuis ce lundi, les professionnels ont entamé un mouvement de mobilisation appelé à se poursuivre tant qu'ils n'auront pas obtenu de réponses concrètes de l'État. Une colère nourrie par une accumulation de difficultés qui, selon eux, s'empilent sans tenir suffisamment compte des réalités de chaque pêcherie, fragilisent l'ensemble de la filière et conduit la profession à pointer une absence de visibilité sur son avenir.
Lancée après plusieurs mois d'alertes et de concertation, l'initiative rassemble les comités régionaux des pêches d'Occitanie, de Provence-Alpes-Côte d'Azur et de Corse, mais aussi les organisations de producteurs et plusieurs syndicats professionnels. Chalutiers, petits métiers, thoniers, pêcheurs lagunaires ou encore criées et coopératives entendent ainsi porter un mouvement commun, tout en adaptant les modalités d'action aux réalités de chaque territoire. Après de premières mobilisations menées lundi dans plusieurs ports du continent, le mouvement s'est d'ailleurs durci ce mardi matin à Fos-sur-Mer, où des pêcheurs ont bloqué la sortie du terminal pétrolier dès 3 heures, empêchant plusieurs dizaines de camions-citernes de quitter le site.
En Corse, le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Corse (CRPMEM) a décidé de s'associer pleinement à la mobilisation. « Nous avons les mêmes objectifs, les mêmes mécontentements et les mêmes revendications que l'Occitanie et PACA. C'est toute la pêche méditerranéenne qui est en péril », explique Daniel Defusco, président du CRPMEM, en précisant toutefois que, contrairement à ce qui se passe sur le continent, aucune action n'est pour le moment prévue dans l'île. « S'il y a des actions à faire, on les fera. Mais pour le moment, en Corse, on ne bouge pas car on ne veut pas impacter la population corse, qui est déjà pas mal impactée, au même titre que nous, sur le prix du gazole et sur plein de sujets. La Corse, c'est très facile à bloquer et c'est une catastrophe économique chaque fois qu'il y a ce genre d'action ».
Parmi les principales doléances de la profession figure notamment le plan européen WestMed, qui encadre depuis plusieurs années l'effort de pêche en Méditerranée occidentale. Un dispositif qui a notamment entraîné une réduction des possibilités de pêche pour les chalutiers afin de préserver les stocks démersaux. Pour les professionnels, le problème ne tient toutefois pas uniquement aux restrictions imposées, mais aussi à leur difficulté à anticiper les règles auxquelles ils seront soumis dans les prochaines années.
Des spécificités de la pêche corse insuffisamment prises en compte
Si les chalutiers d'Occitanie ont jusqu'ici été les plus impactés, ceux de Corse sont eux aussi concernés. Et les professionnels insulaires craignent désormais de voir certaines contraintes s'étendre progressivement à d'autres métiers et espèces. « Cela commence à toucher un peu les fileyeurs sur certaines espèces, donc il faut être très prudent », relève Daniel Defusco. Surtout, le président du CRPMEM estime que les règles européennes ne prennent pas suffisamment en compte les caractéristiques de la pêche insulaire. « Nos bateaux sont complètement différents. Notre pêcherie est différente. Les fonds marins sont différents », insiste-t-il. « En Corse, nos bateaux pêchent souvent dans les grands fonds, à 400 ou 500 mètres, parce qu'ils pêchent la langoustine, la crevette. On ne tient pas compte de cette diversité, de cette spécificité de la pêche corse. C'est ce que l'on fait remonter sans arrêt, que ce soit à Bruxelles ou à Paris ».
À cette question s'ajoute celle des autorisations de pêche et des quotas, notamment concernant le thon rouge. Dans leur communiqué commun, les organisations méditerranéennes dénoncent plus généralement une succession de choix réglementaires qui intervient, selon elles, sans donner aux entreprises suffisamment de perspectives pour adapter leurs bateaux, leurs investissements ou leur activité. « Souvent, on nous dit que pour les six mois à venir, ça va être comme ça. Mais on ne sait pas ce que va devenir notre pêcherie dans sept mois. On ne peut pas supporter ce genre de discours », souligne Daniel Defusco.
Pour le président du Comité régional, cette situation traduit plus largement une difficulté à faire reconnaître les particularités des différentes pêcheries. « On a tendance à dire qu'il y a une pêche méditerranéenne ou même une pêche française. Alors qu’il y a plusieurs pêches françaises, et même plusieurs pêches méditerranéennes. En Corse, nous avons encore plus de spécificités du fait de l'insularité, de la taille de nos bateaux et de nos techniques de pêche. Or, l’Europe veut uniformiser la pêche », tance-t-il.
« En Méditerranée, on est un peu les parents pauvres de la pêche »
Mais c'est la nouvelle flambée du prix du carburant qui est venue cristalliser un mécontentement déjà ancien. Une hausse particulièrement difficile à absorber pour des entreprises dont une part importante des charges dépend directement du nombre de litres consommés en mer. « C'est la goutte de gazole qui fait déborder le vase », lance Daniel Defusco en rappelant qu’en Corse, le problème se double en outre du différentiel de prix avec le continent que les pêcheurs dénoncent depuis plusieurs années. « Actuellement, on a des ports en Corse où le gazole détaxé est à 1,50 euro. Ça peut paraître pas grand-chose, mais 1,50 euro sur un bateau de pêche qui consomme plusieurs centaines de litres par jour, c'est juste impossible à gérer », déplore-t-il.
Face à cette envolée, l'État a mis en place une aide de 25 centimes par litre, remboursée sur présentation des factures acquittées. Un soutien que les pêcheurs corses ne négligent pas mais dont ils craignent qu'il soit rapidement absorbé par la poursuite de la hausse. Car derrière la hausse du carburant, la profession décrit une équation économique de plus en plus difficile à tenir. Les coûts d'exploitation progressent alors que les volumes débarqués et les revenus des pêcheurs méditerranéens ne sont pas comparables à ceux d'autres façades maritimes. Une différence que Daniel Defusco entend également faire reconnaître par l'État. « La Méditerranée, ce n'est pas l'Atlantique. Les revenus sont différents. Les volumes de poissons débarqués sont différents. Et on a l'impression qu'il n'y a qu'une seule pêche française. Alors que nous, en Méditerranée, on est un peu les parents pauvres de la pêche », souffle-t-il.
Des difficultés jusque dans les filets
À ce contexte économique et réglementaire viennent encore s'ajouter les conséquences des évolutions environnementales observées en Méditerranée. Après un été marqué par des températures particulièrement élevées, les professionnels corses disent avoir constaté des changements importants dans leurs prises. « Notre Méditerranée est montée à plus de 30 degrés de température. La pêche s'en est ressentie dans tous les compartiments, en Corse comme en PACA et en Occitanie. Le thon a déserté nos côtes. L'espadon aussi. La langouste, c'est vrai que ça a été une mauvaise année. On ne sait pas si elle va plus profond, si elle se déplace. Donc on subit de plein fouet l'impact du réchauffement climatique », constate Daniel Defusco.
Des incertitudes qui viennent se greffer à ce que les pêcheurs décrivent déjà comme un empilement de règles administratives, environnementales et de sécurité. À travers leur mobilisation, les organisations professionnelles demandent ainsi davantage de stabilité réglementaire et une prise en compte des conséquences économiques des nouvelles mesures avant leur entrée en vigueur. « Ce que l’on veut c’est que l’on nous laisser un peu souffler et nous remettre à flot. Et ensuite, on repartira sur des mesures, si elles sont essentielles, si elles sont intéressantes et si elles jouent pour notre avenir. Mais il faut que l’on arrête de nous sortir une réglementation différente toutes les semaines. Cela devient insupportable », pose le président du Comité Régional en annonçant qu’il sera mercredi et jeudi à Paris à l’occasion du conseil et du bureau du Comité national des pêches. L’occasion pour les pêcheurs de tenter de porter leurs revendications directement auprès du Gouvernement. De ces discussions pourrait désormais dépendre la suite du mouvement dans l'île. Car si les pêcheurs corses ont choisi pour l'instant de ne pas mener d'actions susceptibles de perturber l'activité, cette position n'est pas définitive. « Il est possible que, selon les décisions que l'on va prendre demain et après-demain, cela change un peu », prévient Daniel Defusco.
Lancée après plusieurs mois d'alertes et de concertation, l'initiative rassemble les comités régionaux des pêches d'Occitanie, de Provence-Alpes-Côte d'Azur et de Corse, mais aussi les organisations de producteurs et plusieurs syndicats professionnels. Chalutiers, petits métiers, thoniers, pêcheurs lagunaires ou encore criées et coopératives entendent ainsi porter un mouvement commun, tout en adaptant les modalités d'action aux réalités de chaque territoire. Après de premières mobilisations menées lundi dans plusieurs ports du continent, le mouvement s'est d'ailleurs durci ce mardi matin à Fos-sur-Mer, où des pêcheurs ont bloqué la sortie du terminal pétrolier dès 3 heures, empêchant plusieurs dizaines de camions-citernes de quitter le site.
En Corse, le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Corse (CRPMEM) a décidé de s'associer pleinement à la mobilisation. « Nous avons les mêmes objectifs, les mêmes mécontentements et les mêmes revendications que l'Occitanie et PACA. C'est toute la pêche méditerranéenne qui est en péril », explique Daniel Defusco, président du CRPMEM, en précisant toutefois que, contrairement à ce qui se passe sur le continent, aucune action n'est pour le moment prévue dans l'île. « S'il y a des actions à faire, on les fera. Mais pour le moment, en Corse, on ne bouge pas car on ne veut pas impacter la population corse, qui est déjà pas mal impactée, au même titre que nous, sur le prix du gazole et sur plein de sujets. La Corse, c'est très facile à bloquer et c'est une catastrophe économique chaque fois qu'il y a ce genre d'action ».
Parmi les principales doléances de la profession figure notamment le plan européen WestMed, qui encadre depuis plusieurs années l'effort de pêche en Méditerranée occidentale. Un dispositif qui a notamment entraîné une réduction des possibilités de pêche pour les chalutiers afin de préserver les stocks démersaux. Pour les professionnels, le problème ne tient toutefois pas uniquement aux restrictions imposées, mais aussi à leur difficulté à anticiper les règles auxquelles ils seront soumis dans les prochaines années.
Des spécificités de la pêche corse insuffisamment prises en compte
Si les chalutiers d'Occitanie ont jusqu'ici été les plus impactés, ceux de Corse sont eux aussi concernés. Et les professionnels insulaires craignent désormais de voir certaines contraintes s'étendre progressivement à d'autres métiers et espèces. « Cela commence à toucher un peu les fileyeurs sur certaines espèces, donc il faut être très prudent », relève Daniel Defusco. Surtout, le président du CRPMEM estime que les règles européennes ne prennent pas suffisamment en compte les caractéristiques de la pêche insulaire. « Nos bateaux sont complètement différents. Notre pêcherie est différente. Les fonds marins sont différents », insiste-t-il. « En Corse, nos bateaux pêchent souvent dans les grands fonds, à 400 ou 500 mètres, parce qu'ils pêchent la langoustine, la crevette. On ne tient pas compte de cette diversité, de cette spécificité de la pêche corse. C'est ce que l'on fait remonter sans arrêt, que ce soit à Bruxelles ou à Paris ».
À cette question s'ajoute celle des autorisations de pêche et des quotas, notamment concernant le thon rouge. Dans leur communiqué commun, les organisations méditerranéennes dénoncent plus généralement une succession de choix réglementaires qui intervient, selon elles, sans donner aux entreprises suffisamment de perspectives pour adapter leurs bateaux, leurs investissements ou leur activité. « Souvent, on nous dit que pour les six mois à venir, ça va être comme ça. Mais on ne sait pas ce que va devenir notre pêcherie dans sept mois. On ne peut pas supporter ce genre de discours », souligne Daniel Defusco.
Pour le président du Comité régional, cette situation traduit plus largement une difficulté à faire reconnaître les particularités des différentes pêcheries. « On a tendance à dire qu'il y a une pêche méditerranéenne ou même une pêche française. Alors qu’il y a plusieurs pêches françaises, et même plusieurs pêches méditerranéennes. En Corse, nous avons encore plus de spécificités du fait de l'insularité, de la taille de nos bateaux et de nos techniques de pêche. Or, l’Europe veut uniformiser la pêche », tance-t-il.
« En Méditerranée, on est un peu les parents pauvres de la pêche »
Mais c'est la nouvelle flambée du prix du carburant qui est venue cristalliser un mécontentement déjà ancien. Une hausse particulièrement difficile à absorber pour des entreprises dont une part importante des charges dépend directement du nombre de litres consommés en mer. « C'est la goutte de gazole qui fait déborder le vase », lance Daniel Defusco en rappelant qu’en Corse, le problème se double en outre du différentiel de prix avec le continent que les pêcheurs dénoncent depuis plusieurs années. « Actuellement, on a des ports en Corse où le gazole détaxé est à 1,50 euro. Ça peut paraître pas grand-chose, mais 1,50 euro sur un bateau de pêche qui consomme plusieurs centaines de litres par jour, c'est juste impossible à gérer », déplore-t-il.
Face à cette envolée, l'État a mis en place une aide de 25 centimes par litre, remboursée sur présentation des factures acquittées. Un soutien que les pêcheurs corses ne négligent pas mais dont ils craignent qu'il soit rapidement absorbé par la poursuite de la hausse. Car derrière la hausse du carburant, la profession décrit une équation économique de plus en plus difficile à tenir. Les coûts d'exploitation progressent alors que les volumes débarqués et les revenus des pêcheurs méditerranéens ne sont pas comparables à ceux d'autres façades maritimes. Une différence que Daniel Defusco entend également faire reconnaître par l'État. « La Méditerranée, ce n'est pas l'Atlantique. Les revenus sont différents. Les volumes de poissons débarqués sont différents. Et on a l'impression qu'il n'y a qu'une seule pêche française. Alors que nous, en Méditerranée, on est un peu les parents pauvres de la pêche », souffle-t-il.
Des difficultés jusque dans les filets
À ce contexte économique et réglementaire viennent encore s'ajouter les conséquences des évolutions environnementales observées en Méditerranée. Après un été marqué par des températures particulièrement élevées, les professionnels corses disent avoir constaté des changements importants dans leurs prises. « Notre Méditerranée est montée à plus de 30 degrés de température. La pêche s'en est ressentie dans tous les compartiments, en Corse comme en PACA et en Occitanie. Le thon a déserté nos côtes. L'espadon aussi. La langouste, c'est vrai que ça a été une mauvaise année. On ne sait pas si elle va plus profond, si elle se déplace. Donc on subit de plein fouet l'impact du réchauffement climatique », constate Daniel Defusco.
Des incertitudes qui viennent se greffer à ce que les pêcheurs décrivent déjà comme un empilement de règles administratives, environnementales et de sécurité. À travers leur mobilisation, les organisations professionnelles demandent ainsi davantage de stabilité réglementaire et une prise en compte des conséquences économiques des nouvelles mesures avant leur entrée en vigueur. « Ce que l’on veut c’est que l’on nous laisser un peu souffler et nous remettre à flot. Et ensuite, on repartira sur des mesures, si elles sont essentielles, si elles sont intéressantes et si elles jouent pour notre avenir. Mais il faut que l’on arrête de nous sortir une réglementation différente toutes les semaines. Cela devient insupportable », pose le président du Comité Régional en annonçant qu’il sera mercredi et jeudi à Paris à l’occasion du conseil et du bureau du Comité national des pêches. L’occasion pour les pêcheurs de tenter de porter leurs revendications directement auprès du Gouvernement. De ces discussions pourrait désormais dépendre la suite du mouvement dans l'île. Car si les pêcheurs corses ont choisi pour l'instant de ne pas mener d'actions susceptibles de perturber l'activité, cette position n'est pas définitive. « Il est possible que, selon les décisions que l'on va prendre demain et après-demain, cela change un peu », prévient Daniel Defusco.