« Murtoriu » est l'adaptation pour le théâtre par Pierre Savalli du roman éponyme de Marc Biancarelli. Les premières représentations auront lieu vendredi soir, 22 mai, à Bastia (21h30) et samedi 23 (21h30) à la Salle Timo Pieri à Prunelli di Fiumorbu. Rencontre avec le metteur en scène lors de la résidence de création dans la cour du musée de Bastia.
- Pierre Savalli, l’idée de cette adaptation du roman de Marc Biancarelli ?
- Pour moi c'est une grande aventure qui me permet de donner vie à ce roman de Marc Biancarelli. Un vieux rêve puisque le roman est sorti dans 2012. Aujourd’hui le rêve prend enfin corps. Le roman en lui-même a des connotations très cinématographiques. Quand je l’ai lu, j’ai vu un grand film à la Scorsese, à la Tarantino. Peut-être que si j’avais eu les moyens et les compétences, je me serais lancé dans une aventure cinématographique. Mais là je suis plus dans mon domaine, l'univers du théâtre. Murtoriu, ce sont des personnages puissants, un rythme narratif intense et une intrigue ténue. Autant de qualités qui font de cette œuvre une immense source d'inspiration pour une adaptation théâtrale. Marc Biancarelli était aussi plus convaincu par l'idée de transposer son roman au théâtre plutôt qu'au cinéma.
- Le thème ?
- En fait beaucoup de thèmes traversent le roman et je pense que chacun peut y trouver un peu ce qu'il veut. Il y a un thème, un peu principal, qui avait été mis en avant lors de la sortie du livre, une sorte de description de l'univers un peu putassier et consumériste de la planète en général et de la Corse en particulier lié au tout tourisme, lié à l'affairisme, lié aussi au banditisme qui gangrène tout ça et le fait qu'on essaie de se renvoyer aussi parfois nous-mêmes une image un petit peu fantasmée de ce que nous sommes, de ce qu'est la Corse et ça vient se percuter avec cette réalité, cette violence, cette pauvreté, cette misère sociale. Voilà un des thèmes importants du roman.
- Une adaptation tout de même ?
- Oui. Dans la pièce, forcément, j'ai dû faire des choix et j'ai aussi choisi de développer un autre axe qui est celui de de l'amour et de l'amitié qui unit les personnages, une valeur l'amitié qui s'exprime différemment peut-être chez nous en Corse. On a des rapports humains qui ont une couleur particulière chez nous et le roman de Marc le montre bien.
- Totale liberté de l’auteur dans la mise en scène ?
- Quand je lui ai proposé le projet, Marc s’est montré ravi et enthousiaste. Ça m'a fait énormément plaisir et mis une grosse pression quand il m’a dit : « C'est plus mon œuvre, je te fais totalement confiance, fais ce que tu as envie de faire ». J’ai trouvé absolument génial cette confiance totale de l'auteur. J'ai quand même travaillé avec lui, en réécrivant certaines parties, des dialogues, que j'ai écrit en français et qu'ensuite Marc a traduit en corse. Il a fait une espèce de retravail sur son roman, qui l'a fait re-rentrer dans certains personnages, dans certains thèmes, exprimés un petit peu différemment et ça a été une super collaboration.
- Un spectacle bilingue donc ?
- C'est une pièce bilingue. La langue est utilisée de façon très naturelle, comme on la manie fait dans la vie de tous les jours lorsqu'on vit en Corse et qu'on est corse. Lorsqu'on se retrouve au comptoir, lorsqu'on se retrouve au village, on a plutôt tendance à parler naturellement en langue corse et puis dans d'autres situations on a plutôt tendance à parler en français. Parfois les langues se mélangent. Au final la langue corse est plus présente que je ne l'avais imaginée, mais ce n'est pas un calcul, ce n’est pas une posture, c'est comme ça. Et puis le roman avait quand même été écrit en langue corse à l'origine. Dans le spectacle le surtitrage est vraiment intégré à la scénographie pour faciliter la compréhension de l'histoire
- Le casting ?
- Pour le casting je suis particulièrement heureux parce que les comédiens que j'ai sollicités ont tous répondu avec enthousiasme sur le projet. Déjà parce que tous connaissaient Marc Biancarelli, et l'œuvre. L'idée d'incarner ses personnages a dû vraiment jouer dans leur décision. J'ai la chance d'avoir pour sur scène Jérémy Alberti qui joue le rôle central, si ce n'est le rôle principal, car on se rend compte au fil de l'histoire que ce n’est peut-être pas le personnage qu'on croit qui est le plus important. Ensuite il y a Nicolas Poli, Poli, Sampiero Medori, Charly Martinetti, Stéphane Cesari, dans un rôle un petit peu décalé, un rôle un peu particulier, avec une scène spécifique, et enfin Violaine Nouveau.
- Pour la Première, la cour du musée de Bastia …
- Dès le début de l'aventure, lorsque j'ai discuté avec Frédérique Balbinot, directrice de la programmation Teatru à l’apertu à la mairie de Bastia, j'ai été très séduit par l'idée du hors-les-murs. On a fait un peu un tour d'horizon de la ville et l'idée m’a séduit de jouer dans cette cour carrée du musée, de jouer à même le sol, parce que c'était aussi ça l'idée, de ne pas avoir de scène. De toute façon l'idée de s'adapter à un lieu me plaît beaucoup. Je dois la remercier et la ville en général car on a eu une semaine pour travailler ici, de bosser dans de bonnes conditions, d’avoir été très bien accueillis. Le but est de jouer un peu partout ailleurs même si on sait qu'en Corse les capacités de diffusion sont compliquées. Il n’y a pas beaucoup de salles de théâtre équipées. Mais même quand on joue dans le rural, dans des villages, parfois en mode commando, moi je trouve que ce sont de très beaux spectacles. On rencontre un public curieux, attentif, souvent nombreux. Il y a des échanges très intéressants, des retours différents. Dès la conception et la création de ce spectacle, je l’ai pensé sur des formes différentes, anticipé le fait d'avoir à m'adapter, donc ça ne devrait pas poser de problème de jouer de partout, au contraire.
- Des projets ?
- Ce projet là m’a pris beaucoup de temps mais il arrive à son terme. Je sors vraiment d'une immersion de plusieurs mois car il y a eu l'écriture en amont qui m'a pris aussi beaucoup de temps, l'adaptation n'a pas été facile à faire, plus ensuite le travail de création. Donc là je sors vraiment d'un long tunnel. Mais malgré ça, en parallèle, je travaille sur des projets musicaux, des projets pour la télé, des projets documentaires aussi.
« Murtoriu » : Les premières de la pièce de Pierre Savalli à Bastia (vendredi 22 mai) et Migliacciaru (samedi 23 mai).
« Murtoriu »
Spectacle Kabaffer Prod – D’après « Murtoriu – Ballade des innocents » de Marc Biancarelli – Bilingue français et corse avec le soutien de la ville de Bastia et de la Collectivité de Corse.
Ecriture et mise en scène : Pierre Savalli
Adaptation en corse : Marc Biancarelli
Avec : Jeremy Alberti, Charly Martinetti, Sampiero Medori, Nicolas Poli, Violaine Nouveau et Stefanu Cesari.
Création et conception costumes Claire Risterucci.
Création et conception décors Élodie Pinet.
Création lumière et régie générale Cédric Guéniot.
Création musique originale Marc Sauveur Costa.
Spectacle Kabaffer Prod – D’après « Murtoriu – Ballade des innocents » de Marc Biancarelli – Bilingue français et corse avec le soutien de la ville de Bastia et de la Collectivité de Corse.
Ecriture et mise en scène : Pierre Savalli
Adaptation en corse : Marc Biancarelli
Avec : Jeremy Alberti, Charly Martinetti, Sampiero Medori, Nicolas Poli, Violaine Nouveau et Stefanu Cesari.
Création et conception costumes Claire Risterucci.
Création et conception décors Élodie Pinet.
Création lumière et régie générale Cédric Guéniot.
Création musique originale Marc Sauveur Costa.
Cette pièce mise en scène par Pierre Savalli*, est l’adaptation de l’œuvre de Marc Biancarelli « Murtoriu – Ballade des innocents » sorti en 2012 aux éditions Actes Sud. Romancier reconnu pour son œuvre en langue corse, Marc Biancarelli est un écrivain polyvalent, exerçant en tant que poète, nouvelliste, dramaturge, romancier, éditeur et traducteur. Ouvrage emblématique de son œuvre, « Murtoriu » suit les pas de Marc-Antoine Cianfarani, libraire et écrivain dont la vie sentimentale est un fiasco, et qui vit en reclus dans un hameau de la montagne corse d’où, réfractaire à l’attitude de ses contemporains qui, sur la côte, rivalisent de compromissions pour assouvir un matérialisme dévorant, il assiste à l’inexorable pillage d’une île livrée à toutes les formes de dénaturation. « Murtoriu », c’est le décès d’un monde, d’une Corse ancienne mise à l’agonie par la guerre de 14. Une œuvre complexe et riche, viscéralement corse, puisant ses fondements dans notre territoire et dans sa langue, c’est aussi un texte qui dépasse les particularismes et touche à l’universel.
« C’est avec un réel enthousiasme que j’ai accepté cette proposition d’adapter Murtoriu au théâtre. J’ai par exemple décliné différentes offres de porter ce roman au cinéma, mais connaissant le sérieux de Pierre, son regard artistique, et ayant déjà assisté à ses réalisations comme Corsican Way of life, ou tout le travail de mise en scène poétique des œuvres de Stefanu Cesari, je sais son intégrité intellectuelle et sa rigueur. Au-delà de l’exaltation, c’est ma confiance qui lui est acquise, et mon impatience de voir porter sur scène un livre qui compte particulièrement à mes yeux » déclare Marc Biancarelli
Pierre Savalli est musicien, auteur, réalisateur, metteur en scène, qui s’exprime sous de nombreuses formes artistiques. Après plusieurs réalisations scénographiques pour ses projets musicaux (Sünd for Bartolomeo, Soleil en maison 5), il décide de franchir le pas et de se lancer dans l’écriture pour le théâtre en adaptant le roman « Corsican Way of Life » de Joseph Antonetti. Il en réalisera également la mise en scène. Parallèlement, il écrit et réalise le film documentaire « La misère est moins pénible au soleil » (France 3 Corse Via Stella-Omnicube), qui remportera le prix du meilleur film documentaire au festival Arte Mareen 2023.
« C’est avec un réel enthousiasme que j’ai accepté cette proposition d’adapter Murtoriu au théâtre. J’ai par exemple décliné différentes offres de porter ce roman au cinéma, mais connaissant le sérieux de Pierre, son regard artistique, et ayant déjà assisté à ses réalisations comme Corsican Way of life, ou tout le travail de mise en scène poétique des œuvres de Stefanu Cesari, je sais son intégrité intellectuelle et sa rigueur. Au-delà de l’exaltation, c’est ma confiance qui lui est acquise, et mon impatience de voir porter sur scène un livre qui compte particulièrement à mes yeux » déclare Marc Biancarelli
Pierre Savalli est musicien, auteur, réalisateur, metteur en scène, qui s’exprime sous de nombreuses formes artistiques. Après plusieurs réalisations scénographiques pour ses projets musicaux (Sünd for Bartolomeo, Soleil en maison 5), il décide de franchir le pas et de se lancer dans l’écriture pour le théâtre en adaptant le roman « Corsican Way of Life » de Joseph Antonetti. Il en réalisera également la mise en scène. Parallèlement, il écrit et réalise le film documentaire « La misère est moins pénible au soleil » (France 3 Corse Via Stella-Omnicube), qui remportera le prix du meilleur film documentaire au festival Arte Mareen 2023.