​« L’autonomie, c’est le pouvoir législatif » : Core In Fronte fixe ses lignes rouges

Rédigé le 20/05/2026
Patrice Paquier Lorenzi

Réuni ce mercredi matin à Aiacciu, Core In Fronte a livré une analyse offensive des élections municipales de mars 2026 et affiché ses ambitions pour les échéances à venir. Fort de plusieurs succès électoraux et notamment de l’élection de Paul-Félix Benedetti à la mairie de Sartè, le mouvement fixe ses priorités autour d’une autonomie dotée du pouvoir législatif, la dénonciation des « néo clans » et l’affirmation d’un cap indépendantiste.

À l’occasion d’une conférence de presse organisée ce mercredi matin dans les locaux de la Collectivité de Corse à Aiacciu, les dirigeants de Core In Fronte ont voulu capitaliser sur la dynamique née des dernières municipales. Pour le mouvement indépendantiste, le scrutin de mars 2026 a confirmé « des résultats globalement positifs pour le mouvement patriotique » et consacré Core In Fronte comme « l’un des grands gagnants du scrutin ». Autour de Paul-Félix Benedetti, nouveau maire de Sartè et chef de file du mouvement, les responsables nationalistes ont revendiqué une implantation désormais durable dans de nombreuses communes et intercommunalités de l’île. Core In Fronte affirme aujourd’hui être « incontournable sur la scène politique corse » et se considère comme « au cœur du dispositif d’ensemble du mouvement national ».

Le mouvement rappelle avoir fait, avant le scrutin, le choix stratégique de soutenir des convergences patriotiques dans les grandes villes, tout en favorisant ailleurs des accords entre forces « nationalistes et de progrès ». Une ligne politique que les dirigeants présentent comme cohérente et constante depuis plusieurs années. Core In Fronte met notamment en avant plusieurs victoires symboliques. Parmi elles, celles de Jean-Baptiste Arena à Patrimoniu, Jean-Noël Profizi à Sera di Fium’Orbu et surtout celle de Paul-Félix Benedetti à Sartè, vue comme l’illustration d’un ancrage territorial renforcé du courant indépendantiste.

Une victoire politique et morale à Aiacciu

À Bastia, le mouvement estime que le choix d’une convergence patriotique a permis la victoire de la liste Bastia Inseme. À Aiacciu, malgré l’absence de victoire électorale, les responsables nationalistes parlent d’« une victoire politique et morale » après un score dépassant les 40 % des suffrages face à « un système archaïque ». Paul-Félix Benedetti a également insisté sur le fait que ce scrutin aurait démontré, selon lui, la capacité de « l’idée nationale corse » à faire barrage au Rassemblement national. Le mouvement a dénoncé « le discours jacobin et anti-corse » du parti français et de « ses avatars locaux », considérant que cette ligne politique « ne peut constituer un avenir pour la Corse ». Au-delà des résultats électoraux, la conférence de presse a surtout permis à Core In Fronte de réaffirmer sa doctrine politique. « La lutte du peuple corse n’est pas civilisationnelle. Elle est profondément nationalitaire », a insisté le mouvement, qui revendique un nationalisme « politique » inscrit dans « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». 

Le ton s’est aussi durci envers certains responsables nationalistes accusés d’avoir privilégié des logiques électorales ou des rapprochements jugés incompatibles avec la ligne patriotique visant notamment la stratégie du PNC. Core In Fronte critique ainsi « les tentatives d’une troisième voie mêlant libéralisme débridé, affairisme et relais étatiques » et regrette que certains cadres nationalistes se soient « positionnés ouvertement contre des listes nationalistes » en vue des prochaines territoriales. Pour le mouvement, seule la stratégie de « A Scelta Patriottica » aurait permis d’éviter « le retour des héritiers de l’ancien clan » et de maintenir une dynamique nationaliste crédible.

« L’autonomie, c’est le pouvoir législatif », rappelle Paul-Félix Benedetti

Mais c’est surtout le dossier institutionnel qui a occupé une place centrale dans les prises de parole. À quelques mois des discussions sur l’avenir de la Corse, Core In Fronte a rappelé que son soutien au processus d’autonomie demeurait conditionné au respect de la délibération adoptée par l’Assemblée de Corse le 5 juillet 2023, après le soulèvement populaire provoqué par l’assassinat d’Yvan Colonna.

Pour Paul-Félix Benedetti, « l’autonomie, c’est le pouvoir législatif ». Une formule répétée pour marquer la différence entre une véritable autonomie politique et une simple décentralisation renforcée. Core In Fronte refuse que la Corse devienne « un laboratoire institutionnel » pour une réforme de l’organisation territoriale française. Le mouvement indépendantiste replace également la question corse dans une perspective européenne. Il rappelle que « près de 350 millions de personnes vivent dans des régions et îles à statuts spéciaux ou autonomes » et cite les exemples de la Sardaigne, de l’Écosse, du Pays de Galles, de l’Irlande du Nord ou encore de la Catalogne. Core In Fronte assume désormais ouvertement que l’autonomie constitue, à ses yeux, « une étape institutionnelle » avant, éventuellement, « un référendum d’autodétermination dans 10, 15 ou 20 ans si le peuple corse le souhaite ».

Le mouvement a enfin rappelé que toute évolution politique devait aussi passer par une prise en compte du sort des prisonniers et anciens prisonniers politiques corses. Il réclame notamment le retrait des fichiers FIJAIT et FINIADA, l’annulation des amendes et « la fin de la répression politique contre les patriotes corses ». À un an des prochaines échéances territoriales, Core In Fronte affiche clairement son ambition : peser davantage dans le débat politique corse et imposer sa vision de l’avenir institutionnel de l’île.