Alors que les plus de 60 ans représentent près d’un tiers de la population insulaire, une étude de l’Insee et du Gérontopôle de Corse met en lumière les obstacles auxquels ils sont actuellement confrontés. Éloignement des soins, solitude, précarité et logements inadaptés fragilisent particulièrement les personnes âgées, notamment dans les territoires ruraux.
En Corse, la ruralité et la pauvreté sont les principaux défis du maintien à domicile des seniors : c’est ce que démontre une étude menée conjointement par l’Insee et le Gérontopôle de Corse. Publiée ce lundi, elle s’intéresse aux personnes âgées de 60 ans ou plus sur le territoire, une population toujours plus nombreuse. Selon l’étude, 110 000 seniors vivaient en Corse en 2022, soit 31 % de la population insulaire, faisant de la Corse « la seconde région de France la plus peuplée par les seniors derrière la Nouvelle-Aquitaine », précise Georges Winterstein, chargé d’études au sein de l’Insee. « La population des seniors augmente aussi deux fois plus vite que la population de l'île, ce qui est remarquable parce que la population de l'île augmente déjà plus vite que sur le reste de l’Hexagone. »
Si les seniors sont plus nombreux en Corse, l’étude démontre que les personnes vivant en milieu rural accèdent plus difficilement aux soins et aux services du quotidien que les seniors habitant en ville. Ainsi, « si on s'intéresse à trois professions de santé courante, médecin généraliste, masseur-kinésithérapeute et pharmacien, on constate que la durée moyenne des trajets est de 30 minutes pour les communes rurales éloignées des villes ou du réseau routier principal », indique Georges Winterstein. En comparaison, la moyenne régionale est à 6 minutes, et seulement 3 minutes sur tout l’Hexagone. « Et si on s’intéresse à l'accès aux services du quotidien, comme les supermarchés, les coiffeurs, les restaurants, les stations-services, les banques, on est sur la même moyenne régionale de 6 minutes, contre 3 minutes dans le reste de l’Hexagone. » Des chiffres d’autant plus importants que sur les 19 intercommunalités de Corse, 10 d’entre elles comptent plus de 34 % de seniors.
D’après l’étude, de nombreux seniors cumulent aussi éloignement rural et solitude : 20 % d’entre eux vivent seuls à 60 ans, mais les parts des personnes seules et vivant en couple s’équilibrent après 85 ans. « Par la suite, il y a plus de personnes seules », détaille le chargé d’études de l’Insee, qui explique que « le nombre de seniors vivant en communauté, par exemple en EHPAD, augmente également une fois qu’on a passé l’âge de 87 ans ».
L’étude indique également que les seniors corses sont plus touchés par la pauvreté que dans le reste de la France (17,4 % contre 11,4 % au niveau national), et que les femmes sont plus exposées à la pauvreté (27,6 %). « Mais la Corse a une particularité : il y a peu de différence de pauvreté entre les seniors et l'ensemble de la population, contrairement au reste de l’Hexagone du fait de l'accumulation du patrimoine. » Sur l’île, ils sont aussi plus nombreux à se maintenir à domicile, même dans des logements inadaptés. « Ils vivent dans des logements souvent anciens, présentant des difficultés d'adaptation : présence d'escaliers, de portes trop étroites… Et un quart occupent aussi un logement fortement sous-occupé. La sous-occupation est un calcul théorique entre le nombre d'habitants du logement et le nombre de pièces disponibles, et 20 % des seniors sont concernés. Ça peut relever d'un choix personnel, de l'attachement à son logement, mais c'est aussi souvent une situation subie avec le départ des enfants ou le décès du conjoint. Tout ça contribue, comme le fait d'habiter dans un logement ancien, à des difficultés supplémentaires, par exemple des difficultés d'entretien du logement ou le prix du chauffage qui est plus élevé. »
Du côté des personnes âgées de 80 ans et plus, l’Insee souligne que cette catégorie de la population est « beaucoup plus à risque en termes de perte d'autonomie ». En 2022, 25 000 personnes avaient 80 ans ou plus en Corse, majoritairement des femmes, et leur taux de pauvreté était de 21,1 %, contre 17,4 % pour les 60 ans et plus et 18,1 % sur l’ensemble des ménages. De plus, d’ici 2050, « un habitant sur sept aura 80 ans ou plus ». C’est pour cela que la Corse mise aujourd’hui sur une silver économie (l’ensemble des activités économiques et industrielles qui bénéficient aux séniors) plus dense pour accompagner cette catégorie de la population. En 2021, 10 700 emplois ont été générés par la silver économie, soit 7,4 % de l’emploi régional.