Après près de quatre ans à la tête de la préfecture de Haute-Corse, Michel Prosic s’apprête à quitter l’île pour la Charente-Maritime et va laisser sa place à Véronique Deprez-Boudier. Pour CNI, il revient sur les principaux dossiers qui ont marqué son mandat, de l’accompagnement des collectivités aux grands projets d’infrastructures, en passant par la lutte contre la criminalité organisée. Il évoque également les défis qui attendent le territoire et dit quitter la Haute-Corse en retenant la confiance nouée avec les élus locaux et les acteurs économiques et associatifs.
- Vous quittez la Haute-Corse après quasiment quatre ans à la tête de la préfecture. Que retenez-vous avant tout de cette expérience ?
- C’est très difficile de résumer quatre ans de vie et de vie professionnelle sur un territoire en quelques mots uniquement. Je retiens prioritairement la confiance avec laquelle on a réussi à travailler collectivement pour faire face aux enjeux qui étaient et qui sont encore aujourd’hui ceux de la Haute-Corse. On a su travailler en confiance et en solidarité avec les élus, et j’ai d'ailleurs vécu des moments démocratiques forts sur le territoire avec les élections européennes, les élections législatives anticipées et les élections municipales très récemment. Je dois avouer ma grande admiration pour les élus d'une façon générale, parce qu’ils sont les porte-voix de leurs concitoyens, et ils se battent au quotidien en mettant de côté une partie de leur vie familiale et de leur vie personnelle pour porter les messages et l'avenir de leur commune et de leurs concitoyens. Il y a aussi une confiance avec les chefs d'entreprise, et j'en ai rencontré beaucoup. On a là des femmes et des hommes qui s'investissent fortement pour développer le territoire, pour créer des emplois, pour faire en sorte qu’on ait un maximum de personnes qui puissent vivre dans des conditions décentes, avec des salaires décents et avec une offre d'emploi sur l'île. Il y a aussi une confiance avec de très nombreuses associations qui jouent un rôle essentiel et qui font en sorte que les politiques publiques soient aussi portées avec elles. J’ai une pensée par exemple particulière pour le CIDFF de la Haute-Corse qu'on a accompagné dans le déménagement dans de nouveaux locaux parce que la manière dont on accueillait les femmes et les enfants dans les locaux précédents était indigne. C'est certainement le terme de confiance que je retiens de ces presque quatre années passées sur le territoire.
- À votre arrivée, vous aviez fait du dialogue avec les élus locaux une priorité. Quel bilan tirez-vous aujourd’hui de la relation construite avec eux ?
- Je n’envisage pas l'État comme étant une représentation sans visage. L'État, c'est d'abord des femmes et des hommes qui sont fonctionnaires, contractuels de l'État et qui s'investissent prioritairement en conseil et en contrôle évidemment puisque l'égalité des citoyens devant la loi, c'est aussi la capacité de l'État à contrôler. J’ai souhaité une vision d’un État partenaire, de proximité, mais aussi un État modeste parce que l'État ne sait pas tout et doit écouter et comprendre pour pouvoir ensuite accompagner au mieux. J'ai eu des relations extraordinaires avec les élus. On a su faire avancer de nombreuses politiques publiques et c’est peut-être ça qui est le plus tangible dans cette relation.
- Quels sont les dossiers qui vous ont particulièrement mobilisé et dont vous êtes le plus satisfait ?
- On a des choses très concrètes qui ont été faites. On a rénové ou construit plus d'une vingtaine d'écoles sur le territoire, on a œuvré pour rénover les réseaux d'eau. On peut aussi parler du centre de surtri de Monte qui ouvrira prochainement, ou de la sécurisation de l’électrification de la Corse avec la nouvelle ligne électrique entre la Corse et l’Italie. On a également le futur hôpital de Bastia, qui dépasse le simple cadre de la ville. C'est de Bonifacio au Cap Corse, de Saint-Florent à Corte, tout un territoire qui va bénéficier d'un hôpital de nouvelle génération et qui doit permettre à un certain nombre de personnes malades de ne peut-être plus aller sur le continent mais d'être soignées de manière encore plus régulière sur le territoire départemental et régional. C'est aussi de nombreuses réalisations au titre de la transition écologique. On a dépensé près de 40 millions de fonds vert pour accompagner la résilience du territoire. C’est aussi le stade Armand-Cesari dont tout le monde parle avec émotion, on le devait aux victimes et aux familles des victimes. Et puis il y a tellement de toutes petites victoires : un logement communal dans un village, un espace de coworking à Speloncato, tout ce qu’on pourrait considérer comme de petits projets mais qui est énorme pour le village qui voit ce projet se réaliser.
- Ces dernières années ont été marquées par une forte mobilisation de l’État contre le trafic de stupéfiants et la criminalité organisée. Quel bilan tirez-vous de cette action menée en Haute-Corse ?
- Je crois que nous avons tous été marqués par l’assassinat de la petite Chloé Aldrovandi, et j’ai évidemment une pensée émue pour ses parents, qui sont aussi les figures aujourd'hui de la lutte contre la criminalité organisée. Beaucoup se sont levés contre ce phénomène qui est un des maux de notre territoire. La criminalité organisée vient polluer le développement économique normal de l'île : ce sont des pressions, des malversations, des assassinats. Et ces derniers mois, l’État s'est donné des moyens nouveaux pour lutter toujours mieux contre la criminalité organisée. Je crois que d'une façon générale, nous n'avons jamais eu autant de moyens judiciaires et administratifs qu'aujourd'hui. Le tout viendra encore être renforcé avec le projet de loi que porte le ministre de l’Intérieur autour de la lutte contre le narcotrafic et la criminalité organisée d'une façon générale. On se donne les moyens de lutter contre ce mal, on a eu beaucoup de résultats ces derniers mois et il faut qu'on continue. Je remercie très spécifiquement les autorités de police et de gendarmerie qui œuvrent au quotidien en la matière, et j’ai une pensée amicale pour tous les services judiciaires qui portent cette dynamique entre la première présidente, le président du tribunal judiciaire, le procureur, le procureur général. Vous savez la relation que l'on a avec le procureur en la matière pour faire en sorte que tout ce qui peut être fait le soit en temps et en heure.
- Entre votre arrivée en 2022 et aujourd’hui, comment le département a-t-il évolué, et quel regard portez-vous sur l’avenir de la Haute-Corse ?
- C'est un territoire qui a un dynamisme important. Je cite souvent cet exemple pour la Haute-Corse : il n'y a quasiment pas un programme expérimental qui a été lancé à l'échelle nationale et qui n’a pas eu une déclinaison en Corse. Le territoire zéro chômeurs de longue durée, l’Oriente s'est positionné. Le soutien au vieillissement de la population, la CAB s'est positionnée. C'est un territoire qui s'est mobilisé, et je pense qu'il y a une vraie évolution forte dans la perception de la lutte nécessaire contre le réchauffement climatique. Les sécheresses sévères que nous avons connues ces dernières années sont venues nous rappeler qu'on a une action forte à mettre en place, et le fonds vert y a contribué. On a beaucoup évolué, mais il y a encore des enjeux forts, par exemple le besoin de sécuriser nos ressources en eau. Il y a aussi des défis importants à relever sur l'équilibre entre le littoral et l'intérieur. Les communes de l'intérieur doivent continuer à vivre et leur avenir va être encore plus important avec le réchauffement climatique. L'autre élément sur lequel j'insiste beaucoup, il faut que La Corse continue à travailler à la prévention contre tous les risques et ils sont nombreux dans l'île en matière de sécurité civile. Il faut lutter contre les incendies en mettant en place les obligations légales de débroussaillement, il faut lutter contre les inondations en travaillant sur les rivières et à ce qu'elles soient entretenues et nettoyées. Il faut protéger le territoire, protéger sa population et développer toujours cette résilience qui est nécessaire pour nos concitoyens. Beaucoup a été fait mais il en reste encore beaucoup à faire. Mais c'est un territoire qui sait se prendre en main avec des femmes et des hommes qui savent s'investir sur ces sujets lourds.