À Ajaccio, la Marche des fiertés rassemble 250 personnes pour défendre visibilité et droits LGBT+

Rédigé le 13/06/2026
Jeanne Soury

Samedi après-midi, près de 250 personnes ont défilé dans les rues d’Ajaccio à l’occasion de la quatrième Marche des fiertés de Corse. Entre revendications, témoignages et ambiance festive, les participants ont affirmé leur volonté de rendre visibles les personnes LGBT+ et de lutter contre les discriminations qui persistent sur l’île.

Drapeaux arc-en-ciel, pancartes colorées et slogans scandés dans une ambiance festive : la quatrième Marche des fiertés de Corse a réuni environ 250 personnes samedi à Ajaccio. Parti de la place Abbatucci, le cortège a traversé la ville jusqu’à la place du Marché en passant par la Citadelle, sans qu’aucun incident ne soit signalé.

En tête de la manifestation, organisée à l’appel de l’association l’Arcu, le slogan « L’amore vince sempre » devenu emblématique de l’événement au fil des éditions, donnait le ton d’un rassemblement mêlant célébration et revendication.

À mi-parcours, une prise de parole a également marqué la manifestation. Les organisateurs ont lu publiquement le communiqué de L’Arcu, dans lequel ils appellent à « revendiquer nos droits » et à « célébrer nos existences dans leur diversité ». Le texte dénonce les discriminations visant les personnes LGBT+, mais aussi les violences racistes, sexistes et sociales. Les militants y alertent également sur « la montée du fascisme », la banalisation des discours d’extrême droite et l’augmentation des actes LGBTphobes. « Nous revendiquons le droit de vivre sur notre terre sans violences », ont notamment rappelé les organisateurs devant les participants rassemblés.

« Être fier, c’est surtout être visible »

Pour Eva Lucchesi, porte-parole de L’Arcu, cette mobilisation revêt une dimension à la fois collective et personnelle. « Je fais partie de l’Arcu, c’est un événement très important pour moi en tant que personne queer », explique-t-elle. « J’ai envie de marcher aussi pour toutes celles et ceux qui ne peuvent pas être là aujourd’hui, soit parce qu’ils ne sont pas présents physiquement, soit parce qu’ils ont trop peur. »

Au-delà de la fête, la jeune femme insiste sur la nécessité de rendre visibles des réalités encore trop souvent ignorées. « Je suis fière de participer à ça, de permettre aux personnes de montrer qui elles sont, de montrer qu’on existe. Être fier d’être LGBT, c’est surtout être fier d’exister, d’être visible », souligne-t-elle.

Alors que plusieurs associations alertent sur une hausse des actes et propos LGBTphobes, les participants estiment que ces rassemblements demeurent indispensables. « Ces marches sont de plus en plus nécessaires », affirme Eva Lucchesi. « En Corse, elles ont commencé tardivement mais elles le sont encore davantage aujourd’hui quand on voit la montée des idées réactionnaires et des propos homophobes. Les violences envers les personnes LGBT ont augmenté ces dernières années. Il faut montrer que nous existons et que nous sommes des gens comme tout le monde. »

L’association avait également invité une délégation venue de Sardaigne. Une manière de mettre en lumière des problématiques communes aux territoires insulaires. « Les personnes queer vivant sur une île sont souvent confrontées aux mêmes difficultés », observe la porte-parole. « Beaucoup pensent encore que ces réalités sont des idées importées du continent, alors qu’elles ont toujours existé ici. Si on les voit peu, c’est aussi parce que de nombreux Corses partent vivre ailleurs pour pouvoir s’épanouir pleinement. »

Des témoignages qui rappellent les difficultés du quotidien

Parmi les participants figurait Luck, 18 ans, qui prenait part à la marche, comme depuis de nombreuses années. « Je trouve que c’est important ici parce que les gens sont encore beaucoup fermés d’esprit », confie la jeune femme. « Mais avec les années, il y a de plus en plus de monde. C’est encourageant. On voit davantage de jeunes qui s’assument et qui viennent participer. »

Pour elle aussi, la mobilisation reste indispensable dans le contexte actuel. « Vu les votes qu’il y a eu lors des dernières élections présidentielles et certaines prises de position, ces marches sont toujours plus nécessaires », estime-t-elle. La jeune participante évoque également son propre parcours marqué par les discriminations « Au collège, j’ai beaucoup été harcelé parce que je sortais avec une fille. J’ai souvent subi des jugements. Même aujourd’hui, dans ma famille, mon beau-père ne l’accepte pas. »

Malgré ces difficultés, les organisateurs retiennent un signal encourageant : la progression constante de la participation depuis la création de la Marche des fiertés de Corse. Année après année, le cortège gagne en visibilité et attire un public plus large, composé de personnes LGBT+, de proches, d’associations et de sympathisants venus soutenir la cause, à l’instar de la Ligue des Droits de l’Homme.