Alors que l'Assemblée nationale entame l'examen du projet de loi constitutionnelle sur l'autonomie de la Corse, le collectif Massimu Susini déplore la faible place accordée à la question mafieuse dans les débats. Il estime que la réforme institutionnelle ne doit pas éluder cette question en bâtissant « une autonomie sans gages anti-mafia ».
Alors que l’Assemblée nationale examine, à partir de ce mardi 16 juin, le projet de loi constitutionnelle visant à accorder une autonomie à la Corse, le collectif Massimu Susini estime que la question de la mafia ne peut être éludée des débats parlementaires. Dans un communiqué intitulé Autonomie et mafia : où en sommes-nous ? et diffusé ce lundi, il juge que ce sujet reste insuffisamment présent dans le débat public autour de l’évolution du statut de l’île. « Depuis au moins sept ans, la question mafieuse est au centre des préoccupations des Corses et curieusement, elle est très peu présente dans les débats », écrivent-ils.
Selon Jean-Toussaint Plasenzotti, porte-parole du collectif, « éluder la question de la mafia, c'est non seulement une erreur, mais c'est quelque chose qui est même dangereux ». « Le phénomène mafieux a commencé à se développer à partir des années 1980 et à s'enraciner toujours plus en concomitance avec les différentes évolutions du statut de la Corse », estime-t-il. Le collectif, dans son communiqué, précise : « L’autonomie ne peut être imaginée en faisant abstraction de l’emprise mafieuse sur plusieurs secteurs de l’économie insulaire, des porosités qu’il y a avec le monde politique, de sa force d’intimidation dans la société corse, l’ensemble de ces données étant documenté et connu de tous. L’autonomie ne peut être construite en faisant fi du nombre de condamnations pour corruption et autres atteintes à la probité, largement supérieur, en proportion, à toutes les autres régions. »
Le collectif estime par ailleurs que la lutte contre la mafia ne peut pas relever uniquement des services de l’État. Selon lui, « prétendre que la question de la mafia relève uniquement du “régalien”, c’est ignorer ce qu’est une mafia ». « La mafia est un pouvoir de coercition, de domination tentaculaire qui infuse toute la société. Elle a des soutiens et des relais dans plusieurs strates des différents pouvoirs et elle exerce son influence par la menace, par la corruption ou par différentes formes de complicités. C'est pourquoi elle doit être combattue à différents niveaux par différents moyens. » Jean-Toussaint Plasenzotti souligne en outre que « la question de la mafia, en Corse, a été soulevée par une partie de la société et pas par l’État » et que « si les élus ont réagi dans un deuxième temps, c'est parce qu'il y a eu des collectifs qui se sont mis en mouvement pour dire que la situation en Corse était anormale, puisqu'on fait face à une mafia où on nie même son existence ». « L’affaire de la mafia, ce n'est pas seulement l'affaire de l'État, mais c'est aussi l'affaire des élus parce que la première victime de la mafia, c'est la société corse, y compris les générations à venir. »
S’il se dit « favorable à une émancipation collective des Corses », le collectif précise néanmoins « qu’on on ne peut pas faire abstraction du contexte dans lequel vit la Corse où la mafia est maintenant un pouvoir de domination qui pèse sur les décisions qui impactent la vie et le destin des Corses ». « C’est pourquoi nous pensons que la loi organique devra fournir des garanties anti-mafia solides, notamment sur les possibilités de modifier les règles en matière de marchés publics, d’urbanisme, de probité ou encore de concentration économique. Nous sommes réellement inquiets. Et si la mafia semble se faire moins meurtrière ces derniers temps, même si les exactions continuent, elle n’a pas intérêt à se faire trop remarquer pour ne pas contrarier un processus qu’elle observe avec une grande attention. Bâtir une autonomie sans gages anti-mafia, c’est donner l’impression qu’on émancipe les Corses alors qu’un asservissement plus cruel encore les guette. »