Au lycée Fesch, les jeunes mis en garde contre les mirages de l’argent facile

Rédigé le 06/06/2026
Jeanne Soury

Près de 80 lycéens des filières SES et STMG du lycée Fesch d’Ajaccio ont participé, ce mardi matin, à une conférence organisée par la Banque de France et le Rectorat de Corse. À travers des échanges et témoignages, les élèves ont été sensibilisés aux dangers de l’argent facile, des jeux d’argent aux activités illicites qui séduisent parfois les plus jeunes.

Dans une salle du lycée Fesch, les élèves étaient très attentifs aux explications qui leur ont été livrées ce mardi matin. Organisée conjointement par la Banque de France et le Rectorat de Corse, une rencontre de deux heures a en effet réuni près de 80 jeunes particulièrement impliqués dans les échanges, multipliant les questions sur les jeux d’argent, les paris sportifs, les cryptomonnaies ou encore les pratiques illégales circulant sur les réseaux sociaux.

L’événement s’est déroulé en présence de Rémi-François Paolini, recteur de l’Académie de Corse, et de Jean-Luc Chaussivert, directeur régional de la Banque de France.

Au cœur de l’intervention, une idée simple : l’argent facile n’existe pas. Un message porté par Marguerite Collignan, directrice de l’éducation financière à la Banque de France, qui a invité les élèves à s’interroger sur les promesses de gains rapides omniprésentes sur internet. « Si je devais définir en une phrase l’argent facile pour les jeunes, c’est l’argent avec lequel ils ont l’impression qu’ils vont gagner beaucoup avec peu d’efforts », explique-t-elle.

Selon elle, cette illusion recouvre aussi bien des pratiques légales que des activités totalement illégales. « Cela peut être tout ce qui est spéculatif avec les cryptomonnaies, les paris sportifs ou les jeux en ligne. Ce sont des manières extrêmement risquées de gagner de l’argent. À cet âge-là, on minimise souvent les risques et on comprend mal le rapport entre risque et rendement. On croit encore que l’on peut gagner beaucoup sans aucun risque, mais cela n’existe pas. »

Les réseaux sociaux, entre opportunités et dangers

Pour illustrer son propos, plusieurs questionnaires ont rythmé la conférence, permettant aux élèves de tester leurs connaissances tout en prenant conscience des mécanismes économiques et financiers qui se cachent derrière certaines promesses de gains rapides.

Les échanges ont également porté sur le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion de ces modèles de réussite rapide. Pour Marguerite Collignan, les plateformes numériques ne sont ni entièrement bénéfiques ni totalement nocives. « Les réseaux sociaux démocratisent et facilitent tout. On a accès à des choses auxquelles on n’avait pas accès auparavant. Les jeunes connaissent parfois mieux leur argent que leurs aînés grâce à certains contenus de qualité. »

Mais cette accessibilité comporte aussi son lot de risques. « Cela facilite la vie des escrocs, l’usurpation d’identité et permet d’entrer très facilement en relation avec une jeunesse qui peut parfois être encore naïve », souligne-t-elle. Au fil des questions posées par les lycéens en fin de séquence, les discussions se sont notamment concentrées sur les jeux d’argent et les paris sportifs, des pratiques particulièrement populaires chez les adolescents mais dont les conséquences sont souvent sous-estimées.

Des conséquences bien réelles

Au-delà des pertes financières, l’intervention a insisté sur les répercussions individuelles et collectives des activités illicites. Acheter ou revendre de la contrefaçon, participer à du recel ou encore accéder illégalement à des contenus payants : autant de comportements parfois banalisés mais qui peuvent entraîner des sanctions importantes.

« La première idée reçue chez les jeunes, c’est vraiment de croire que l’argent facile existe et qu’on peut gagner facilement sans faire d’effort », rappelle la directrice de l’éducation financière. « Ils ne se rendent pas toujours compte que même une toute petite pratique illégale peut avoir des conséquences très importantes pour eux-mêmes ou pour l’économie du pays. »

L’occasion également de rappeler que ces pratiques fragilisent le tissu économique local, l’emploi et les ressources publiques qui financent des services essentiels comme l’éducation, la santé ou la protection sociale. Cette conférence s’inscrit dans le cadre d’un programme plus vaste porté par l’Académie de Corse autour de l’éducation à la citoyenneté et de la prévention des dérives mafieuses. Depuis plusieurs mois, un parcours pédagogique de sensibilisation aux phénomènes mafieux est expérimenté progressivement dans les établissements de l’île, de la quatrième à la terminale. L’objectif est d’aider les jeunes à comprendre les mécanismes de l’économie souterraine, à développer leur esprit critique et à mesurer les atteintes portées à l’État de droit.