À Ajaccio, Corsica Polar célèbre 20 ans de polar et d'ouverture

Rédigé le 24/07/2026
Jeanne Soury

Vingt ans après sa création, le festival du polar corse et méditerranéen revient à Ajaccio du 25 juillet au 1er août. Pour cette édition anniversaire, 26 auteurs sont attendus dans plusieurs lieux de la ville. Mais au fil des années, Corsica Polar a aussi changé de visage : le roman policier s'y conjugue désormais avec le cinéma, la bande dessinée et la musique.

(archive CNI)

En vingt ans, Corsica Polar a bien grandi. Né autour du roman policier, le festival ajaccien s'est progressivement ouvert à de nouveaux auteurs, venus de Corse, du continent et des différentes rives de la Méditerranée, mais aussi à d'autres disciplines artistiques. Pour sa 20e édition, cette évolution se retrouve jusque dans la programmation, répartie sur plusieurs lieux de la ville. Le rendez-vous débutera le 25 juillet à la médiathèque du Jardin de l'Empereur, avant une journée consacrée au cinéma le 30 juillet au cinéma Ellipse. Les 31 juillet et 1er août, les rencontres se poursuivront place Foch, où la musique et les chants corses viendront également s'inviter aux côtés des auteurs.

À la tête de l'association culturelle Corsica Polar depuis six ans, Bernard Bouquet, ancien professeur au lycée Fesch et lui-même auteur de polars, a vu cette transformation s'opérer. « Au fil des ans, le festival s'est ouvert à toutes les rives de la Méditerranée », raconte celui qui vient de publier son dixième livre, son huitième polar.

Parmi les invités de cette édition anniversaire figure notamment l'auteur italien Valerio Varesi, dont les romans sont traduits dans plusieurs langues et adaptés au cinéma et à la télévision. Mais le festival ne cherche pas seulement à attirer des noms déjà connus. Il revendique aussi la découverte d'auteurs moins exposés médiatiquement.

26 auteurs et une double parité

Cette volonté d'ouverture est devenue l'une des marques de fabrique du festival. « On s'est ouvert à d'autres arts, puisque maintenant le polar rime avec le septième art, avec le cinéma et avec la BD », explique Bernard Bouquet. Pour la première fois, Corsica Polar investira la médiathèque du Jardin de l'Empereur. Quatre auteurs y seront réunis le 25 juillet autour du polar corse. Un choix qui répond à la volonté de l'association de sortir des lieux plus touristiques et d'aller vers d'autres publics. « On est vraiment très heureux d'être accueilli par cette médiathèque populaire et ouverte », souligne Bernard Bouquet. Derrière cette nouvelle étape, le président voit surtout la continuité d'une démarche : faire du festival un événement culturel accessible, et pas seulement un rendez-vous destiné aux passionnés du genre.

Au total, 26 auteurs participeront à cette 20e édition. L'association cherche à maintenir un équilibre entre auteurs corses et continentaux, mais aussi entre femmes et hommes. Une attention particulière est portée aux autrices, encore minoritaires dans de nombreux salons consacrés au polar. « Quand on regarde les différents salons du continent, on s'aperçoit que pour 25 auteurs, vous avez sept ou huit autrices. Nous, on essaye a faire un festival équitable », explique le président. Le choix des invités reste cependant un exercice délicat. Sollicitée par les éditeurs comme par les écrivains, l'association doit composer avec ses moyens pour prendre en charge le transport, l'hébergement et les repas des auteurs invités.

« Le polar énonce, mais aussi dénonce »

Si le festival défend la littérature policière, Bernard Bouquet refuse de la réduire à une simple succession d'enquêtes et de crimes à résoudre. Pour lui, le genre a aussi quelque chose à dire sur l’époque. « Le polar énonce, mais aussi dénonce », résume-t-il. Derrière les intrigues, les romans peuvent ainsi faire apparaître les inégalités, la violence ou les dérives liées à l'argent. Une conception que l'auteur italien Valerio Varesi aurait lui-même résumée, lors d'un échange avec Bernard Bouquet, par une formule simple : « Le polar est dérangeant et politique. »

Sans nécessairement être une littérature militante, le roman policier devient alors une manière d'observer les travers d'une société. « Ce qui prime, c'est le récit, le fait d'une enquête policière. Mais, par-delà le récit, le polar est le reflet du monde », estime Bernard Bouquet. C'est aussi cette dimension qui pourrait expliquer l'élargissement du public du genre. Pour le président de Corsica Polar, le polar reste une littérature accessible, capable de séduire ceux qui lisent peu. « Le polar est sans doute la meilleure manière d'accéder à la littérature », affirme-t-il.

L'attente du dénouement, le rythme de l'enquête et le plaisir de se laisser embarquer dans une histoire peuvent ainsi devenir autant de portes d'entrée vers la lecture. Une façon de se divertir, certes, mais aussi de regarder le monde avec un œil un peu plus attentif.