Gestion de l'eau : comment la Ville d'Ajaccio a économisé l'équivalent de 126 piscines olympiques

Rédigé le 02/08/2026
Patrice Paquier Lorenzi

Depuis 2023, la Ville d'Ajaccio a économisé 319 millions de litres d'eau, soit une baisse de 45 % de sa consommation municipale par rapport à 2022. Un résultat obtenu grâce à un suivi quotidien des compteurs, à la réparation systématique des fuites et à une évolution des pratiques. Pour Sébastien Ferracci, directeur général adjoint des services Environnement, Cadre de vie et Attractivité, cette politique est née d'une véritable prise de conscience face aux épisodes de sécheresse qui touchent désormais la Corse.

Une fuite de 47 m³ d'eau chaque jour, invisible à l'œil nu, a été détectée sous la fontaine des Quatre Lions, place Foch

En matière d'économies d'eau, les chiffres avancés par la Ville d'Ajaccio donnent la mesure du travail engagé depuis trois ans. Entre 2023 et 2025, 319 millions de litres d'eau ont été économisés, soit l'équivalent de 126 piscines olympiques, permettant à la collectivité d'éviter près de 1,15 million d'euros de dépenses tout en réduisant de 45 % sa consommation par rapport à 2022. Pour autant, ces résultats ne sont pas le fruit d'un vaste chantier de modernisation. « Ces économies ne sont pas liées à un investissement particulier. Elles sont avant tout le résultat d'un suivi très fin de nos consommations. Nous contrôlons régulièrement chaque compteur, ce qui nous permet d'identifier rapidement les consommations anormales, de détecter des usages inadaptés ou des fuites et d'intervenir le plus vite possible », explique Sébastien Ferracci, directeur général adjoint des services Environnement, Cadre de vie et Attractivité.
 

Le responsable rappelle également que les compteurs communicants sont déployés dans le cadre de la délégation de service public de l'eau portée par la CAPA avec Kyrnolia. « Ce n'est pas un investissement réalisé par la Ville. En revanche, ces outils nous permettent aujourd'hui d'avoir une vision beaucoup plus précise des consommations. »
 

Une politique née des sécheresses de 2020 et 2021

Pour la municipalité, cette démarche s'inscrit dans un changement profond de philosophie. « Les étés 2020 et surtout 2021, avec les premières restrictions d'eau, ont constitué un véritable déclic. Même si Ajaccio bénéficie historiquement d'une ressource relativement sécurisée grâce au canal de la Gravona, cela ne signifie pas que l'eau est inépuisable. Nous avons pris conscience qu'il fallait gérer cette ressource avec beaucoup plus de rigueur. » Depuis, chaque décision concernant les équipements municipaux intègre cette préoccupation. « Lorsqu'on renouvelle un système d'arrosage ou un matériel, nous choisissons systématiquement les solutions les moins consommatrices en eau. Tout ne peut pas être remplacé d'un seul coup, mais progressivement l'ensemble du patrimoine évolue dans cette direction. »
 

Au cœur du dispositif se trouve le contrôle permanent des consommations. « Lorsqu'un compteur continue d'enregistrer une consommation alors qu'aucun usage ne la justifie, nous savons qu'il y a probablement une fuite. Certaines sont totalement invisibles : l'eau s'infiltre directement dans le sol sans jamais remonter en surface. Sans cette surveillance, elles pourraient passer inaperçues pendant très longtemps », indique Sébastien Ferracci. L'exemple de la fontaine des Quatre Lions, place Foch, illustre cette nouvelle méthode. Une fuite de 47 m³ d'eau par jour, invisible à l'œil nu, a été détectée uniquement grâce au suivi des consommations, entraînant la fermeture temporaire de la fontaine en attendant sa réparation. « Ce n'est pas qu'avant nous ne contrôlions pas les compteurs, mais le suivi est aujourd'hui beaucoup plus régulier, beaucoup plus précis et beaucoup plus analytique. C'est un véritable changement de méthode. »
 

Les écoles et les équipements sportifs particulièrement concernés

Les résultats sont particulièrement marquants dans les établissements scolaires et les équipements sportifs, où les fuites ont été réduites respectivement de 90 % et 93 %. Pour Sébastien Ferracci, cette situation s'explique avant tout par la nature même de ces équipements. « Les écoles et les équipements sportifs comptent énormément de points d'eau : sanitaires, robinets, douches, vestiaires... Cela multiplie naturellement les risques de fuite. La vétusté de certains équipements peut également jouer un rôle, mais ce qui compte surtout, c'est que nous les détectons désormais beaucoup plus rapidement. » Toutes les anomalies repérées donnent lieu soit à une réparation, soit à la suppression des installations devenues inutiles. Depuis 2022, 36 compteurs ont ainsi été définitivement fermés.
 
La chasse aux fuites ne constitue qu'un volet de la stratégie municipale. La Ville a également revu certaines pratiques : généralisation de l'arrosage nocturne, développement du goutte-à-goutte, paillage des massifs, choix d'essences moins gourmandes en eau, acquisition de laveuses haute pression économes et suppression des douches de plage. « Les douches de plage représentaient une consommation importante d'eau. Bien sûr, elles apportaient un service supplémentaire aux usagers, mais elles ne sont ni une obligation réglementaire ni un équipement indispensable. Aujourd'hui, dans le contexte climatique que nous connaissons, ce type d'installation n'est plus vraiment en adéquation avec les enjeux actuels. Notre priorité est avant tout de préserver la ressource. »
 

Maintenir les résultats dans la durée

Si la consommation municipale est désormais retombée à 153 528 m³, son niveau le plus bas depuis 2019, contre 281 621 m³ en 2022, la Ville ne considère pas pour autant le chantier terminé. Les dépenses annuelles liées à l'eau sont passées dans le même temps de près de 963 000 euros à 585 029 euros, soit près de 378 000 euros d'économies par an. Pour Sébastien Ferracci, l'enjeu est désormais de conserver cette trajectoire. « À l'échelle d'une ville comme Ajaccio, il y aura toujours des équipements à surveiller. Notre objectif n'est pas forcément de réaliser des économies toujours plus importantes, mais de maintenir cette consommation maîtrisée atteinte en 2025. C'est un travail quotidien. Chaque mètre cube économisé compte. »

Et de rappeler que derrière les 319 millions de litres économisés se cache une réalité très concrète : « Cela représente aussi la consommation annuelle d'environ 15 000 habitants ou encore près de 53 000 largages de Canadair. À l'échelle des près de 300 compteurs municipaux, chaque fuite réparée finit par produire un résultat considérable. »