À Porto-Vecchio, U Core Paesanu structure la vente directe des producteurs

Rédigé le 06/04/2026
Julien Castelli

À Porto-Vecchio, U Core Paesanu fonctionne depuis 2020 comme un point de vente collectif tenu par des agriculteurs. Le projet a été lancé au moment de la crise sanitaire par plusieurs producteurs, à l'initiative notamment de Thibault Belanger et Stéphane Rogliano.

Alexis Poisson, Daniel Hervet, Philippe Belanger et Camille Jehl sont quatre des producteurs de la micro-région adhérents d'U Core paesanu.

Février 2020. U Core paesanu ouvrait ses portes, route de Bastia à Porto-Vecchio, quand le monde entier se confinait du fait du Covid-19. Ironie du sort, la crise sanitaire a donné un coup de pouce au nouveau groupement d'agriculteurs porto-vecchiais : « On n’aurait peut-être pas été aussi nombreux, tout de suite », se souvient Philippe Belanger, l'agriculteur bonifacien qui préside U Core paesanu.

L'association regroupe aujourd’hui une trentaine de producteurs de la microrégion porto-vecchiaise et de l’Alta Rocca, avec quelques apports venus d’Ajaccio ou de Corte. Seize d’entre eux assurent à tour de rôle une permanence dans le local de l'association. Le principe est simple : le producteur de service vend ses propres produits ainsi que ceux déposés par les autres. Chaque soir, il envoie une photo des étals pour indiquer les besoins de réapprovisionnement.

« L’idée, c’était de faire un point de vente collectif pour aider les agriculteurs à vendre leur marchandise », résume Daniel Hervet, exploitant de la ferme d’Alzeta à Murateddu. Avant de rejoindre le groupement, il pratiquait la vente directe sur son exploitation. Une organisation difficile à tenir : « Il fallait consacrer une après-midi entière pour accueillir les clients. » Désormais, il vend toute sa production par le biais d'U Core paesanu, ce qui lui permet de se recentrer sur son activité. « On apprécie les dimanches matins maintenant... »

Même constat pour Camille Jehl, installée à Pianottoli-Caldarello : « On passe déjà beaucoup de temps dans nos champs, alors moins on passe de temps à la vente, mieux c’est. » Certains ont abandonné les marchés, jugés trop contraignants. D’autres continuent en complément. « Et les marchés, l’hiver, ça s’arrête », rappelle Camille Jehl.

Sur les étals, l’offre dépend des productions : vin, fruits et légumes, miel, confitures, fromages, charcuterie, viande ou canistrelli. Tout est issu de circuits courts insulaires, avec une contrainte assumée : l’absence de certains produits selon la saison. Les étals peuvent donc être partiellement vides à certaines périodes.

Le fonctionnement repose aussi sur un système de cotisation variable. « De 7 à 25 % selon le nombre de permanences réalisées », précise Daniel Hervet. Plus un adhérent s’implique dans la tenue du point de vente, moins sa contribution est élevée.

Des projets en vue

Pour les producteurs, l’intérêt est double : mutualiser la vente et garder la maîtrise des prix. « C’est une sécurité aussi, car un magasin peut décider du jour au lendemain de ne plus travailler avec vous », souligne Camille Jehl. Dans un contexte de baisse des ventes ces dernières années, liée notamment à la conjoncture internationale, la mutualisation permet aussi d’absorber certains coûts, notamment le transport.

U Core Paesanu reste aujourd’hui le seul groupement de ce type dans la région de Porto-Vecchio, même si des initiatives similaires existent ailleurs en Corse, notamment à Corte, Ajaccio ou à Petreto-Bicchisano. D’autres modèles fonctionnent aussi en ligne, comme U Tragulinu. Dans ce fonctionnement collectif, l’aspect humain reste central. Alexis Poisson, producteur de bière à Sotta, y voit aussi un lieu d’échanges : « J’ai rencontré plein de gens sympas ici. Il y a une bonne ambiance, en plus d'une philosophie commune qui nous rassemble. »

Le groupement envisage désormais plusieurs pistes : développer un système de livraison via transporteur, créer une centrale d’emballage pour les œufs, voire un atelier de transformation pour les invendus. Des projets qui supposent des moyens supplémentaires et peut-être, à terme, un changement de local. En attendant, U Core paesanu poursuit son activité, route de Bastia, dans les murs autrefois occupés par l'imprimerie Mosconi. Le fonctionnement reste basé sur l’implication des adhérents : « C’est l’échange et le collectif qui priment, insiste Philippe Belanger. Il ne faut pas que l’agriculteur se dise qu’il vient ici juste pour poser ses noisettes. »