Bastia - Popyna et Isabelle Pautrot: la beauté à travers bronzes et photos

Rédigé le 28/05/2026
La rédaction

L’une modèle dans un style expressif des visages et des bustes en terre ou en bronze, l’autre révèle par ses photographies glanées en pleine nature, des visions minérales insolites.

Popyna et Isabelle Pautrot exposent ensemble à la galerie l’Arsenale dans la citadelle de Bastia, le vernissage s’est déroulé récemment en présence de Mattea Lacave, adjointe déléguée à la culture. Leurs deux univers se répondent dans un même souci de créativité, illustrant la réflexion d’André Malraux pour qui l’art est « ce par quoi les formes deviennent style. » Chacune cependant s’affirme à travers une démarche propre.

Révélée en 2023 par une première exposition remarquée dans le cadre du Dian’arte muséum, à l’invitation du maître des lieux, Gabriel Diana, maestro et mécène qui lui a donné carte blanche, Popyna offre ici une belle confirmation de son talent : « Je travaille mes sculptures en les faisant cuire, en les patinant en les amenant vers des couleurs qui me parlent en fonction de mes émotions du moment. »  
 Parmi ses dernières créations issues de son atelier de Balagne, une pièce unique, le buste de terre cuite patinée façon bronze, d’un étonnant faune échappé d’un monde révolu. « Figure mythique surgie de la terre, » il retient l’attention, par son physique d’un autre âge, port altier, regard perçant et cornes imposantes, rappelant la figure des satyres. Un être à la fois animal et sacré, transcendé par la puissance expressive de l’artiste, provoquant l’émotion en mêlant « la force sauvage et la beauté du monde. » Parmi les autres pièces remarquables, le portrait en bronze patiné du sculpteur Gabriel Diana, conçu pour trôner dans son musée à la Marana. Par sa présence, il témoigne, immobile, d’un éclair de vie, vibration d’humanité que Popyna restitue avec une grande fidélité.
 
Sous le regard d’Isabelle Pautrot, un rocher n’est plus un rocher, mais un vieux guerrier indien mécontent d’avoir été chassé de son territoire. En photographiant le réel, l’artiste nous amène à découvrir un imaginaire caché, et cette découverte nous trouble. Visionnaire, l’artiste donne à voir ce que chacun n’avait encore jamais remarqué. « Une œuvre d'art devrait toujours nous apprendre que nous n'avions pas vu, ce que nous avons vu. » ( Paul Valéry)
 Par sa faculté de débusquer dans la pierre ou dans le bois la présence inattendue d’un personnage, elle cultive l’art de l’étrange que magnifie son exposition sous le titre « Perceptions. » La nature regorge de visages ou de gueules d’animaux pétrifiés par le temps, à flanc de montagne ou au bord d’un torrent. Le talent d’Isabelle Pautrot, reconnu jusqu’à Barcelone où elle a obtenu des prix, est de révéler toute une fantasmagorie façonnée par un dieu baroque qui aurait trouvé son inspiration dans un délire créatif, en laissant chacun libre d’interpréter ces formes incroyables surgies du silence des pierres.