« Entre l'encre et la mer... 30 ans d'exil au Chili » est une invitation au voyage dans les rêves d'Eldorado à travers l’Amérique du Sud, comme le vécurent tant de migrants corses au début du XXe siècle dont le Cap Corsin Jean Filippi. Alors que la première représentation aura lieu ce dimanche à Occi, dans le cadre du Mova Festival, la chanteuse et comédienne Patrizia Poli nous en raconte les aventures à travers cette toute nouvelle lecture musicale passionnante. Rencontre...
Célia Picciochi, Patrizia Poli et Jeremy Lohier, trio de « Entre l’encre et la mer… 30 ans d’exil au Chili ».
Patrizia Poli, comment ce spectacle « Entre l’encre et la mer… 30 ans d’exil au Chili » est-il né ?
C'est un peu le hasard. J'ai été contactée par Claudia et Jean-Paul Padovani, qui sont des danseurs, chorégraphes, et des maestros de tango, qui viennent de créer le Mova Festival, qui se déroule du 15 au 21 juin à Lumio, et qui mêle danse, musique et écologie. Ce festival novateur de création, diffusion et transmission artistique inscrit la danse et la musique contemporaines au cœur des paysages naturels et patrimoniaux de la Balagne. J’ai tout de suite accepté l’idée d’y participer avec l’envie de parler à la fois du lien entre la Corse, l'Amérique du Sud et le tango. Je me suis donc penchée sur des correspondances de Corses qui s'étaient exilés en Amérique du Sud. Un ancien professeur d'espagnol à la retraite, Cap Corsin, m’a alors appris qu'il avait un oncle qui était parti au Chili en 1929, avant de revenir sur l’île en 1990. En tout il m’a confié 130 lettres de cet oncle, Jean Filippi. J’ai alors entrepris de faire une lecture musicale à partir de cette correspondance et j’ai embarqué dans l’aventure la violoniste Celia Picciochi et l’accordéoniste Jeremy Lohier.
Que racontent ces lettres ?
Jean Filippi a écrit presque tous les jours à sa famille en Corse. Ses lettres racontent la vie quotidienne à Santiago, Nancagua ou Lanco. A travers celles-ci, on vit donc au rythme de la vie qu'il se crée au Chili. Comme beaucoup de Corses il y était parti pour gagner de l'argent, faire fortune, fonder une famille. Certaines choses se sont réalisées, d'autres pas. Ces lettres sont des confidences quelques fois déroutantes, souvent précises, toujours émouvantes. Jean fait vivre le lien palpitant entre sa terre insulaire de naissance et cette autre où il tente d’épanouir sa destinée. Très vite, il s'est rendu compte que ce n'était pas l'El Dorado pour lui. Il connait des problèmes économiques, des problèmes financiers, des problèmes de famille. Il se marie tout d'abord avec une Chilienne, dont il a deux enfants. Puis on a un trou de 5 ans dans ses correspondances, de 1940 à 1945, peut-être en raison de la seconde guerre mondiale. Dans les lettres suivantes il explique que sa femme l’a quitté, est partie à Caracas avec les enfants après avoir tout vendu. Il se remariera un an plus tard avec une Allemande Chilienne dont il aura cinq enfants. Mais dans ces lettres il ne décrit pas seulement sa vie, il reste très en lien avec la Corse parce que son imaginaire, lui, est resté en Corse. Il pose beaucoup de questions à ses parents, demandant des nouvelles des gens du village, des coupures de journaux. D’ailleurs dans une de ses lettres on apprend qu’il y avait un cinéma à Luri. On apprend ainsi tout un tas de choses.
Justement, 130 lettres… il a fallu faire un tri pour sortir un spectacle d’une heure ...
Malheureusement oui, il a fallu faire un tri. Je crois que ça a été le plus dur dans cette aventure : De choisir, de réduire, parce qu'évidemment, on a envie de tout raconter. Donc, il a fallu choisir certains passages, en abandonner d'autres.
Dans ce spectacle, il y a donc une partie lecture mais aussi une partie chant ?
Oui. Certains chants sont de ma composition ou de Pascal Arroyo, dont j'ai écrit les textes, qui figurent dans mon dernier album, et puis il y a de grandes chansons d'Amérique du Sud, des chansons chiliennes… C’est un spectacle trilingue, français, corse et espagnol. Dans la partie lecture, la majorité des lettres sont en français puisque que Jean Filippi écrivait en français, mais il y en a aussi une en corse qui est très belle. C’est un peu toute sa vie qu'on raconte et c'est vraiment très, très émouvant.
C'est un peu le hasard. J'ai été contactée par Claudia et Jean-Paul Padovani, qui sont des danseurs, chorégraphes, et des maestros de tango, qui viennent de créer le Mova Festival, qui se déroule du 15 au 21 juin à Lumio, et qui mêle danse, musique et écologie. Ce festival novateur de création, diffusion et transmission artistique inscrit la danse et la musique contemporaines au cœur des paysages naturels et patrimoniaux de la Balagne. J’ai tout de suite accepté l’idée d’y participer avec l’envie de parler à la fois du lien entre la Corse, l'Amérique du Sud et le tango. Je me suis donc penchée sur des correspondances de Corses qui s'étaient exilés en Amérique du Sud. Un ancien professeur d'espagnol à la retraite, Cap Corsin, m’a alors appris qu'il avait un oncle qui était parti au Chili en 1929, avant de revenir sur l’île en 1990. En tout il m’a confié 130 lettres de cet oncle, Jean Filippi. J’ai alors entrepris de faire une lecture musicale à partir de cette correspondance et j’ai embarqué dans l’aventure la violoniste Celia Picciochi et l’accordéoniste Jeremy Lohier.
Que racontent ces lettres ?
Jean Filippi a écrit presque tous les jours à sa famille en Corse. Ses lettres racontent la vie quotidienne à Santiago, Nancagua ou Lanco. A travers celles-ci, on vit donc au rythme de la vie qu'il se crée au Chili. Comme beaucoup de Corses il y était parti pour gagner de l'argent, faire fortune, fonder une famille. Certaines choses se sont réalisées, d'autres pas. Ces lettres sont des confidences quelques fois déroutantes, souvent précises, toujours émouvantes. Jean fait vivre le lien palpitant entre sa terre insulaire de naissance et cette autre où il tente d’épanouir sa destinée. Très vite, il s'est rendu compte que ce n'était pas l'El Dorado pour lui. Il connait des problèmes économiques, des problèmes financiers, des problèmes de famille. Il se marie tout d'abord avec une Chilienne, dont il a deux enfants. Puis on a un trou de 5 ans dans ses correspondances, de 1940 à 1945, peut-être en raison de la seconde guerre mondiale. Dans les lettres suivantes il explique que sa femme l’a quitté, est partie à Caracas avec les enfants après avoir tout vendu. Il se remariera un an plus tard avec une Allemande Chilienne dont il aura cinq enfants. Mais dans ces lettres il ne décrit pas seulement sa vie, il reste très en lien avec la Corse parce que son imaginaire, lui, est resté en Corse. Il pose beaucoup de questions à ses parents, demandant des nouvelles des gens du village, des coupures de journaux. D’ailleurs dans une de ses lettres on apprend qu’il y avait un cinéma à Luri. On apprend ainsi tout un tas de choses.
Justement, 130 lettres… il a fallu faire un tri pour sortir un spectacle d’une heure ...
Malheureusement oui, il a fallu faire un tri. Je crois que ça a été le plus dur dans cette aventure : De choisir, de réduire, parce qu'évidemment, on a envie de tout raconter. Donc, il a fallu choisir certains passages, en abandonner d'autres.
Dans ce spectacle, il y a donc une partie lecture mais aussi une partie chant ?
Oui. Certains chants sont de ma composition ou de Pascal Arroyo, dont j'ai écrit les textes, qui figurent dans mon dernier album, et puis il y a de grandes chansons d'Amérique du Sud, des chansons chiliennes… C’est un spectacle trilingue, français, corse et espagnol. Dans la partie lecture, la majorité des lettres sont en français puisque que Jean Filippi écrivait en français, mais il y en a aussi une en corse qui est très belle. C’est un peu toute sa vie qu'on raconte et c'est vraiment très, très émouvant.
Durant l’heure de spectacle, on apprend beaucoup de choses sur le personnage de Jean Filippi, notamment qu’il aimait la musique ...
J’ai aujourd’hui l’impression de le connaitre. Je suis vraiment entrée dans l’intimité de sa vie. C'est quelqu'un qui aimait beaucoup la musique en effet. Sa mère jouait du piano. Dans une de ses lettres, il y a un passage sur Chopin qui est très drôle, parce qu'en plus, il a beaucoup d'humour. Il y a énormément de détails. Par exemple, il décrit le berceau de son enfant, comment il a construit sa maison… Il a même demandé à ses parents le plan de l'escalier de la maison de Luri pour le reproduire au Chili. A travers ses différentes lettres on passe du rire aux larmes, parce que très souvent, il apparait en souffrance, une souffrance de ne pas être près des siens, en Corse. Son exil en fait n'est pas seulement géographique, il est aussi dans l'intimité de sa vie. Dans ses dernières lettres on décèle de la culpabilité justement de ne pas être auprès des siens, de priver ses parents de leurs petits-enfants.
Il est aujourd’hui enterré dans le Cap ?
Oui, je l’ai su par son neveu. Il est décédé en 1990, et est enterré dans le Cap. Jean Filippi et sa famille n'ont jamais eu de nouvelles de ses deux premiers enfants. Il en a énormément souffert car c'était quelqu'un de très, très attaché à ses enfants, à sa famille. Dans une de ses lettres, il a même envoyé à ses parents une mèche de cheveux d’un de ses enfants. Les enfants qu’il a eu avec sa deuxième femme sont venus une fois en Corse avec lui, et sont revenus lorsqu’il est mort. Mais ils vivent au Chili. Roger, le neveu de Jean, qui m'a confié ces lettres, ce véritable petit trésor, est toujours en relation avec eux.
Vous êtes trois sur scène, comment le spectacle a-t-il été construit ?
Dans un premier temps, j’ai choisi les lettres, je les ai retranscrites et envoyées à Celia et Jérémy. J'ai également fait une sélection des chants que je souhaitais interpréter. Et puis, on s'est rencontrés pour répéter, parce qu'une lecture musicale, c'est vraiment un travail avec les musiciens. Ce n'est pas simplement un collage. C'est une formule orchestrale tout à fait nouvelle avec des chansons existantes qu’il a fallu réarranger d'une façon différente pour le violon et l’accordéon. Le talent de Jérémy et Célia a fait des merveilles.
Quand peut-on voir ce spectacle ?
La première a donc lieu au Mova Festival, ce dimanche 21 juin, jour de la fête de la musique, à 10h au village d’Occi (ndlr : entrée gratuite), au-dessus de Lumio. C’est aussi cette idée de jouer dans un tel lieu qui m’a plu. Une deuxième représentation est prévue à Bastia, le 3 juillet au soir, à 21h, dans le cadre du festival Lektos, au pied de l'église Saint-Charles (ndlr : entrée libre). Bien sûr on espère d’autres dates notamment ce serait super de jouer à Luri, dans le village de Jean Filippi.
*Contact ici
J’ai aujourd’hui l’impression de le connaitre. Je suis vraiment entrée dans l’intimité de sa vie. C'est quelqu'un qui aimait beaucoup la musique en effet. Sa mère jouait du piano. Dans une de ses lettres, il y a un passage sur Chopin qui est très drôle, parce qu'en plus, il a beaucoup d'humour. Il y a énormément de détails. Par exemple, il décrit le berceau de son enfant, comment il a construit sa maison… Il a même demandé à ses parents le plan de l'escalier de la maison de Luri pour le reproduire au Chili. A travers ses différentes lettres on passe du rire aux larmes, parce que très souvent, il apparait en souffrance, une souffrance de ne pas être près des siens, en Corse. Son exil en fait n'est pas seulement géographique, il est aussi dans l'intimité de sa vie. Dans ses dernières lettres on décèle de la culpabilité justement de ne pas être auprès des siens, de priver ses parents de leurs petits-enfants.
Il est aujourd’hui enterré dans le Cap ?
Oui, je l’ai su par son neveu. Il est décédé en 1990, et est enterré dans le Cap. Jean Filippi et sa famille n'ont jamais eu de nouvelles de ses deux premiers enfants. Il en a énormément souffert car c'était quelqu'un de très, très attaché à ses enfants, à sa famille. Dans une de ses lettres, il a même envoyé à ses parents une mèche de cheveux d’un de ses enfants. Les enfants qu’il a eu avec sa deuxième femme sont venus une fois en Corse avec lui, et sont revenus lorsqu’il est mort. Mais ils vivent au Chili. Roger, le neveu de Jean, qui m'a confié ces lettres, ce véritable petit trésor, est toujours en relation avec eux.
Vous êtes trois sur scène, comment le spectacle a-t-il été construit ?
Dans un premier temps, j’ai choisi les lettres, je les ai retranscrites et envoyées à Celia et Jérémy. J'ai également fait une sélection des chants que je souhaitais interpréter. Et puis, on s'est rencontrés pour répéter, parce qu'une lecture musicale, c'est vraiment un travail avec les musiciens. Ce n'est pas simplement un collage. C'est une formule orchestrale tout à fait nouvelle avec des chansons existantes qu’il a fallu réarranger d'une façon différente pour le violon et l’accordéon. Le talent de Jérémy et Célia a fait des merveilles.
Quand peut-on voir ce spectacle ?
La première a donc lieu au Mova Festival, ce dimanche 21 juin, jour de la fête de la musique, à 10h au village d’Occi (ndlr : entrée gratuite), au-dessus de Lumio. C’est aussi cette idée de jouer dans un tel lieu qui m’a plu. Une deuxième représentation est prévue à Bastia, le 3 juillet au soir, à 21h, dans le cadre du festival Lektos, au pied de l'église Saint-Charles (ndlr : entrée libre). Bien sûr on espère d’autres dates notamment ce serait super de jouer à Luri, dans le village de Jean Filippi.
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