Les temps sont durs pour le livre à Porto-Vecchio : en l’espace de six mois, trois commerçants s’en sont détournés, souvent la mort dans l’âme. Sans pour autant que l’on puisse en conclure à une désaffection de la lecture de la part des Porto-Vecchiais.
Sandrine Coveliers a "rapatrié" les livres invendus de la librairie La Clairière, qu'elle gérait, dans son autre magasin (Biodélice).
Début janvier, La Clairière n’a pas rouvert après la trêve des confiseurs. Pendant trois ans, les Porto-Vecchiais venaient y boire un café, savourer des bowls ou bien acheter leur dernier roman. Mais cet établissement « trois en un » (restaurant, salon de thé et librairie) a mis la clé sous la porte le 24 décembre. Rattrapé par « les réalités économiques et les charges trop lourdes, qui ne nous permettent plus de poursuivre cette aventure dans des conditions viables », communiquait-il alors sur ses réseaux sociaux. Sa gérante, c’était Sandrine Coveliers, qui dirige aussi le Biodélice d’à côté. Dedans, elle a aménagé un rayon livres, non loin des produits de beauté bio et de l’épicerie. Ce sont les livres qui lui sont restés sur les bras quand La Clairière a fermé : « Si j’avais voulu les renvoyer à la maison d’édition, il aurait fallu que j’assume le coût du transport... » Elle a donc préféré leur trouver une place dans Biodélice, destockés à 30 %, ce qui correspond à sa marge : « J’en ai écoulé pas mal depuis... » En ce début mai, il restait encore quelques romans, mais quand ils auront été vendus, la commerçante porto-vecchiaise n’en commandera plus. Pour autant, « on va continuer à proposer tout livre qui tourne autour de la cuisine, mais aussi des livres d’éveil et éducatifs en rapport avec la nature ».
"Les gens lisent moins qu'avant"
La Clairière n’a pas été plombée par son activité librairie, c’est le projet dans sa globalité qui n’a pas conduit à la rentabilité espérée. Il n’en demeure pas moins que la vente des livres a représenté « une part infime » dans le chiffre d’affaires de l’établissement. « On voit bien que les gens lisent moins qu’avant, notamment les jeunes, et c’est bien dommage », s’en désole la commerçante porto-vecchiaise. Selon la dernière étude Ipsos-BVA commandée par le Centre national du livre, les jeunes de 7 à 19 ans ne consacrent plus que 18 minutes par jour à la lecture pour leur loisir, quand ils passent en moyenne 3 heures devant un écran (hors temps de lecture de livres numériques).
La vape plutôt que les livres
Pour autant, on continue d’acheter des livres en France (426 millions d’exemplaires ont été écoulés en 2021), même si le secteur de l’édition affiche une tendance à la baisse (- 60 millions par rapport à 2021). « Oui, avec Internet, la vente des livres a baissé un petit peu, convient Véronique James, l’employée de la librairie Grand Sud de la galerie marchande d’Hyper U Portivechju. Mais ce n’est pas pour ça qu’on a arrêté d’en vendre. » En effet, si cette librairie-presse-papeterie a fermé ses portes en décembre - comme La Clairière - ce n’est pas parce que les Porto-Vecchiais auraient subitement découvert qu’il était possible de passer commande sur Internet. Cette fermeture résulte de la décision de son propriétaire de vendre désormais des vapoteurs, jugés plus rentables que des livres. Ce qui a conduit à la fermeture de la librairie Grand Sud, et concomitamment, à l’ouverture de Cigaverte, dans une nouvelle cellule commerciale à deux pas de l’ancienne (plus petite, car des vapoteurs prennent moins de place que des livres).
Et il y a quelques jours, fin avril, c’est la maison de la presse de la galerie commerciale Auchan qui a mis la clé sous la porte. Contacté, son gérant Cyril Cesari évoque plusieurs facteurs pour expliquer la fermeture de son établissement, principalement « des loyers trop élevés » mais aussi « des problèmes récurrents de livraison qui ne rendaient pas possible la fidélisation d’une clientèle sur les livres ». En perdant quasiment coup sur coup trois de ses lieux dédiés à l’achat de livres, Porto-Vecchio voit son offre s’appauvrir considérablement pour des raisons multifactorielles. « On voit les clients partir sur Internet, les propriétaires augmenter les loyers pendant que les charges, elles, sont toujours à assumer », soupire Meir Halewa, le président de l’association des commerçants de Porto-Vecchio. Et en ces temps obscurs pour la lecture, il ne reste aujourd’hui plus qu’une librairie dans la cité du Sel : Le Verbe du Soleil.
"Les gens lisent moins qu'avant"
La Clairière n’a pas été plombée par son activité librairie, c’est le projet dans sa globalité qui n’a pas conduit à la rentabilité espérée. Il n’en demeure pas moins que la vente des livres a représenté « une part infime » dans le chiffre d’affaires de l’établissement. « On voit bien que les gens lisent moins qu’avant, notamment les jeunes, et c’est bien dommage », s’en désole la commerçante porto-vecchiaise. Selon la dernière étude Ipsos-BVA commandée par le Centre national du livre, les jeunes de 7 à 19 ans ne consacrent plus que 18 minutes par jour à la lecture pour leur loisir, quand ils passent en moyenne 3 heures devant un écran (hors temps de lecture de livres numériques).
La vape plutôt que les livres
Pour autant, on continue d’acheter des livres en France (426 millions d’exemplaires ont été écoulés en 2021), même si le secteur de l’édition affiche une tendance à la baisse (- 60 millions par rapport à 2021). « Oui, avec Internet, la vente des livres a baissé un petit peu, convient Véronique James, l’employée de la librairie Grand Sud de la galerie marchande d’Hyper U Portivechju. Mais ce n’est pas pour ça qu’on a arrêté d’en vendre. » En effet, si cette librairie-presse-papeterie a fermé ses portes en décembre - comme La Clairière - ce n’est pas parce que les Porto-Vecchiais auraient subitement découvert qu’il était possible de passer commande sur Internet. Cette fermeture résulte de la décision de son propriétaire de vendre désormais des vapoteurs, jugés plus rentables que des livres. Ce qui a conduit à la fermeture de la librairie Grand Sud, et concomitamment, à l’ouverture de Cigaverte, dans une nouvelle cellule commerciale à deux pas de l’ancienne (plus petite, car des vapoteurs prennent moins de place que des livres).
Et il y a quelques jours, fin avril, c’est la maison de la presse de la galerie commerciale Auchan qui a mis la clé sous la porte. Contacté, son gérant Cyril Cesari évoque plusieurs facteurs pour expliquer la fermeture de son établissement, principalement « des loyers trop élevés » mais aussi « des problèmes récurrents de livraison qui ne rendaient pas possible la fidélisation d’une clientèle sur les livres ». En perdant quasiment coup sur coup trois de ses lieux dédiés à l’achat de livres, Porto-Vecchio voit son offre s’appauvrir considérablement pour des raisons multifactorielles. « On voit les clients partir sur Internet, les propriétaires augmenter les loyers pendant que les charges, elles, sont toujours à assumer », soupire Meir Halewa, le président de l’association des commerçants de Porto-Vecchio. Et en ces temps obscurs pour la lecture, il ne reste aujourd’hui plus qu’une librairie dans la cité du Sel : Le Verbe du Soleil.