Malgré les investissements engagés pour moderniser les moyens de production, la CGT Énergie Corse estime que le système électrique insulaire reste dans une situation de grande fragilité. À l’occasion d’une conférence de presse ce jeudi sur le site de la centrale du Vazzio, l'organisation syndicale a dénoncé un manque d'anticipation des pouvoirs publics et plaidé pour une programmation énergétique ambitieuse afin d'éviter de nouvelles tensions sur le réseau.
« Les Corses ne doivent pas être une population de seconde zone ». C'est le message qu'a voulu faire passer la CGT Énergie Corse ce jeudi matin, lors d'une conférence de presse organisée sur le site de la centrale du Vazzio à Ajaccio. Alors que la consommation d'électricité ne cesse de progresser sur l'île, le syndicat majoritaire du secteur estime que les moyens de production peinent déjà à répondre aux besoins. Une situation qu'il juge préoccupante et qui, selon lui, risque de s'aggraver dans les années à venir si des décisions structurantes ne sont pas rapidement prises dans le cadre de la future Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) 2028-2038.
Pour la première organisation syndicale du secteur de l'énergie, les tensions observées chaque été traduisent en effet un déséquilibre de plus en plus marqué entre l'offre et la demande d'électricité sur l'île et mettent en lumière les limites d'un système que la CGT estime aujourd'hui particulièrement fragile. Michel Fazzini, secrétaire général du syndicat, a d’ailleurs profité de cette conférence de presser pour souligner ce qu'il qualifie de « paradoxe de la modernisation ». « La nouvelle centrale du Ricanto au biocombustible avec plus de 120 MW, dont la mise en service est prévue fin 2028, et l’avancement du projet de STEP sont des avancées significatives obtenues de haute lutte par la CGT pour moderniser l’outil de production », a-t-il avancé dans un premier temps, rappelant que le syndicat s’était mobilisé il y a 10 ans pour revendiquer le remplacement de la centrale du Vazzio « toujours en fonctionnement grâce à l’implication sans faille des agents ». Mais dans le même temps, le secrétaire général de la CGT Énergie Corse relève que malgré ces investissements « dans des technologies de pointe », « une dégradation du service rendu car d’une puissance insuffisante pour assurer l’équilibre du réseau et les défis énergétiques de demain » est constatée sur l’île. « L’équilibre reste extrêmement fragile, nous en voulons pour preuve les délestages des 26 et 29 mai dernier suite à des aléas techniques », a-t-il insisté en pointant également l’appel à la sobriété dès le mois de juin 2026 qui « démontre lui aussi la précarité de notre système énergétique, surtout en été où l’affluence touristique et les épisodes caniculaires viennent nous rappeler à l’ordre ». En outre, le syndicat pointe également le recours à plus de 50 MW de groupes électrogènes supplémentaires durant la période estivale, soit deux fois plus que l'été 2025, ainsi que l'installation d'une turbine à combustion mobile, des dispositifs qui permettent de sécuriser ponctuellement l'alimentation de l'île mais qui ne constituent que des « solutions palliatives et non structurelles », qu’il qualifie de « pansements sur une jambe de bois ».
« Sommes-nous condamnés à revivre le black-out de 2005 ? »
Pour la CGT, cette situation est avant tout le résultat d'un manque d'anticipation des pouvoirs publics, tant au niveau local que national. « Il y a des décisions qui auraient probablement dû être prises il y a 10 ou 20 ans », grince Michel Fazzini, en rappelant notamment que son organisation réclamait, dès cette époque, que la future centrale du Ricanto soit dotée d'une puissance plus importante afin d'anticiper l'évolution des besoins de l'île. Une évolution qui, selon lui, ne fera que s'accentuer dans les prochaines années. Les projections évoquées par la CGT font en effet état d'une hausse de près de 50 % de la consommation d'électricité à l'horizon 2040. Une perspective qui nourrit les inquiétudes du syndicat quant à la capacité du système électrique corse à absorber cette augmentation. « Nous savons d'ores et déjà que les moyens de production ne seront pas à la hauteur », prévient Michel Fazzini, « Sommes-nous condamnés à revivre le black-out de 2005 ? À l'époque, après un mois de coupures, l'ensemble de la classe politique avait pourtant affirmé : « Plus jamais ça ! » ».
Face à ce constat, la CGT appelle de facto les élus à profiter de l'élaboration de la future PPE 2028-2038 pour engager, selon elle, de véritables choix structurants. Le syndicat défend une programmation « ambitieuse », reposant sur le développement de nouveaux moyens de production pilotables, un renforcement du réseau électrique et la création d'emplois nécessaires à leur exploitation.
« Le photovoltaïque seul est une utopie et ne suffira jamais à satisfaire une demande en hausse »
S'il soutient le développement des énergies renouvelables, le syndicat estime toutefois qu'elles ne pourront répondre, à elles seules, aux besoins de l'île. « Les questions énergétiques nécessitent une vision à long terme, à la fois respectueuse des nouveaux enjeux climatiques et techniquement viable en matière d'équilibre entre l'offre et la demande ainsi que de stabilité du réseau. Le photovoltaïque seul est une utopie et ne suffira jamais à satisfaire une demande en hausse », affirme Michel Fazzini. La CGT plaide ainsi pour un véritable mix énergétique, dans lequel « toutes les sources d'énergie doivent être exploitées en harmonie ». Parmi ses revendications figurent notamment la construction de nouveaux ouvrages hydroélectriques dans les vallées de l'Olivese et du Liamone, le suréquipement des installations existantes grâce à la rehausse des barrages et à l'installation de turbines de dernière génération, la mise en place d'un huitième moteur à la centrale de PEI Lucciana avec sa conversion au biocombustible, mais aussi un investissement massif dans la modernisation et le renforcement du réseau de distribution.
Pour le syndicat, cette montée en puissance ne pourra cependant se faire sans un effort conséquent en matière de ressources humaines. « Le manque de ressources humaines qualifiées est identifié comme un véritable goulot d'étranglement », alerte Michel Fazzini. « Exploiter et maintenir une infrastructure de plus en plus volumineuse et complexe nécessite des effectifs supplémentaires et une véritable vision à long terme dans la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences ». La CGT appelle ainsi à recruter et former davantage de jeunes Corses afin d'assurer le renouvellement des équipes et de préserver les savoir-faire. « La mission de service public doit rester la priorité de notre entreprise et le service rendu aux usagers, à toute heure et en tout point du territoire, ne doit pas devenir la variable d'ajustement », insiste le secrétaire général.
Une « injustice tarifaire »
Par ailleurs, le syndicat a aussi marqué son inquiétude quant aux conséquences des travaux à venir sur la liaison SACOI. Selon Michel Fazzini, les étés 2028 et 2029 pourraient être particulièrement sensibles en raison de l'indisponibilité de cette interconnexion pendant près de 24 mois. « Pendant cette période, nous ne pourrons pas bénéficier de ce moyen de production. Et en électricité, quand il n'y a pas assez de production par rapport à la demande, tout s'éteint », prévient-il.
Enfin, la CGT est revenue sur ce qu'elle considère comme une « injustice tarifaire ». Le syndicat a en effet relevé que les factures d'électricité ont augmenté de 41 % depuis 2022 et a dénoncé l'alignement de la TVA sur l'abonnement et la consommation à 19,6 %, au lieu de 5,5 %. Une hausse jugée d'autant plus difficile à accepter qu'elle intervient dans une région où plus d'un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté. « L'électricité n'est pas une marchandise comme les autres. C'est un bien commun et ce n'est pas aux usagers de payer le prix de la spéculation et des directives européennes ultra-libérales. Nous revendiquons la sortie du marché, la renationalisation et une maîtrise publique du secteur de l'énergie, seule garantie de notre souveraineté énergétique et d'un juste prix pour les usagers », a conclu Michel Fazzini.
Pour la première organisation syndicale du secteur de l'énergie, les tensions observées chaque été traduisent en effet un déséquilibre de plus en plus marqué entre l'offre et la demande d'électricité sur l'île et mettent en lumière les limites d'un système que la CGT estime aujourd'hui particulièrement fragile. Michel Fazzini, secrétaire général du syndicat, a d’ailleurs profité de cette conférence de presser pour souligner ce qu'il qualifie de « paradoxe de la modernisation ». « La nouvelle centrale du Ricanto au biocombustible avec plus de 120 MW, dont la mise en service est prévue fin 2028, et l’avancement du projet de STEP sont des avancées significatives obtenues de haute lutte par la CGT pour moderniser l’outil de production », a-t-il avancé dans un premier temps, rappelant que le syndicat s’était mobilisé il y a 10 ans pour revendiquer le remplacement de la centrale du Vazzio « toujours en fonctionnement grâce à l’implication sans faille des agents ». Mais dans le même temps, le secrétaire général de la CGT Énergie Corse relève que malgré ces investissements « dans des technologies de pointe », « une dégradation du service rendu car d’une puissance insuffisante pour assurer l’équilibre du réseau et les défis énergétiques de demain » est constatée sur l’île. « L’équilibre reste extrêmement fragile, nous en voulons pour preuve les délestages des 26 et 29 mai dernier suite à des aléas techniques », a-t-il insisté en pointant également l’appel à la sobriété dès le mois de juin 2026 qui « démontre lui aussi la précarité de notre système énergétique, surtout en été où l’affluence touristique et les épisodes caniculaires viennent nous rappeler à l’ordre ». En outre, le syndicat pointe également le recours à plus de 50 MW de groupes électrogènes supplémentaires durant la période estivale, soit deux fois plus que l'été 2025, ainsi que l'installation d'une turbine à combustion mobile, des dispositifs qui permettent de sécuriser ponctuellement l'alimentation de l'île mais qui ne constituent que des « solutions palliatives et non structurelles », qu’il qualifie de « pansements sur une jambe de bois ».
« Sommes-nous condamnés à revivre le black-out de 2005 ? »
Pour la CGT, cette situation est avant tout le résultat d'un manque d'anticipation des pouvoirs publics, tant au niveau local que national. « Il y a des décisions qui auraient probablement dû être prises il y a 10 ou 20 ans », grince Michel Fazzini, en rappelant notamment que son organisation réclamait, dès cette époque, que la future centrale du Ricanto soit dotée d'une puissance plus importante afin d'anticiper l'évolution des besoins de l'île. Une évolution qui, selon lui, ne fera que s'accentuer dans les prochaines années. Les projections évoquées par la CGT font en effet état d'une hausse de près de 50 % de la consommation d'électricité à l'horizon 2040. Une perspective qui nourrit les inquiétudes du syndicat quant à la capacité du système électrique corse à absorber cette augmentation. « Nous savons d'ores et déjà que les moyens de production ne seront pas à la hauteur », prévient Michel Fazzini, « Sommes-nous condamnés à revivre le black-out de 2005 ? À l'époque, après un mois de coupures, l'ensemble de la classe politique avait pourtant affirmé : « Plus jamais ça ! » ».
Face à ce constat, la CGT appelle de facto les élus à profiter de l'élaboration de la future PPE 2028-2038 pour engager, selon elle, de véritables choix structurants. Le syndicat défend une programmation « ambitieuse », reposant sur le développement de nouveaux moyens de production pilotables, un renforcement du réseau électrique et la création d'emplois nécessaires à leur exploitation.
« Le photovoltaïque seul est une utopie et ne suffira jamais à satisfaire une demande en hausse »
S'il soutient le développement des énergies renouvelables, le syndicat estime toutefois qu'elles ne pourront répondre, à elles seules, aux besoins de l'île. « Les questions énergétiques nécessitent une vision à long terme, à la fois respectueuse des nouveaux enjeux climatiques et techniquement viable en matière d'équilibre entre l'offre et la demande ainsi que de stabilité du réseau. Le photovoltaïque seul est une utopie et ne suffira jamais à satisfaire une demande en hausse », affirme Michel Fazzini. La CGT plaide ainsi pour un véritable mix énergétique, dans lequel « toutes les sources d'énergie doivent être exploitées en harmonie ». Parmi ses revendications figurent notamment la construction de nouveaux ouvrages hydroélectriques dans les vallées de l'Olivese et du Liamone, le suréquipement des installations existantes grâce à la rehausse des barrages et à l'installation de turbines de dernière génération, la mise en place d'un huitième moteur à la centrale de PEI Lucciana avec sa conversion au biocombustible, mais aussi un investissement massif dans la modernisation et le renforcement du réseau de distribution.
Pour le syndicat, cette montée en puissance ne pourra cependant se faire sans un effort conséquent en matière de ressources humaines. « Le manque de ressources humaines qualifiées est identifié comme un véritable goulot d'étranglement », alerte Michel Fazzini. « Exploiter et maintenir une infrastructure de plus en plus volumineuse et complexe nécessite des effectifs supplémentaires et une véritable vision à long terme dans la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences ». La CGT appelle ainsi à recruter et former davantage de jeunes Corses afin d'assurer le renouvellement des équipes et de préserver les savoir-faire. « La mission de service public doit rester la priorité de notre entreprise et le service rendu aux usagers, à toute heure et en tout point du territoire, ne doit pas devenir la variable d'ajustement », insiste le secrétaire général.
Une « injustice tarifaire »
Par ailleurs, le syndicat a aussi marqué son inquiétude quant aux conséquences des travaux à venir sur la liaison SACOI. Selon Michel Fazzini, les étés 2028 et 2029 pourraient être particulièrement sensibles en raison de l'indisponibilité de cette interconnexion pendant près de 24 mois. « Pendant cette période, nous ne pourrons pas bénéficier de ce moyen de production. Et en électricité, quand il n'y a pas assez de production par rapport à la demande, tout s'éteint », prévient-il.
Enfin, la CGT est revenue sur ce qu'elle considère comme une « injustice tarifaire ». Le syndicat a en effet relevé que les factures d'électricité ont augmenté de 41 % depuis 2022 et a dénoncé l'alignement de la TVA sur l'abonnement et la consommation à 19,6 %, au lieu de 5,5 %. Une hausse jugée d'autant plus difficile à accepter qu'elle intervient dans une région où plus d'un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté. « L'électricité n'est pas une marchandise comme les autres. C'est un bien commun et ce n'est pas aux usagers de payer le prix de la spéculation et des directives européennes ultra-libérales. Nous revendiquons la sortie du marché, la renationalisation et une maîtrise publique du secteur de l'énergie, seule garantie de notre souveraineté énergétique et d'un juste prix pour les usagers », a conclu Michel Fazzini.