Après la polémique déclenchée par les propos de Jean-Michel Blanquer, la question de l’enseignement immersif en langue corse s’est invitée ce lundi dans l’hémicycle de l’Assemblée de Corse à la faveur de deux questions orales. L'occasion pour le président de l'Exécutif de tirer la sonnette d'alarme, à l'heure où le réseau Scola Corsa est en péril
« Dans l’indifférence générale, depuis la rentrée dernière, ont été autorisées en Corse les « écoles immersives » c’est-à-dire des écoles où on ne parle pas le français. C’est illégal et inconstitutionnel. On voit par exemple des élèves chargés de dénoncer celui d’entre eux qui parlerait français pendant la récréation ». Ces récentes propos de position de l’ancien ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, avaient provoqué un tollé début avril. Ce lundi, ils se sont invités dans l’hémicycle de l’Assemblée de Corse à la faveur de la séance de questions orales.
« L'offensive de Monsieur Blanquer contre le modèle immersif corse surprend d'autant plus que des établissements similaires fonctionnent sous contrat avec l’État depuis des années dans d'autres territoires », a ainsi dénoncé Eveline Galloni d’Istria au nom de Fà Populu Inseme, en reprenant : « Ses affirmations concernant les écoles immersives en Corse relèvent d'une méconnaissance profonde des réalités pédagogiques et d'une volonté délibérée de raviver des craintes d’un autre temps. Contrairement à ce qu'affirme l'ancien ministre, l'enseignement immersif n'est ni « illégal » ni « inconstitutionnel » dans son principe actuel ». La conseillère territoriale a en effet rappelé que « si le Conseil constitutionnel a en effet censuré une partie de la Loi Molac, le gouvernement lui-même a ensuite encouragé ce modèle par une circulaire de décembre 2021 qui reste juridiquement encore insuffisante mais qui pour autant reconnaît que l’enseignement immersif est une stratégie pédagogique valide ». Par ailleurs, elle souligné que « dans un contexte où le français est massivement dominant dans la société, le modèle bilingue paritaire, bien qu’utile, apparaît souvent insuffisant pour former de véritables locuteurs actifs de la langue corse ». Et d’insister : « L’immersion constitue donc non pas un repli, mais une réponse nécessaire à l’enjeu de transmission et de survie de notre langue ».
« L’insignamentu immersivu in lingua corsa ferma ghjuridicamenti fragilu »
« Quandu un anzianu ministru di l’educazioni parla di scoli “micca ligali” è “incustituziunali”, è ancu di ziteddi chì si “denunziani”, si vedi bè chì u prublema ùn hè micca pedagogicu, ma puliticu. Hè una vera offesa fatta à i nostri scoli, à i nostri ziteddi è à a nostra lingua. Hè soprattuttu a prova d’una scunniscenza prufonda di i nostri scoli è d’una visioni chì cuntinueghja à oppona lingua corsa è lingua francesa. È daretu à i so spiicazioni di ghjovi scorsu cunfirma un disprezzu pà a lingua corsa è pà i Corsi », a pour sa part dénoncé Véronique Pietri pour Core in Fronte, en constatant : « Malgradu a so efficacità è l’adesioni ch’eddu porta, l’insignamentu immersivu in lingua corsa ferma ghjuridicamenti fragilu, dipendenti da dicisioni presi fora, senza vera securizazioni durevuli ».
Alors que les deux conseillères ont interrogé l’Exécutif afin de connaitre les perspectives pour sécuriser l’enseignement immersif, dans la même ligne, Gilles Simeoni a avant tout dénoncé une « position caricaturale» de Jean-Michel Blanquer, estimant que « même lui a fait un pas en arrière lorsqu’il a vu l’ampleur des réactions ». Pour autant, a-t-il ajouté, « il fait partie de ces responsables politiques français qui n’acceptent pas les langues dites régionales et que les Corses veulent parler leur langue ».
Revenant sur le fond, il a insisté sur une ligne constante de la majorité territoriale : « Le bilinguisme est une fin naturelle. Mais dans une société où une langue domine l’autre, cet objectif passe nécessairement par l’immersion. Sans politique immersive, il ne peut pas y avoir de bilinguisme réel ».
« L'offensive de Monsieur Blanquer contre le modèle immersif corse surprend d'autant plus que des établissements similaires fonctionnent sous contrat avec l’État depuis des années dans d'autres territoires », a ainsi dénoncé Eveline Galloni d’Istria au nom de Fà Populu Inseme, en reprenant : « Ses affirmations concernant les écoles immersives en Corse relèvent d'une méconnaissance profonde des réalités pédagogiques et d'une volonté délibérée de raviver des craintes d’un autre temps. Contrairement à ce qu'affirme l'ancien ministre, l'enseignement immersif n'est ni « illégal » ni « inconstitutionnel » dans son principe actuel ». La conseillère territoriale a en effet rappelé que « si le Conseil constitutionnel a en effet censuré une partie de la Loi Molac, le gouvernement lui-même a ensuite encouragé ce modèle par une circulaire de décembre 2021 qui reste juridiquement encore insuffisante mais qui pour autant reconnaît que l’enseignement immersif est une stratégie pédagogique valide ». Par ailleurs, elle souligné que « dans un contexte où le français est massivement dominant dans la société, le modèle bilingue paritaire, bien qu’utile, apparaît souvent insuffisant pour former de véritables locuteurs actifs de la langue corse ». Et d’insister : « L’immersion constitue donc non pas un repli, mais une réponse nécessaire à l’enjeu de transmission et de survie de notre langue ».
« L’insignamentu immersivu in lingua corsa ferma ghjuridicamenti fragilu »
« Quandu un anzianu ministru di l’educazioni parla di scoli “micca ligali” è “incustituziunali”, è ancu di ziteddi chì si “denunziani”, si vedi bè chì u prublema ùn hè micca pedagogicu, ma puliticu. Hè una vera offesa fatta à i nostri scoli, à i nostri ziteddi è à a nostra lingua. Hè soprattuttu a prova d’una scunniscenza prufonda di i nostri scoli è d’una visioni chì cuntinueghja à oppona lingua corsa è lingua francesa. È daretu à i so spiicazioni di ghjovi scorsu cunfirma un disprezzu pà a lingua corsa è pà i Corsi », a pour sa part dénoncé Véronique Pietri pour Core in Fronte, en constatant : « Malgradu a so efficacità è l’adesioni ch’eddu porta, l’insignamentu immersivu in lingua corsa ferma ghjuridicamenti fragilu, dipendenti da dicisioni presi fora, senza vera securizazioni durevuli ».
Alors que les deux conseillères ont interrogé l’Exécutif afin de connaitre les perspectives pour sécuriser l’enseignement immersif, dans la même ligne, Gilles Simeoni a avant tout dénoncé une « position caricaturale» de Jean-Michel Blanquer, estimant que « même lui a fait un pas en arrière lorsqu’il a vu l’ampleur des réactions ». Pour autant, a-t-il ajouté, « il fait partie de ces responsables politiques français qui n’acceptent pas les langues dites régionales et que les Corses veulent parler leur langue ».
Revenant sur le fond, il a insisté sur une ligne constante de la majorité territoriale : « Le bilinguisme est une fin naturelle. Mais dans une société où une langue domine l’autre, cet objectif passe nécessairement par l’immersion. Sans politique immersive, il ne peut pas y avoir de bilinguisme réel ».
Dans ce contexte, le président de l’Exécutif a distingué deux enjeux indissociables : celui du statut de la langue corse et celui des moyens concrets de son enseignement. « L’Assemblée de Corse a affirmé de façon constante sa volonté d’un bilinguisme progressif, réel et apaisé », a-t-il rappelé, soulignant que cette ambition repose à la fois sur la reconnaissance d’un statut d’officialité pour la langue corse et sur le développement d’une immersion linguistique, notamment à l’école. Mais selon Gilles Simeoni, il « ne peut pas y avoir de bilinguisme réel et d’enseignement immersif totalement sécurisé sans révision constitutionnelle et sans statut d’autonomie ». « Les écritures constitutionnelles sont libellées de façon à permettre à la fois un statut d’officialité pour la langue corse et un objectif de bilinguisme qui passe par l’immersion dans le domaine scolaire et ailleurs », a-t-il rappelé. Un débat appelé à se poursuivre dans les prochains mois devant les parlementaires, « dans une arène où il faudra convaincre ».
Un modèle sous pression
Au-delà des principes, c’est aussi l’avenir immédiat de l’enseignement immersif qui inquiète. « Il est menacé à très court terme », a alerté Gilles Simeoni, assurant que le développement de l’enseignement immersif dans l’enseignement public doit beaucoup au volontarisme du recteur Rémi Paolini. « Il est un facteur humain, politique et administratif important de consolidation et de renforcement de la qualité du système éducatif en Corse », a-t-il salué en avertissant : « Si demain il devait s’en aller, rien ne dit que son successeur aurait la même politique. Aujourd’hui, rien n’est gravé dans le marbre concernant l’enseignement immersif ».
Autre sujet d’inquiétude, la situation du réseau Scola Corsa, décrit comme « en danger de mort » malgré son rôle « d’aiguillon et de locomotive » dans le développement de l’enseignement immersif. La fédération, qui a bénéficié du soutien unanime de l’Assemblée de Corse, se trouve en effet aujourd’hui confrontée à une équation juridique et budgétaire fragile. En cause, notamment, la subvention versée par la Collectivité de Corse, aujourd’hui contestée devant les tribunaux au motif que la CdC ne disposerait pas de la compétence pour financer ce type de structure. « La chambre des comptes a très problablement déclenché un article 40 en considérant qu’en ma qualité de président du conseil exécutif, en exécutant la délibération votée à l’unanimité par l’Assemblée de Corse et en versant la subvention qui est la condition sine qua non du fonctionnement de Scola Corsa, j’aurais procédé à un détournement de fonds publics », a grincé Gilles Simeoni en reprenant : « Non seulement il y a donc un risque de sanctions administratives, mais également un risque de poursuites pénales. S’il faut aller devant une juridiction pénale pour avoir versé une subvention à Scola Corsa en application d’une délibération à l’unanimité à l’Assemblée de Corse, je l’assumerai. Parce que si on est confronté à une loi qui est injuste, il faut faire évoluer celle-ci et non l’appliquer au détriment de ce que l’on considère être des enjeux fondamentaux ».
Dans le même temps, il a pointé les contradictions de l’État, relevant que si la contractualisation partielle de Scola Corsa avec l’Éducation nationale constitue une reconnaissance de la qualité pédagogique du modèle, seuls deux postes ont, à ce stade, été validés, laissant onze postes essentiels sans financement. « Dès lors, nous n’avons pas d’autre choix que de continuer à accompagner Scola Corsa, même si ce n’est pas notre vocation première », a-t-il expliqué en dénonçant encore : « Il y a une contractualisation, il faut faire prendre en compte. Mais on nous renvoie, une fois encore, à des quotas qui sont des quotas nationaux, pensés à l'échelle de la France ».
Un modèle sous pression
Au-delà des principes, c’est aussi l’avenir immédiat de l’enseignement immersif qui inquiète. « Il est menacé à très court terme », a alerté Gilles Simeoni, assurant que le développement de l’enseignement immersif dans l’enseignement public doit beaucoup au volontarisme du recteur Rémi Paolini. « Il est un facteur humain, politique et administratif important de consolidation et de renforcement de la qualité du système éducatif en Corse », a-t-il salué en avertissant : « Si demain il devait s’en aller, rien ne dit que son successeur aurait la même politique. Aujourd’hui, rien n’est gravé dans le marbre concernant l’enseignement immersif ».
Autre sujet d’inquiétude, la situation du réseau Scola Corsa, décrit comme « en danger de mort » malgré son rôle « d’aiguillon et de locomotive » dans le développement de l’enseignement immersif. La fédération, qui a bénéficié du soutien unanime de l’Assemblée de Corse, se trouve en effet aujourd’hui confrontée à une équation juridique et budgétaire fragile. En cause, notamment, la subvention versée par la Collectivité de Corse, aujourd’hui contestée devant les tribunaux au motif que la CdC ne disposerait pas de la compétence pour financer ce type de structure. « La chambre des comptes a très problablement déclenché un article 40 en considérant qu’en ma qualité de président du conseil exécutif, en exécutant la délibération votée à l’unanimité par l’Assemblée de Corse et en versant la subvention qui est la condition sine qua non du fonctionnement de Scola Corsa, j’aurais procédé à un détournement de fonds publics », a grincé Gilles Simeoni en reprenant : « Non seulement il y a donc un risque de sanctions administratives, mais également un risque de poursuites pénales. S’il faut aller devant une juridiction pénale pour avoir versé une subvention à Scola Corsa en application d’une délibération à l’unanimité à l’Assemblée de Corse, je l’assumerai. Parce que si on est confronté à une loi qui est injuste, il faut faire évoluer celle-ci et non l’appliquer au détriment de ce que l’on considère être des enjeux fondamentaux ».
Dans le même temps, il a pointé les contradictions de l’État, relevant que si la contractualisation partielle de Scola Corsa avec l’Éducation nationale constitue une reconnaissance de la qualité pédagogique du modèle, seuls deux postes ont, à ce stade, été validés, laissant onze postes essentiels sans financement. « Dès lors, nous n’avons pas d’autre choix que de continuer à accompagner Scola Corsa, même si ce n’est pas notre vocation première », a-t-il expliqué en dénonçant encore : « Il y a une contractualisation, il faut faire prendre en compte. Mais on nous renvoie, une fois encore, à des quotas qui sont des quotas nationaux, pensés à l'échelle de la France ».