Lorsque U Fronte di liberazione naziunale di a Corsica (FLNC) surgit dans la nuit du 4 au 5 mai 1976, il ne naît pas d’un coup de tonnerre isolé. L’organisation s’inscrit dans une séquence entamée plus d’une décennie plus tôt, faite de frustrations accumulées, de mutations rapides et d’un dialogue politique qui s’enlise.
Dans les années 1960, la Corse change de visage. Sur la côte orientale, des terres sont aménagées et redistribuées dans le cadre de l’installation de rapatriés d’Algérie. L’opération, pilotée par l’État, se veut structurante pour l’économie agricole. Elle est vécue autrement par une partie des Corses, qui y voient un accès inégal aux ressources et, déjà, une forme de dépossession. La question foncière s’installe durablement au cœur du débat. Au même moment, le littoral commence à se transformer. Le tourisme se développe vite, parfois plus vite que les capacités locales à l’encadrer. Des programmes immobiliers apparaissent, les résidences secondaires se multiplient. Pour certains, c’est une ouverture et une opportunité. Pour d’autres, c’est le début d’un déséquilibre : la terre change de main, les prix montent, et l’impression s’installe que l’île se construit sans ceux qui y vivent.
Dans ce contexte, une parole politique émerge. En 1967, l’Action régionaliste corse, autour d’Edmond Simeoni, donne une structure à des revendications jusque-là diffuses. Le mouvement met en avant la langue, l’économie, la maîtrise du développement. Il rencontre un écho, mais aussi rapidement ses limites. Les réponses de l’État sont jugées insuffisantes, et la défiance s’installe.
À la marge, une autre voie commence à apparaître. Des actions clandestines, encore isolées, visent des symboles : bâtiments, intérêts économiques, propriétés. Elles restent peu nombreuses, mais elles introduisent une rupture. L’idée que la violence peut devenir un levier politique circule désormais. Pendant ce temps, l’intérieur de l’île continue de se vider. Les villages perdent leurs habitants, l’activité décline, et l’écart se creuse avec les zones littorales en développement. Ce déséquilibre alimente un sentiment diffus d’abandon. Il nourrit aussi une lecture globale : celle d’un modèle imposé, perçu comme inadapté.
Lorsque survient l’affaire d'Aléria, en août 1975, la rupture devient visible. Mais elle est déjà à l’œuvre. L’événement agit comme un révélateur plus que comme un point de départ.
Quelques mois plus tard, la naissance du FLNC formalise ce basculement. Une partie du mouvement nationaliste a franchi le pas. Elle estime que le cadre politique ne permet plus d’obtenir des réponses et choisit la clandestinité. Le 5 mai 1976 n’est donc pas seulement une date. C’est l’aboutissement d’un processus engagé depuis des années, dans une île où les tensions n’ont cessé de monter, lentement, jusqu’à trouver une autre forme d’expression.
Dans ce contexte, une parole politique émerge. En 1967, l’Action régionaliste corse, autour d’Edmond Simeoni, donne une structure à des revendications jusque-là diffuses. Le mouvement met en avant la langue, l’économie, la maîtrise du développement. Il rencontre un écho, mais aussi rapidement ses limites. Les réponses de l’État sont jugées insuffisantes, et la défiance s’installe.
À la marge, une autre voie commence à apparaître. Des actions clandestines, encore isolées, visent des symboles : bâtiments, intérêts économiques, propriétés. Elles restent peu nombreuses, mais elles introduisent une rupture. L’idée que la violence peut devenir un levier politique circule désormais. Pendant ce temps, l’intérieur de l’île continue de se vider. Les villages perdent leurs habitants, l’activité décline, et l’écart se creuse avec les zones littorales en développement. Ce déséquilibre alimente un sentiment diffus d’abandon. Il nourrit aussi une lecture globale : celle d’un modèle imposé, perçu comme inadapté.
Lorsque survient l’affaire d'Aléria, en août 1975, la rupture devient visible. Mais elle est déjà à l’œuvre. L’événement agit comme un révélateur plus que comme un point de départ.
Quelques mois plus tard, la naissance du FLNC formalise ce basculement. Une partie du mouvement nationaliste a franchi le pas. Elle estime que le cadre politique ne permet plus d’obtenir des réponses et choisit la clandestinité. Le 5 mai 1976 n’est donc pas seulement une date. C’est l’aboutissement d’un processus engagé depuis des années, dans une île où les tensions n’ont cessé de monter, lentement, jusqu’à trouver une autre forme d’expression.
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