Nager, secourir, prévenir : le nouveau pari du sauvetage sportif à Ajaccio

Rédigé le 19/08/2026
Jeanne Soury

Sur le sable, les petites planches de sauvetage remplacent les jouets de plage. À Ajaccio, une poignée d’enfants de 8 à 12 ans s’initient cet été au sauvetage sportif avec le Club ajaccien de sauvetage sportif et secourisme (CA3S). Une nouvelle association créée par Mathilde Ferrer, 24 ans, qui veut mêler pratique sportive, prévention des noyades et apprentissage des gestes qui sauvent.

(Photos : Paule Santoni)

Une planche sous le bras, les pieds dans le sable et les yeux tournés vers la mer. Ici, pas question de simplement profiter de l’eau. Les enfants courent, nagent, apprennent à manier leur matériel et découvrent, à leur échelle, les premiers réflexes du sauveteur. Une séance qui ressemble à un jeu, mais où chaque exercice a son utilité.

C’est le pari du Club ajaccien de sauvetage sportif et secourisme (CA3S), créé par Mathilde Ferrer. À 24 ans, la jeune femme connaît déjà bien le terrain. Nageuse sauveteuse sur les plages d’Ajaccio depuis plusieurs années, elle a découvert le sauvetage sportif au cours de ses études en management du sport. Une discipline qui lui permet de réunir ses deux univers : « J’ai découvert l’existence des clubs de sauvetage sportif. Allier le sport et le sauvetage, c’est quelque chose qui me plaisait beaucoup », explique-t-elle. En Corse, elle ne trouve alors pas de structure proposant cette pratique. Alors elle décide de la créer.

Cet apprentissage commence par les fondamentaux. Les enfants doivent simplement être à l’aise dans l’eau et savoir nager un minimum. Le reste s’acquiert progressivement : perfectionnement de la nage, découverte des planches de sauvetage, apprentissage de la rame, direction de l’embarcation et mise en situation pour ramener une victime jusqu’au sable.

Mais le sport n’est qu’une partie du projet. Le club veut également familiariser les enfants avec les gestes qui peuvent sauver une vie. Pour Mathilde Ferrer, cette dimension citoyenne est essentielle. « Tout le monde peut être amené, malheureusement, à devoir connaître les gestes qui sauvent », rappelle-t-elle. L’objectif est donc de transmettre les bons réflexes le plus tôt possible, tout en faisant découvrir aux enfants une discipline qui pourrait, pourquoi pas, les conduire plus tard vers une formation de nageur sauveteur.

« Ça peut même créer des vocations »

Jeanne et sa sœur Rose ont toutes les deux découvert le club cet été. Elles savent déjà nager mais viennent chercher autre chose dans ces séances : « On apprend surtout la sécurité. La première fois que je l’ai fait, c’était nouveau. Là, c’est comme une activité cool que je fais pour le plaisir », raconte Jeanne. Après trois séances pour elle et deux pour sa sœur, l’envie de revenir est déjà là : « Je reviendrai encore, j’adore ça ! »

Pour encadrer les enfants dans leur apprentissage de la natation, Mathilde Ferrer peut compter sur Killian Doudouch. À 25 ans, il est maître-nageur sauveteur et pompier volontaire. Lorsque la fondatrice du CA3S le contacte pour participer au projet, il accepte rapidement. « Elle avait besoin d’un maître-nageur pour les enfants, parce qu’on est obligés d’avoir un diplôme spécifique pour enseigner la natation », précise-t-il.

Lui qui travaille sur les plages voit aussi l’intérêt d’un tel apprentissage au quotidien. Les sauveteurs sont souvent observés par les baigneurs, parfois interrogés sur leur métier ou sur les risques en mer. Le club peut ainsi devenir une première porte d’entrée vers cet univers. « On apprend aux enfants à porter secours. Ça peut même créer des vocations », souligne-t-il.

Une démarche qui existe déjà beaucoup à l’étranger et sur le continent, notamment sur la façade ouest, mais qui restait absente du paysage corse. « Ici, il n’y en avait pas. C’est génial », se réjouit le maître-nageur, qui compte poursuivre l’aventure aux côtés de Mathilde à la rentrée.

De 8 ans aux adultes : le club veut grandir

Pour l’heure, les séances estivales sont destinées aux enfants de 8 à 12 ans, un choix notamment lié au matériel disponible. Mais dès la rentrée, le CA3S entend changer d’échelle. Des groupes seront proposés aux adolescents de 13 à 17 ans et aux adultes de plus de 18 ans. Les entraînements alterneront alors entre piscine et mer, avec une place plus importante accordée à la pratique sportive. La prévention et le secourisme resteront toutefois au cœur du projet.

Le club, affilié à la Fédération française de sauvetage et de secourisme, veut ainsi installer durablement cette discipline dans le paysage sportif insulaire. Et pour ceux qui rejoindront le club dès cette première rentrée, l’enjeu sera aussi symbolique : ils deviendront les premiers membres d’une aventure que Mathilde Ferrer espère voir grandir bien au-delà de ses premières séances sur la plage.