Il y a une semaine, le 17 avril,le bâtiment Battaglini à Olmi è Cappella a accueilli une réunion publique consacrée à la réserve de chasse et de faune sauvage de Tartagine. Un temps d’échange voulu par l’Office français de la biodiversité, réunissant élus, chasseurs et habitants autour d’un même objectif, celui de mieux comprendre, préserver et partager ce patrimoine naturel exceptionnel.
Julien Baudat, responsable de l’unité de gestion de la réserve basée à Moltifau, a permis de poser un cadre clair. Bien au-delà de l’image souvent associée à la chasse, il a rappelé la mission globale de l’Office français de la biodiversité. « C’est un établissement public d’État dont le rôle est de faire respecter la réglementation environnementale, mais aussi de produire de la connaissance, sensibiliser les publics et accompagner les politiques publiques en matière de biodiversité».
Une approche transversale qui dépasse largement la seule question cynégétique. « Cette réunion, c’est d’abord un temps d’information et d’échange avec les habitants. Il s’agit d’expliquer ce qu’est la réserve, les enjeux qu’elle porte, et surtout la richesse exceptionnelle qu’elle représente». Car la réserve de Tartagine concentre, sur un territoire relativement restreint, une biodiversité parmi les plus remarquables de Corse. Si elle a été historiquement créée pour la protection du mouflon, espèce emblématique et fragile, les enjeux actuels sont bien plus larges. « On parle aussi du gypaète barbu, d’espèces endémiques comme la salamandre corse ou l’euprocte de Corse, un petit amphibien discret qui vit dans les torrents. Il y a également toute une flore spécifique».
Un travail sur le long terme
Un patrimoine vivant, mais sous pression. Sans dramatiser, Julien Baudat insiste sur une réalité souvent mal perçue : les menaces ne viennent pas uniquement de la chasse. « Les causes sont multiples. Il peut y avoir des excès liés aux activités de pleine nature lorsqu’elles deviennent trop importantes, des effets du dérèglement climatique, des dégradations locales, ou encore des prélèvements sur certaines espèces végétales».
Dans ce contexte, la gestion de la réserve repose sur un travail de long terme, mené conjointement avec l’Office national des forêts. «On est sur une co-gestion OFB-ONF. La forêt, par exemple, est en train de se reconstituer après les grands incendies du début des années 2000, ce qui est plutôt positif».
Côté faune, les tendances sont encourageantes mais restent fragiles. « Les populations de mouflons semblent aller mieux qu’il y a plusieurs décennies, mais ça reste très sensible. Ce sont des équilibres qu’il faut surveiller en permanence». Une vigilance qui repose sur un suivi scientifique constant. « On a besoin de données pour ajuster les décisions et accompagner l’évolution des espèces. »
« Il faut que chasseurs et espèces puissent cohabiter »
Sur le terrain, les chasseurs jouent aussi un rôle clé. Xavier Colombani, président de la société de chasse de la Ghjunsaninca, a détaillé leur engagement. « On essaie de faire respecter les prélèvements de gibier, notamment pour la perdrix et le sanglier. On travaille en collaboration avec l’Office, surtout sur la réserve de Tartagine».
Une collaboration indispensable pour suivre les populations animales. « Le cerf a évolué plus vite que prévu, tandis que le mouflon reste stable. Ces réunions permettent justement de faire le point».
Au-delà des chiffres, c’est une vision partagée qui se dessine. Permettre aux chasseurs de pratiquer leur passion tout en respectant des règles strictes de préservation. « Il faut que chasseurs et espèces puissent cohabiter », insiste-t-il.
Pour les élus, la réserve représente avant tout une richesse à protéger sans figer le territoire. Frédéric Mariani, maire d’Olmi è Cappella, l’affirme avec conviction. « C’est un patrimoine naturel extraordinaire. Il faut le protéger, mais aussi permettre aux habitants de vivre, de circuler et de développer des activités économiques». Un équilibre qu’il juge possible, à condition de maintenir le dialogue.
« L’important, c’est de communiquer, d’avoir des données scientifiques et de poser des garde-fous raisonnables».
Un point essentiel dans une région encore préservée de la surfréquentation touristique. « Ailleurs en Corse, on voit les impacts négatifs. Ici, on n’en est pas là. Il faut développer, mais intelligemment », prévient-il.
Lucienne Antonelli, première adjointe de Mausoléo, rappelle l’importance concrète de la gestion quotidienne . « On essaye de protéger au maximum, notamment contre les incendies. On nettoie les sentiers, on débroussaille pour éviter que le feu ne prenne». Une vigilance permanente dans un massif marqué par les feux passés. « La réserve de Tartagine n’est pas seulement un espace protégé, c’est un territoire vivant », où coexistent usages, traditions et enjeux environnementaux. Cette réunion publique aura permis de remettre chacun autour de la table, dans une logique de compréhension mutuelle.
Au delà des échanges, une évidence. La préservation de ce patrimoine unique ne pourra se faire sans coopération étroite entre institutions, élus, usagers et habitants.