À la veille de l'examen au Sénat de la proposition de loi visant à lutter contre les déserts médicaux, les médecins libéraux de Corse expriment leur vive inquiétude. Ils dénoncent un texte qui pourrait, selon eux, fragiliser davantage l'accès aux soins de proximité et détourner les jeunes praticiens de l'exercice en médecine générale, et appellent à privilégier des mesures alternatives adaptées aux réalités du territoire.
Alors que la proposition de loi visant à lutter contre les déserts médicaux, également appelée loi Garot en référence à Guillaume Garot, député de la Mayenne et l’un des porteurs du projet de loi, sera examinée à partir de demain au Sénat, les médecins libéraux de l’Union régionale des professionnels de santé de Corse prennent la parole pour faire part de leur inquiétude. Dans un communiqué, ils alertent notamment sur « une forme certaine de régulation » malgré le fait que « la commission des affaires sociales du Sénat a renoncé à la suppression de la liberté d’installation votée par l’Assemblée Nationale ». « Dans les territoires où l’on considère qu'il y a un nombre minimum de médecins, les installations seront conditionnées à une autorisation des directeurs généraux des Agences régionales de santé », prévient le Dr Laurent Carlini, médecin généraliste et membre de l’URPS.
Mais selon les médecins libéraux, « il n'y a plus de territoires sur-dotés », mais il y a surtout des « territoires sous-dotés ». « On a une inquiétude encore plus légitime en Corse, parce qu'on a suffisamment vu ces dernières années qu’exercer la médecine en Corse, ce n'est pas comme exercer la médecine en région parisienne ou à Marseille. On a vraiment des spécificités démographiques, géographiques et sociétales qui font que ce sont aussi parfois des handicaps pour les soignants, mais aussi surtout pour les patients. On est entouré d’eau et on a aussi un réseau routier qui fait que les distances sont parfois plus longues, coûteuses et fatigantes pour les patients qui doivent se rendre dans des centres de santé. »
Les professionnels estiment alors que l’adoption du projet de loi pourrait « mettre à mal le soin de proximité ». « Le risque, c'est que les jeunes internes trouvent des solutions pour contourner cette coercition et cette obligation d'installation dans un territoire où ils n’avaient pas vocation à développer un projet personnel et professionnel », souligne le médecin. « On peut être médecin généraliste sans être médecin traitant, et je crois que le risque aussi de cette proposition de loi, c'est de faussement faire croire à la population que la régulation des installations dans certaines zones va faire qu'elles vont automatiquement se déporter vers d'autres zones. Si on détourne les jeunes de la profession de médecin traitant, on met à mal cette essence même du médecin de famille tel qu'on l'a tous connu, et qui a une importance toute particulière en Corse, peut-être plus qu'ailleurs dans d'autres régions de France. »
À la veille de l’examen du projet de loi au Sénat, les médecins libéraux ont transmis leurs revendications aux sénateurs insulaires. Le but, pour eux, n’est pas seulement de dénoncer le projet de loi, mais également de proposer des solutions. « On avait travaillé l’année dernière sur dix mesures alternatives à cette proposition de loi Garot, qui sont un peu des mesures pour lutter contre les déserts médicaux, qui sont souvent des zones où il y a d'autres problématiques que la problématique du soin. On avait parlé forcément de développer les maîtres de stages, les médecins qui peuvent accueillir les étudiants en formation, mais aussi de familiariser les plus jeunes avec les internats en milieu rural, pour se familiariser avec ce mode d'exercice. On avait aussi parlé des consultations avancées, parce que les médecins qui travaillent en maison de santé pluriprofessionnelle ont peut-être une logistique différente du médecin qui exerce seul, à qui vous ne pouvez pas demander de fermer son cabinet pour aller faire des consultations dans des territoires plus ruraux, et bien d’autres propositions. Et à travers cet examen au Sénat, le but est de rappeler que ces mesures ne demandent qu'à être à nouveau entendues et discutées. »