La LDH Corse quitte la commission contre les pratiques mafieuses de la Collectivité de Corse

Rédigé le 29/07/2026
La rédaction

La section corse de la Ligue des droits de l'Homme (LDH) a annoncé, mardi 29 juillet, son retrait de la commission contre les pratiques mafieuses mise en place par la Collectivité de Corse. Dans une lettre ouverte adressée aux élus de l'Assemblée de Corse, l'association explique que sa décision intervient après avoir participé aux premières réunions et pris connaissance du programme de travail de l'instance. La LDH Corsica estime que les travaux engagés risquent d'entretenir des amalgames sur la société corse et dénonce une orientation favorable à un droit pénal d'exception.


La LDH rappelle avoir rejoint cette commission au regard de son engagement contre « les formes de corruption, de manquements à la probité » et pour la défense des libertés individuelles. Elle souligne également s'être inscrite dans le cadre de la délibération adoptée par l'Assemblée de Corse en février 2025 sur la lutte contre les pratiques mafieuses.


Une vision de la société corse contestée
Le principal désaccord porte sur le programme d'actions présenté le 19 juin, organisé autour de huit ateliers thématiques. Selon la LDH, six d'entre eux visent à rechercher des pratiques mafieuses dans de nombreux secteurs de la vie économique et institutionnelle, tels que l'urbanisme, l'agriculture, la commande publique ou encore les collectivités.
Pour la LDH, cette approche repose sur « une société sous emprise mafieuse que la commission entend révéler par son action ». Elle estime qu'elle comporte « un risque évident d'amalgames », en associant corruption, fraude ou dysfonctionnements administratifs à des pratiques mafieuses.
La LDH critique également l'usage de la notion d'« emprise mafieuse », qu'elle rapproche de déclarations d'un ancien préfet de Corse affirmant en 2025 que « le crime organisé imprègne l'intégralité de la société corse ». Selon elle, ce type de discours nourrit des préjugés et fragilise les revendications institutionnelles de l'île.


Une opposition au délit d'association mafieuse
Autre point de désaccord majeur : la réflexion menée par la commission sur la création d'un délit d'association mafieuse inspiré du modèle italien.
La LDH considère que cette évolution conduirait à une régression des libertés publiques. Elle estime que les dispositifs italiens ont montré leurs limites face aux organisations criminelles et critique certaines mesures, comme le régime carcéral spécial ou les restrictions apportées aux droits de la défense.
L'association rappelle également que le président du Conseil exécutif de Corse s'était lui-même prononcé contre la transposition de cette infraction dans son rapport présenté à l'Assemblée de Corse. Celui-ci concluait que « la définition du délit d'association mafieuse serait trop large et ouvrirait la voie à un risque d'arbitraire judiciaire », une analyse approuvée à l'unanimité par les élus, souligne la LDH.


« Nous nous en retirons définitivement »
Pour la Ligue des droits de l'Homme, le plan de travail de la commission « forme un tout » associant une vision d'une société corse « inféodée à une emprise mafieuse », des amalgames et la promotion d'une législation d'exception.
« Depuis sa création, notre association milite pour que le droit de punir, nécessaire dans toute société démocratique, soit pensé en termes d'émancipation. Ce n'est pas le cas avec les travaux annoncés de cette commission. Nous nous en retirons définitivement », conclut le bureau de la section de Corse, composé de la présidente Elsa Renaut, de la vice-présidente Marie-Josée Bellagamba et du délégué de Corse André Paccou.
(Voir la lettre in extenso ci-dessous)

LDH - Lettre ouverte au...