Matthew Piazza, le docteur corse au cœur de rocker, sort son premier album

Rédigé le 26/04/2026
Julien Castelli

Médecin nouvellement installé à Solenzara, Matthieu Piazza exerçait il y a encore quelques jours à Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio - d’où il est originaire - dans le même maison médicale que le député-médecin Paul André-Colombani, dont il est proche. Un changement d’orientation dans sa carrière médicale qui n’a finalement rien à voir avec son autre actualité, qui lui tient bien plus à coeur : féru de rock, le Dr Piazza devient dès qu’il peut « Matthew Piazza », le nom de scène qu’il s’est choisi. Il a sorti un premier EP, le 24 avril, qu’il a écrit et composé en dix mois dans son studio aménagé de son domicile de Conca.

Matthew Piazza, ici dans son studio d'enregistrement à Conca.

« Un patient m’a dit une fois quelque chose que je n’ai jamais oublié. Il m’a dit : "vous êtes comme Batman. Docteur le jour et rock star la nuit". » Cette anecdote, Matthieu Piazza, 37 ans,  la raconte sur sa page Youtube, où on le voit en blouse blanche parfois, grattant une guitare souvent. Docteur Piazza et Mister Matthew, c’est la rencontre étonnante, dans un même corps, entre un médecin respecté et un musicien inventif. Schizo le docteur rocker ? Non, ce sont les deux passions de sa vie, même si l’une a pris le pas sur l’autre. Naturellement, confie le Concais : « Le corps humain, ça m’a toujours intéressé. La médecine, c’est tellement d’enjeux et de responsabilités que si ça ne nous plaît pas, c’est impossible de faire ce métier. Mais déjà, quand j’étais dans le train des études de médecine, je m’étais dit : "si un jour je dois choisir entre la médecine et la musique, ce sera la musique". »

Plus rock que pop

Quand on rencontre Matthieu Piazza, on pense forcément à son père Jean-Pierre, médecin historique de Sainte-Lucie de Porto-Vecchio, auquel il a succédé. Mais l’hérédité de la musique, il la tient de ses deux sœurs, de dix et quinze ans ses aînées : « Ce sont elles qui m’ont initié très tôt à l’écoute de la musique. Elles adoraient U2, les Doors, les Beatles. » Bercé de sonorités pop rock, le jeune Matthieu a une révélation, à 11 ans : « Je voulais chanter comme Bono. » Et avec le temps, il se découvre plus rock que pop : « Le déclencheur, c’est Muse. C’est le premier gros concert que j’ai vu à Nice. J’avais 14 ans et j’ai pris une claque monumentale. » Il se met à la guitare électrique, prend des cours : « J’ai commencé à jouer du Nirvana, comme tout le monde ! Come as you are, c’est un morceau simple mais qui a une patate de fou. »

 

Matthieu Piazza, version docteur.

C’est son obsession dans la musique : gratter la complexité derrière l’apparente simplicité d’un morceau. « Les maîtres pour ça, c’est Radiohead, valide le fan. Quand je compose, j’aime faire des choses hors des clous. Sur le moment je ne m’en rends pas compte, mais quand j’analyse, je suis content quand j’arrive à quelque chose de pas commun. » Une approche de la musique conforme à son approche… de la médecine : « J’aime chercher à faire des diagnostics un peu compliqués de maladies rares », avoue-t-il (sans non plus provoquer lesdits diagnostics !).

Le burn-out qui change tout

Dans l’ambivalence de ses deux passions, Matthieu Piazza a connu un tournant : la crise sanitaire. Depuis son cabinet de Sainte-Lucie-de-Porto-Vecchio, où il s’est installé en 2018, le docteur s’investit beaucoup contre le Covid, prenant une part active dans le fonctionnement du centre de vaccination. Lui qui avait réussi à mener de pair, à Nice, études de médecine et appartenance au groupe de rock Supremacy – un « tribute » à son coup de coeur de gamin, Muse – délaisse la musique. « 
J’ai fini par faire un burn out. » Salutaire, le burn out : « Si je ne l’avais pas fait, j’aurais sans doute pas eu le déclic », reconnaît-il aujourd’hui. Car sa thérapie à lui, c’est la musique : « Je me suis remis à jouer et à composer. » Dans le même temps, il pose un regard lucide sur l’exercice de sa profession : « Je suis quelqu’un qui se lasse assez vite et en tant que médecin généraliste, je trouvais que mes journées devenaient redondantes. » Il cesse temporairement de soigner les gens pour apprendre à chanter, et intègre le Dalida Institute à Aix-en-Provence. Il bénéficie des réseaux de l’école pour passer le casting de « The Voice », l’émission télé, mais il est recalé. Sans regrets : « Je l’ai tenté car c’était une opportunité, mais c’était pas pour moi. Trop formaté. » 

Matthew Piazza a pris des cours de chant pour se perfectionner. PHOTO MANON DUVAL

"Ce que je recherche, c'est un ressenti"

Il sort de l’école avec un bagage étoffé : « 
Je me suis dit : "on y va". J’avais une dizaine de maquettes sous le coude, j’ai pu poser les morceaux que je voulais. » On est en juin 2025, un chanteur-compositeur-musicien est né, mais Matthew Piazza doit quand même réenfiler sa blouse, la mort dans l’âme : « Ca a été un peu compliqué… En septembre, je me suis limité à deux jours de consultation par semaine. » Le reste du temps, il le consacre à la création de son premier EP, qu’il réalise en lien avec un professionnel basé à Montpellier. Polyvalent, Matthew Piazza prend en main ses arrangements musicaux, se met en scène sur ses réseaux sociaux et imagine l’univers graphique de son EP, All about Love, qui contient cinq titres. Le premier, In the Shadows, est sorti ce vendredi 24 avril sur toutes les plate-formes. L’idée étant d’échelonner les prochaines sorties tous les deux mois. Ce premier single, qu rappelle instantanément Muse, « parle de la colère que l’on refoule ou que l’on contient pour être socialement accepté ». Matthew Piazza joue de la guitare, mais aussi de la basse et du piano : « Je ne suis pas un gros technicien, à faire des solos, je suis plus dans le travail du son et de la texture, se définit-il. Ce que je recherche, c’est un ressenti. » Concernant le chant, c’est la langue de Bono ou de Matthew (tiens, tiens…) Bellamy qui s’est imposée à lui : « L’anglais est une langue évasive, qui me va bien, car elle renforce l’idée que chaque auditeur peut entendre ce qu’il a envie d’entendre. » A contrario, « la langue française est trop précise, et je n’aime pas imposer un texte, j’essaie surtout de raconter une histoire ». S’il apprécie la musique du rocker bastiais Vincenzu Lota, lui ne se voyait pas chanter in lingua corsa : « Tout simplement parce que je ne le parle pas. Même si je suis fier de mes racines, la Corse n’est pas une source d’inspiration dans ma musique, hormis pour évoquer un esprit de liberté. »

Et son cabinet de médecine ? Aujourd’hui, le docteur Piazza exerce toujours en libéral, mais vient de déménager son cabinet à Solenzara, pour des raisons qui n’ont strictement rien à voir avec la musique. « Pour l’EP, j’en suis à 7 000 euros de dépenses en autoproduction… La médecine permet de me nourrir. » Et si d’aventure sa carrière de musicien décolle, Mister Matthew se verrait bien dire bye bye au docteur Piazza. Dns le cas contraire, il continuera de passer de l’un à l’autre : « Après tout, Paul-André (Colombani) est député et médecin... Moi, je peux bien faire médecin et musicien ! »