À Ajaccio, un nouveau collectif citoyen appelle à manifester contre les violences sexuelles faites aux enfants

Rédigé le 01/09/2026
Manon Perelli

Né dans le sillage des mobilisations organisées après le meurtre de Lyhanna, le tout jeune collectif citoyen Per i nostri zitelli entend poursuivre le combat contre les violences sexuelles faites aux enfants en Corse. L’association appelle notamment à un rassemblement le lundi 7 septembre à 19 heures devant le tribunal judiciaire d’Ajaccio.

(Crédits photo : Florence Poli - Collectif Per i Nostri Zitelli)

Près de trois mois après les rassemblements qui avaient suivi le meurtre de la petite Lyhanna et réuni plusieurs milliers de personnes partout en France, la mobilisation se poursuit. À Ajaccio, où plusieurs centaines de personnes s’étaient retrouvées le 8 juin devant le tribunal judiciaire, un groupe de citoyens ayant pris part à ce premier rendez-vous a décidé de se constituer en association afin d’inscrire le mouvement dans la durée. Pour rappel, c’est notamment le profil de l’homme soupçonné d’avoir violé et tué la collégienne qui avait suscité une vive émotion. Déjà mis en cause à plusieurs reprises pour des agressions sexuelles et des viols, il n’avait jamais été interpellé. 
 
Face à cette défaillance de la justice, à Ajaccio, dans les semaines qui ont suivi le premier rassemblement, une partie des manifestants a continué à se retrouver chaque lundi soir devant le tribunal. « La deuxième semaine, nous étions une vingtaine, puis une trentaine la semaine suivante. À chaque fois, les gens venaient avec leurs pancartes, que nous affichions sur les grilles du palais de justice. Nous restions là ensemble pendant une heure », retrace Florence Poli, présidente du nouveau collectif Per i Nostri Zitelli. Si bien qu’au début du mois de juillet, une quinzaine de participants ont finalement décidé de créer cette association officiellement née le 4 août dernier. « Nous nous sommes donnés comme objectif d’arriver à des résultats après cette vague d’émotion et de porter ces mobilisations en Corse », explique Florence Poli.

Le collectif compte aujourd’hui une vingtaine de membres actifs et rassemble des personnes de tous âges et de professions très différentes. « Beaucoup sont parents, mais tous ne le sont pas. Certains ont déjà milité dans le monde associatif, tandis que d’autres s’engagent pour la première fois. Ce que j’ai ressenti, c’est que les gens avaient besoin de passer à l’action parce qu’ils ne savaient pas quoi faire pour protéger leurs enfants. Ils se disent que la justice n’y arrive pas et que le gouvernement ne semble pas prendre la mesure du problème », souligne la présidente en insistant : « Ce sont des gens qui sont en colère et qui ont l’impression que rien ne se fait. Ils ont donc décidé de faire quelque chose ». Les membres du collectif entendent ainsi lutter en Corse contre toutes les formes de violences faites aux enfants, et notamment les violences sexuelles. Dans cette optique, l’association souhaite organiser des actions de prévention et de sensibilisation, interpeller les pouvoirs publics et relayer dans l’île les mobilisations nationales en faveur d’une loi-cadre intégrale. Car ses membres le martèlent : la Corse n’est pas épargnée par ces violences. « Il y a toujours cette petite musique selon laquelle, en Corse, on protège les enfants. C’est le meilleur atout des agresseurs, parce que les gens n’imaginent pas que, dans leur entourage, quelqu’un puisse s’en prendre à des enfants. Alors que nous savons très bien que cela existe », insiste Florence Poli.
 
« Mettre la pression sur les députés »
 
Une réalité qui transparaît, selon le collectif, dans le nombre de procédures concernant des agressions sexuelles sur mineurs recensées dans la juridiction d’Ajaccio. Avant que le garde des Sceaux ne demande aux parquets de reprendre cet état des lieux, 34 dossiers avaient été identifiés. À l’issue de cette nouvelle recension, leur nombre a été porté à 104, selon les chiffres rappelés par l’association. « S’il n’y avait pas eu cette mobilisation publique, cette recension n’aurait pas été faite. C’est aussi le message que nous voulons porter : des résultats sont possibles. Nous voyons bien que nous pouvons faire bouger l’exécutif si nous lui mettons la pression », estime Florence Poli.
 
Le collectif entend donc maintenir cette pression à l’approche de l’arrivée d’un nouveau texte au Parlement, annoncée pour la fin du mois de septembre. Dans le cadre d’une journée nationale de mobilisation contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants, il appelle les Corses à se rassembler le lundi 7 septembre à 19 heures devant le palais de justice d’Ajaccio. Per i nostri zitelli réclame de son côté une loi-cadre intégrale, accompagnée d’une politique publique coordonnée et de moyens à la hauteur des enjeux. « Il faut mettre la pression sur les députés et ne rien lâcher. C’est maintenant qu’il faut obtenir des choses », martèle Florence Poli qui indique encore que le collectif va adresser une lettre ouverte aux parlementaires corses afin de leur demander de soutenir cette démarche.