Vers l'implantation de deux parcs éoliens marins à 57 km de Bonifacio ?

Rédigé le 31/08/2026
Julien Castelli

On connaissait le projet « Atis », et ses 48 éoliennes censées voir le jour au large du Cap Corse. Voici « Nurax Wind Power » et « Poseidon Wind Energy », deux autres ébauches de parcs offshore qui pourraient aboutir à l’élévation de 105 éoliennes au nord-est de la Sardaigne, à environ 60 kilomètres des falaises calcaires de Bonifacio. Les deux projets, contestés en Sardaigne, font l’objet d’études depuis deux ans sous le regard des autorités environnementales italiennes. Côté français, on confirme avoir été saisi le 28 juillet, au titre de la convention d’Espoo et de la consultation transfrontalière qui en découle.

Ces deux projets d'éoliennes sont localisés dans les eaux territoriales italiennes, au large d'Olbia, à au moins 57 kilomètres des falaises bonifaciennes.

Eni Plenitude. Le nom parlera aux connaisseurs du dossier Atis. C’est ce mastodonte italien de l’industrie de l’énergie qui souhaite implanter 48 éoliennes à seulement 27 kilomètres du cap Corse, projet qui soulève de vives inquiétudes sur l’île. Et il n’a pas fini de faire parler de lui : Eni Plenitude est l’un des acteurs du consortium Divento, qui s’implique dans deux autres projets de parcs éoliens marins, plus au sud ceux-là, mais toujours dans une situation de coexistence géographique avec la Corse, puisque les mâts de 300 mètres de haut formeraient un quadrilatère en mer, entre 57 et 81 km de Bonifacio. 

Nurax Wind Power, c’est l’ambition de 33 éoliennes flottantes, d’une puissance de 462 mégawatts, à implanter dans les eaux territoriales italiennes au large d’Olbia, à environ 35 kilomètres des îles de la Maddalena. Ce projet est plus modeste que Poseidon Wind Energy, qui prévoit de son côté d’édifier 72 éoliennes de 1 008 mégawatts. Mais il serait plus proche des côtes corses : à partir de 57 kilomètres, contre 81 kilomètres pour Poseidon. C’est aussi Nurax qui, selon les prévisions du consortium, pourrait voir le jour en premier, à l’horizon 2030 (2032 pour Poseidon).

Le boom de l'éolien flottant 

Soumis aux autorités environnementales italiennes à l’été 2024, ces deux projets ont depuis fait l’objet de plusieurs modifications, sous la pression politique et populaire en Sardaigne, eu égard notamment à leur distance des côtes. L’Italie développe un intérêt prononcé pour l’éolien flottant, technologie apparue il y a une quinzaine d’années, et qui permet de s’implanter dans de grandes profondeurs (contrairement à l’éolien offshore posé). Actuellement, une trentaine de projets italiens de parcs éoliens flottants ont été amorcés en mer Méditerrannée, principalement autour de la Sardaigne et de la Sicile, mais pour l’heure une poignée seulement a obtenu le feu vert du ministère transalpin de l’Environnement.

Concernant Nurax et Poseidon, les enquêtes publiques ont eu lieu sur le sol italien. Elles ont mis en évidence des craintes liées aux routes maritimes empruntées par les navires, aux conséquences sur le corridor migratoire des oiseaux et sur la faune sous-marine, les lieux d’implantation frôlant les limites du sanctuaire Pelagos. D’autres inquiétudes se focalisent sur l’éventuel impact visuel de ces deux parcs éoliens depuis le littoral sarde.

L'Etat français compte lancer une enquête publique

Et vu de Corse, comment ces perspectives sont-elles perçues ? Lorsqu’un projet est susceptible de présenter un impact négatif au-delà des frontières du seul pays d’implantation, un traité de l’ONU intervient : la convention d’Espoo, qui rend obligatoire le principe d’une consultation transfrontalière. L’État français précise avoir été saisi ce 28 juillet, via son ambassade en Italie, au titre de la convention d’Espoo. En sous-préfecture à Ajaccio, on indique manquer d’informations, pour l’heure, sur les contenus des projets Nurax et Poseidon. Dans l’attente d’informations complémentaires, des points de vigilance ont été listés : « Ces projets se situent à proximité d'espaces à forts enjeux environnementaux pour la Corse (réserve naturelle et parc marin international des Bouches de Bonifacio, zone maritime particulièrement vulnérable pour la protection des cétacés) ainsi que d'enjeux liés au tourisme, à la pêche et à la sécurité maritime, compte tenu de l'intensité du trafic dans le détroit. Les services de l'État accordent une attention toute particulière à ce dossier, à la mesure des enjeux environnementaux, économiques et de sécurité maritime qu'il représente pour la Corse. » Une enquête publique va être lancée, comme ce fut le cas du 5 mai au 5 juin dernier en Haute-Corse à propos des éoliennes du Cap Corse : « Les modalités seront communiquées dès qu’elles seront arrêtées », précise le service communication de la sous-préfecture de Corse du Sud.

Prudence chez les élus

En juillet, le maire de Bonifacio Jean-Charles Orsucci a été destinataire d’un courrier adressé par Mauro Pili, qui fut président de la région Sardaigne et député italien, et qui se présente aujourd’hui comme « un militant contre la spéculation énergétique et pour la protection du paysage ». Dans ce courrier, Mauro Pili demande à Jean-Charles Orsucci d’intervenir auprès des autorités françaises. Sollicité par Corse Net Infos, Jean-Charles Orsucci a préféré ne pas s’exprimer pour l’heure, se disant en attente de plus d’informations. En tant que président de la communauté de communes du Sud-Corse, Jean-Christophe Angelini se veut également prudent : « Je n’ai pas été informé. A ce stade, j’émets toutefois les plus grandes réserves par rapport à ces mégaprojets. Je dis attention aux mouvements de prédation. » Hostile au projet Atis, la Collectivité de Corse renseigne avoir eu vent de l’existence des projets Nurax et Poseidon, mais n’en dira mot pour le moment, par manque d’informations également. Le sujet sera néanmoins abordé rapidement, puisqu’à l’ordre du jour du conseil exécutif de ce mardi 1er septembre. 

De son côté, le consortium Divento minimise l’impact d’un tel projet sur la faune sous-marine, tel que consigné dans le dossier d’impacts transfrontaliers qui a été transmis aux autorités italiennes concernant Nurax : « La zone retenue a été sélectionnée en excluant, autant que possible, les aires protégées et/ou les zones considérées comme ayant une valeur naturaliste, c'est-à-dire des écosystèmes riches en biodiversité et caractérisés par une forte productivité biologique, d'une grande importance pour la conservation des espèces et les activités de pêche. » Toujours selon Divento, l’impact visuel du parc éolien vu de Corse serait des plus limités : « Les effets combinés de la distance (60 km en moyenne entre les éoliennes et les points de vue côtiers les plus proches), de la courbure de la Terre et des paramètres climatiques assurent une réduction naturelle et efficace de la visibilité des ouvrages. »