À Ajaccio, l'Associu Sulidarità organise une journée pour briser le silence autour des prisonniers politiques

Rédigé le 14/04/2026
Jeanne Soury

Le 17 avril prochain, l'association de défense des prisonniers politiques corses organise une journée de mobilisation consacrée au Palais des Congrès d'Ajaccio. Un événement qui vise à alerter l’opinion publique sur des situations jugées préoccupantes et à ouvrir un débat que ses organisateurs estiment trop souvent absent de l’espace public corse.

Le 17 avril est une date qui n’a rien d’anodin. Créée en 2004 à l’échelle internationale, la Journée des prisonniers politiques a pris en Corse une résonance particulière, portée depuis des années par l'Associu Sulidarità. Pour Thierry Casolasco, président de l’association créée en 1998, cette date s’inscrit dans une continuité. « Ce n’est pas un choix, c’est un anniversaire », souligne-t-il.

Au Palais des Congrès d’Ajaccio, cette journée du 17 avril s’organisera autour d’un temps fort : un débat public précédé d’une conférence de presse. L’ambition est claire : dépasser le cercle militant. Invités, élus locaux, représentants institutionnels, acteurs associatifs… L’ensemble de la classe politique insulaire a été convié.

Aux côtés de Sulidarità, la Ligue des droits de l'homme participera également aux échanges, accompagnée de plusieurs avocats. « Lorsque nous parlons seuls, notre parole a peu de portée. Là, nous voulons qu’elle résonne plus loin », explique Thierry Casolasco. 

Derrière le combat politique, une réalité sociale

Si Sulidarità porte un discours politique, son action quotidienne repose aussi sur un soutien très concret aux familles. L’association intervient notamment pour financer des billets d’avion, apporter une aide financière lorsque le détenu assurait l’essentiel des ressources du foyer, ou encore prendre en charge des frais de défense. « La première ambition de l’association, c’est l’aide aux familles », rappelle Thierry Casolasco. 

Cette dimension humaine est, selon lui, essentielle pour mesurer les conséquences des incarcérations au-delà des seules personnes concernées. Derrière chaque arrestation, dit-il, il y a aussi un entourage fragilisé, confronté à une réalité matérielle et psychologique souvent lourde.

« Un climat qui nous inquiète »

Cette édition 2026 se tient dans un contexte que l’association décrit comme particulièrement inquiétant. Sulidarità évoque un « climat délétère » et dénonce des pratiques qu’elle juge préoccupantes lors de certaines interpellations. 

Thierry Casolasco parle de « faits graves et répétés » et cite notamment un épisode survenu l’année précédente, au cours duquel un homme, présenté comme relevant du droit commun, aurait été blessé par balle lors de son arrestation alors qu’il n’était pas armé. 

Des propos qui seront au cœur des discussions du 17 avril. L’objectif, selon lui, est d’« informer la population corse » et de « mettre en lumière des faits jugés inhumains ». L’association affirme vouloir élargir le débat. Elle appelle à une implication plus large de la société civile, mais aussi des responsables politiques, même au-delà des clivages. « Nous savons que certains ne nous suivront pas, mais sur le plan humanitaire, il y a des réalités qui devraient concerner tout le monde », estime Thierry Casolasco. 

Plus qu’un simple rendez-vous militant, cette journée se veut un point d’appui. Un moment pour poser des questions, confronter les points de vue et, surtout, rendre visibles des situations que ses organisateurs jugent trop peu exposées. Reste à savoir si, au-delà des convictions, le débat trouvera un écho suffisant pour dépasser les lignes de fracture et s’imposer dans l’espace public corse.