Un pompier porto-vecchiais alerte sur une situation de « sous-effectif » dans sa caserne

Rédigé le 15/06/2026
Julien Castelli

« On va, non pas droit dans le mur, mais presque ». L’alerte émane de Stéphane Blouin, chef de garde au centre de secours de Porto-Vecchio, mais aussi conseiller municipal de la majorité de Jean-Christophe Angelini. C’est dans ce cadre-là qu’il a pris la parole, vendredi 5 juin en fin de conseil municipal, pour dénoncer publiquement « un manque d’effectifs » au sein de la caserne porto-vecchiaise. Mis en cause, le Service d’incendie et de secours (SIS 2A) se dit « surpris », par la voix de sa présidente Véronique Arrighi.

« L’heure est grave. » Face à ses collègues conseillers municipaux, Stéphane Blouin se veut solennel. Cinq jours plus tôt, il est intervenu sur le feu de Pianelli, à Porto-Vecchio, qui a brûlé cinq hectares de végétation. Si les pompiers sont venus à bout du sinistre, les conditions de l’intervention ont laissé un goût amer à l’adjudant-chef Blouin, qui évoque « un retard immense » pris au moment du départ, car les pompiers porto-vecchiais étaient déjà engagés sur une autre intervention : « Comme nous sommes en sous-effectif, nous n’avions pas de stationnaire dédié à la caserne qui puisse appeler des renforts. Le stationnaire était sur la première intervention avec moi. » Finalement, une équipe parvient à être mobilisée dans l’urgence, mais le mal est fait : « Au lieu de partir dans la minute, le camion est parti dix minutes après, regrette Stéphane Blouin. Sur un feu de forêt, dans les conditions météo que nous connaissons, ce n’est pas tolérable. »

Un épisode révélateur d’un manque d’effectif persistant à la caserne, pointe le pompier et élu porto-vecchiais, chiffres à l’appui : « Le centre d’intervention (CI) de Porto-Vecchio est le troisième de Corse après Ajaccio et Bastia. Nous effectuons 3 300 sorties d’engins annuelles pour un effectif de 24 professionnels. Avec un POJ (le potentiel opérationnel journalier qui comprend les effectifs de pompiers volontaires, NDLR) de 9 à la garde. A titre de comparaison directe, le CI de Lucciana, qui est à peu près comme nous, effectue 2 500 interventions par an pour un effectif de 26 professionnels et un POJ de 13 à la garde. »  Stéphane Blouin dit avoir fait part de ses craintes auprès de l’autorité gouvernante, le SIS 2A : « Cela fait plusieurs années que nous tirons la sonnette d’alarme. Nous essayons d’avoir un dialogue avec eux, mais dès qu’il s’agit de Porto-Vecchio, on rencontre une situation de blocage. »

"Aucune volonté d'exclure Porto-Vecchio"

Jointe par Corse Net Infos, la présidente du SIS 2A, Véronique Arrighi, a refusé d’entrer dans le détail des chiffres avancés par Stéphane Blouin durant le conseil municipal car elle souhaite réserver la primeur de sa réponse aux élus de la ville de Porto-Vecchio, dans un courrier qu’elle s’est engagée à leur adresser. Elle réfute néanmoins toute accusation de traitement de défaveur : « Il n’y aucune volonté d’exclure Porto-Vecchio. Les sapeurs-pompiers sont tous traités exactement de la même manière, et avec soin. » L’intervention de Stéphane Blouin au conseil municipal a été filmée, enregistrée et diffusée sur les réseaux sociaux de la ville. Véronique Arrighi en a pris connaissance : « Je suis très surprise de ce que j’ai pu entendre. Je me rends régulièrement à la caserne de Porto-Vecchio et je suis très ouverte quand on me sollicite. » Sur l’intervention de Pianelli, a-t-elle perçu une défaillance ? « Il y a peut-être eu d’autres difficultés, estime la présidente. Mais aujourd’hui, le matériel opérationnel est bien présent et performant. »

Stéphane Blouin est un nouveau venu sur la scène politique porto-vecchiaise, puisqu’il a été élu en mars dernier sur la liste de Jean-Christophe Angelini, lequel lui a confié la mission de coordonner les relations entre les forces de secours opérationnelles et la municipalité. Et s’il a choisi, très vite, de se muer en lanceur d’alerte, c’est parce qu’il redoute que la situation ne se détériore encore plus, dans le sillage du projet de professionnalisation des centres ruraux, porté par la gouvernance des sapeurs-pompiers de Corse du Sud. Un projet qui vise à renforcer les moyens d’intervention dans les secteurs les plus reculés : « C’est un projet qui est louable, mais qui ne doit pas se faire au détriment de la caserne de Porto-Vecchio », prévient Stéphane Blouin. Or, avance-t-il, « on veut nous diminuer nos effectifs à vingt professionnels ». Ce que Véronique Arrighi confirme : « A ce stade, il a été annoncé vingt sapeurs-pompiers pour Porto-Vecchio, effectivement. » Mais elle temporise : « C’est un projet qui doit vivre, rien n’est gravé dans le marbre. »

Le STC évoque une prise de parole isolée

Ses craintes et son constat sur la situation actuelle, Stéphane Blouin affirme que ses collègues porto-vecchiais les partagent « à 80 % ». Sollicité, le chef du CI de Porto-Vecchio, Mickäel Catoire, s’est refusé à tout commentaire, invoquant son devoir de réserve. Véronique Arrighi met en doute l’existence d’une telle fronde dans la Cité du sel : « Aujourd’hui, on a un très bon dialogue social, assure-t-elle. S’il y avait un quelconque problème opérationnel à Porto-Vecchio, les syndicats ne l’auraient jamais laissé passer. » Membre du bureau du STC, François Mattei va dans le sens de Véronique Arrighi, indiquant ne pas avoir eu vent d’un supposé mécontentement collectif porto-vecchiais : « Ce que Stéphane Blouin a dit pendant le conseil municipal, ça n’engage que sa parole. Il a parlé à titre personnel. » De son côté, Stéphane Blouin affirme au contraire avoir sollicité le STC, « qui n’a pas donné suite. C’est pour ça qu’on a créé avec des collègues un collectif, le SPP Portivechju lotta pè l’avvene. » En conclusion de l’intervention de Stéphane Blouin, le maire de Porto-Vecchio Jean-Christophe Angelini a simplement émis un souhait : « On espère que le dialogue prévaudra pour le bien des Porto-Vecchiais. »