Bonifacio - Utilisation des fonds européens : la Corse en progression nette, après un démarrage timide

Rédigé le 17/07/2026
Julien Castelli

Ce vendredi matin, Bonifacio a accueilli le comité de suivi des programmes européens en Corse, séance présidée par le président du Conseil exécutif de Corse, Gilles Giovannangeli. L’instance, qui est composée de membres de la Commission européenne, a pour mission de veiller à la bonne exécution, à l’efficacité et à la qualité du financement des programmes sur le territoire. Et sur la période 2021-2027, la Corse affiche une progression nette, après un démarrage timide.

Si la Casa pà tutti de Sainte-Lucie de Porto-Vecchio peut rayonner dans les domaines culturels ou sportifs, c’est en partie grâce à l’Europe. Si Bonifacio a pu se doter il y a quelques années d’un bus électrique, ou si Porto-Vecchio a pu entreprendre le réaménagement de son quartier prioritaire de Pifano, c’est aussi en s’appuyant sur des crédits alloués à l’échelon européen. 

Actuellement, la Corse bénéficie de plusieurs enveloppes venues de Bruxelles, et le rôle d’un comité de suivi est de s’assurer que ces sommes sont correctement fléchées, certifiées et débloquées. Pour la Corse, le programme 2021-2027 a alloué une enveloppe FEDER (fonds européens de développement régional) de 101 milllions d’euros, consacrés au renforcement de l’accompagnement des entreprises, au développement des systèmes de communication numérique, à la diminution de la dépendance énergétique (par l’optimisation de la capacité de production d’énergies vertueuses), à la rénovation énergétique des infrastructures, au soutien à la mobilité durable et à la lutte contre les inégalités économiques, sociales et territoriales. A ce jour, un peu plus de la moitié de cette somme (56 millions d’euros) a pu être programmée, que ce soit dans les domaines de la recherche, la compétitivité des entreprises, le développement de la médiation numérique, la valorisation du patrimoine naturel et culturel de la Corse ou bien la transition énergétique. « On voit bien qu’il y a une dynamique de progression, puisque l’an dernier, nous étions à 13 %, s’en félicite Gilles Giovannangeli. S’il y a eu ce démarrage un peu lent, c’est parce qu’il a fallu clôturer le programme précédent. » On parle d’une centaine de projets, publics ou privés, qui ont été centralisés par la Collectivité de Corse sur la programmation actuelle, dans le but de bénéficier de financements européens.

Bruxelles, une alternative à Paris

La deuxième enveloppe, d’un peu plus de 12 millions d’euros, concerne le Fonds social européen (FSE +), qui œuvre dans les domaines de l’inclusion sociale et l’emploi. C’est là que les efforts les plus importants sont à produire, puisque moins de 6 millions d’euros de cette enveloppe ont été consommés sur la période concernée. 

Pour le FEADER (le fonds européen agricole pour le développement rural), ce sont 109 millions d’euros qui ont été alloués à la Corse. « C’est un programme que nous connaissons et que nous maîtrisons", a souligné Gilles Giovannangeli. En Corse, le FEADER joue un rôle vital pour l’économie insulaire, étant donné le poids de l’agriculture et du pastoralisme. La mise en œuvre des aides est assurée par la Collectivité de Corse, qui s’appuie sur l’ODARC (Office du développement agricole et rural de la Corse) pour la gestion technique et le paiement des aides. Le FEADER est notamment très utilisé pour aider au maintien du pastoralisme, protéger le foncier agricole, soutenir la filière bois et accompagner les investissements dans l’hydraulique agricole.

Enfin, le programme Interreg vise à intensifier la coopération et les échanges en Méditerrannée, dans le contexte « d’un pays qui est centraliste et qui regarde vers Paris », pointe Gilles Giovannangeli. Approuvé le 10 août 2022, ce programme transfrontalier Interreg soutient le développement de la Corse, du Var, des Alpes-Maritimes, de la Sardaigne, de la Ligurie et de la Toscane côtière. Il est financé à 80 % par des fonds européens, s’articulant autour de cinq priorités : modernisation intelligente et durable du territoire, résilience écologique et gestion économe des ressources, connexions physiques et numériques renforcées, valorisation du capital social et de la formation humaine, optimisation de la gouvernance transfrontalière. Actuellement, il a permis d’approuver 79 projets, dont 74 concernent, de près ou de loin, la Corse.

"Ne serait-ce que pour se rendre en Sardaigne..."

Très attachée à la construction d’un projet de territoire en Corse qui soit ancré dans la réalité européenne, la présidente de l’Assemblée de Corse, Marie-Antoinette Maupertuis, a rappelé les défis à venir : « Notre singularité, c’est-à-dire l’insularité, nous permet de connaître au quotidien un condensé de tous les défis que connaît l’Europe aujourd’hui : le vieillissement de la population, le climat, le logemenet ou l’énergie. Notre objectif sera de travailler sur deux plans : le développement économique que l’on souhaite durable, et qui ne peut se faire qu’en cohésion avec le reste du territoire européen. Et le travail en synergie dans le domaine maritime avec des territoires qui nous sont frontaliers. Il est nécessaire de pallier à nos difficultés, ne serait-ce que pour se rendre en Sardaigne... » Le prochaine programmation s’échelonnera sur la période 2028 – 2034 : « Notre méthode nous permet d’être résolument optimistes, a confié Gilles Giovannangeli. Cette prochaine programmation, je veux qu’elle soit collective, pas seulement l’affaire de techniciens. »