Sebastien Simoni : « Avec CampusPlex 2.0, nous créons un environnement stimulant pour le digital en Corse »

Rédigé le 02/05/2026
Nicole Mari

Le nouveau CampusPlex - CampusPlex 2.0 – a été inauguré, le 30 avril à Aiacciu. Cet espace de coworking, un des dix premiers en France, qui avait ouvert ses portes en 2009, a été fondé par trois startups corses qui voulaient créer une masse critique de savoir-faire technologique en se regroupant dans un même espace. Depuis, les startups ont fusionné sous le nom de GoodBarber s.a.s qui est devenu le leader des AppBuilder pour mobile, et Campus Plex s’est avéré trop étroit. En 2018, un projet de construction d’un immeuble CampusPlex 2.0 a été lancé. Ouvert depuis janvier, inauguré le 30 avril, son ambition est d’agréger une nouvelle grappe d'entreprises innovantes, dont certaines ont déjà investi les lieux. Explications pour CNI de Sebastien Simoni, fondateur et président de GoodBarber et de CampusPlex.

- CampusPlex emménage dans un nouvel espace, un immeuble spécialement construit à cet effet. Qu’est-ce qui a motivé sa construction ?
- Nous avons créé le premier CampusPlex en 2009. Ce fut l’un des tout premiers espaces de coworking en France. Il répondait à un besoin de réunir sur un même endroit des gens qui travaillaient sur le même sujet - le digital - et de réunir une masse critique de compétences. Nous voulions créer un environnement propice au développement des start-ups en Corse. Nous avons eu cette idée à la suite d’un voyage au Japon à l’occasion d’un contrat que nous avions signé avec l’agence de communication de Panasonic après la création de notre première boîte. Nous y avons vu des espaces organisés autour de ce que les Japonais appellent les entreprises sœurs qui partagent des bureaux. Nous avons pensé reproduire ce type d’organisation à Ajaccio. Le premier CampusPlex était plutôt dédié aux startups. C’était le début de la révolution des smartphones. Trois ans après, nous avons créé GoodBarber. Cette société, née de la fusion de deux startups, s’est progressivement développée et a investi et saturé tout l’espace disponible de CampusPlex. En 2014, nous avons fondé une école de robotique pour les enfants, nous y avons reçu plus de 500 jeunes et plusieurs centaines d’étudiants qui ont appris à programmer sur des petits robots. Nos ingénieurs ont donné des cours à l’université de Corse. Beaucoup de jeunes Corses sont donc passés par CampusPlex. Nous avons eu rapidement en tête de construire une nouvelle version du CampusPlex avec toujours la même envie de participer à créer un écosystème et de répondre aux gens qui nous demandaient des stages, de le faire avec la conscience que nous avions un impact sur la Corse, que l’on construisait quelque chose qui pouvait donner l’envie à des jeunes de travailler dans ce secteur ou de créer une entreprise dans ce secteur.
 
- Pourquoi un projet d’une telle ampleur ?
- Le projet du nouveau CampusPlex a évolué au fur et à mesure des péripéties. Au départ, nous avions acheté un ancien garage automobile qui avait une architecture qui ressemblait beaucoup à une Station F avec de grandes voutes en béton. Malheureusement, nous avons été obligés de le démolir à cause de problèmes de structure. Avec la proximité de la mer, le béton était très abîmé. Du coup, nous avons repensé le projet en partant de zéro. En parallèle, s’est construit l’écosystème de CampusPlex. Deux anciens de CampusPlex ont créé la société de gestion Femu Qui. Un autre a créé la société de formation Afflokat qui est devenue l’école d’ingénieur MIRA. L’un des premiers financements de Femu Qui dans le domaine tech a été la création par Afflokat de la grande école du numérique qui s’est muée en projet d’école d’ingénieurs. Tout cela nous a amené à penser un bâtiment de plus grande ampleur qui pouvait prendre en son sein l’école d’ingénieur et un espace de coworking plus grand pour accueillir d’autres start-ups. En même temps, nous avons eu des discussions avec les banques qui nous ont financé, notamment BPI qui a proposé d’emménager dans le bâtiment afin de créer un pôle d’innovation qui regrouperait, à la fois, le financement, l’hébergement de start-ups et l’enseignement supérieur technologique. Tout cela s’est construit au fur et à mesure en suivant un fil cohérent, qui n’était pas aussi défini au départ, mais qui a évolué avec des choses qui ont convergé.

- Le premier CampusPlex était situé en plein centre-ville d’Ajaccio, le second l’est aussi. Vous auriez pu vous délocaliser. Pourquoi être rester en centre-ville ?
- Dès le premier CampusPlex, nous avions eu l’intuition de le faire dans un endroit où il y avait beaucoup de passage. Nous ne sommes pas dans une grande ville avec un grand flux de résidents et une masse critique locale suffisante. Par contre, nous sommes dans un endroit qui reçoit un flux important de visiteurs. Nous nous sommes dits qu’il y avait probablement quelque chose à faire en synergie avec un hôtel, cela permettrait à des gens de l’extérieur de venir travailler en hiver ou plusieurs mois sur un projet pour repartir ensuite. Il s’est trouvé, par hasard, que le terrain, que nous avons acheté pour construire le nouvel CampusPlex, jouxtait un autre terrain où il y avait déjà un projet hôtelier en cours. Une première tranche existait déjà, un second hôtel est en train d’être construit, avec lequel nous sommes reliés par les sous-sols. Le hasard a donc bien fait les choses. On voulait aussi à tout prix rester en centre-ville parce qu’un de nos luxes est d’aller au travail à pied. C’était une chance de trouver un terrain disponible sur le cours Napoléon au centre d’Ajaccio parce qu’il y n’en a plus.
 
- La mise en œuvre de ce projet a-t-elle pris beaucoup de temps ?
- Oui ! Cela a pris un certain temps. Nous avons acheté le terrain en 2018. Nous avons commencé les études en 2019. Le projet s’est étalé parce que notamment les travaux en sous-sol, la construction du parking, les fondations profondes, ont pris beaucoup de temps. Toute l’infrastructure du bâtiment a été longue à mettre en place. L’élévation, en elle-même, a été plus rapide, l’immeuble a été monté en moins de deux ans. C’est un bâtiment ERP, c’est-à-dire qu’il peut recevoir du public. Il est ouvert depuis début janvier. GoodBarber et BPI s’y sont installés immédiatement, l’école début mars. Le bâtiment est occupé à 80%. Il reste quelques zones qui ne sont pas encore occupées. Nous n’avons pas encore commencé à commercialiser l’espace de coworking parce qu’il faut le temps que les choses se mettent en place. Mais cela va commencer.
 
- Vous avez conçu un bâtiment avec une architecture particulière. Pourquoi un tel choix ?
- Nous avons voulu une architecture qui reflétait le même principe qui a entrainé l’ouverture du premier CampusPlex, c’est-à-dire créer une masse critique locale pour produire un environnement stimulant. Nous avons donc fait un concours d’architecte et mis beaucoup d’énergie et d’attention sur la qualité du bâtiment qui a été pensé pour y vivre ensemble, pour que les gens se croisent. Le bâtiment a été conçu un peu comme un campus. À l’intérieur, il y a des salles de classe, des espaces de coworking, des bureaux fermés, mais tout est assez ouvert, pas compartimenté, pour que les gens se rencontrent, qu’il y ait de l’émulation.

- Ce nouveau bâtiment s’accompagne-t-il aussi d’une nouvelle stratégie de développement ?
- On est en plein dans le boum de l’IA (Intelligence artificielle). Le bâtiment accueille aussi un EDIH, European Digital Innovation Hub, un programme européen qui permet aux entreprises de bénéficier de services d’aide à la transition vers l’IA. Notre vision à moyen terme est de dire que l’IA va également révolutionner la robotique et l’IA physique. Au tournant de la décennie, on va probablement avoir une déferlante de robots qui seront autonomes et utilisés par le monde professionnel alors que la robotique, jusqu’à maintenant, est plutôt utilisée dans l’industrie, à l’intérieur des usines, mais pas vraiment dans le monde professionnel. Nous pensons que dans l’avenir, il y aura de plus en plus de start-ups liées à la robotique. Nous espérons que des jeunes, qui feront l’école d’ingénieur, trouveront à CampusPlex, un endroit où développer leurs futures activités. Plus généralement, c’est tout le secteur du digital qui peut trouver là un environnement stimulant. Nous sommes très spécialisés dans ce secteur-là, mais il est en train de déborder et de devenir un peu systémique parce que l’IA est une telle révolution qu’elle bouleverse beaucoup d’activités.
 
- L’IA a-t-elle déjà changé beaucoup de choses pour GoodBarber ?
- Good Barber est un éditeur de logiciels, un App builder no code, c’est-à-dire un outil qui permet de créer des applications mobiles sans code informatique. Nous intégrons déjà l’IA dans notre produit. L’IA change la façon de travailler parce qu’une grande partie du code informatique était écrit à la main, aujourd’hui le code est écrit à travers l’IA. Cela augmente beaucoup la productivité, mais aussi la compétition internationale parce que de nouveaux acteurs s’en saisissent. L’IA est un tournant majeur dans toutes les entreprises de Tech. C’est d’autant plus important de faire corps pour pouvoir partager les expériences, montrer ce que l’on peut faire parce que la Tech va très vite. C’est assez particulier et inédit de voir les choses aller aussi vite, cela n’avait pas été le cas dans les autres révolutions informatiques comme l’Internet ou même le mobile. Avec l’IA, les choses vont très très vite.
 
- Pensez-vous être un moteur pour la compréhension et le développement de l’IA en Corse ?
- Nous essayons de prendre ce virage. Je pense qu’en Corse, nous sommes au tempo des entreprises européennes. On se rend compte que les Corses, au niveau individuel, ne sont pas en retard pour se saisir des nouveautés, des nouvelles façons de faire. Avec l’IA, il y a une rupture, une opportunité de faire des choses nouvelles, plus vite. Je pense que Campus Plex, au travers des formations professionnelles qui sont dispensées au sein de l’école d’ingénieur, peut aider des entreprises corses, qui ne sont pas du secteur Tech, à se saisir de l’IA pour transformer leurs activités. C’est un outil intéressant qui peut servir de point d’entrée.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.